Équateur

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Voilà, devant vous, un GRAND roman d’aventures. Lu d’une traite, c’est un réel plaisir de retrouver la plume de Varenne et d’y voir toute son évolution: de son regard d’auteur, de ses histoires. Pour Équateur, tout commence à Lincoln City dans le Nebraska, en juin 1871. Pete Ferguson (si jamais vous n’avez pas lu Trois mille chevaux vapeur, jetez-vous dessus -sans vous faire mal hein- et vous verrez bien le lien) se fait appeler Billy Webb. Et ce Billy Webb est le meurtrier d’un abruti, mais un meurtrier tout de même. Pete est en fuite mais on comprend vite qu’il a d’abord un compte à régler avec lui-même. Il se fait embaucher comme dépeceur de bisons auprès de Mc Rae et part sur son fidèle mustang, Réunion, à la recherche des derniers grands troupeaux des vastes plaines. Nom d’un p’tit pois, j’ai retrouvé dans ce passage l’atmosphère du Butcher’s crossing de J.E. Williams, même si, dans ce roman, j’avais fini par être écœuré par ces massacres de grosses bébêtes pleines de poils. Pour en revenir à Équateur, le talent d’Antonin Varenne est de nous entraîner d’univers en univers avec une grande précision et un sens tout à fait esthétique du détail. Au sein du campement tu y seras, avec les Comancheros tu auras faim, dans la traversée du désert tu crèveras de soif et durant la révolte guatémaltèque, tu brûleras de rage. Antonin Varenne a une fluidité dans son écriture liée à une mise en ambiance forte, c’est la magie d’un très bon auteur. Pete Ferguson nous entraîne donc dans sa quête. Dans ce récit haletant, notre héros écrit des lettres de la part des personnages qu’il aime, il fait parler morts et vivants, c’est ceux-là même qui le jugent par l’intermédiaire de sa plume. Pete est un être décharné qui cherche à s’incarner. Une femme l’amènera sur ce chemin, c’est Maria, une indienne Xinca. Ensemble ils traverseront terres et océans, lui apprendra à « être », elle à se laver de ses démons. Il y aura ce moment fort où Pete écrira son histoire à même la peau et nous tatouera, de la même manière, notre esprit. C’est pur et parfois dur. Équateur est un roman qui vous emporte beaucoup plus loin qu’un western. C’est une histoire intense, sans répit, qui tient en haleine jusqu’au bout. Dans ses multiples remerciements, Antonin Varenne évoque un certain couple: Judy et Craig Johnson… tiens donc 🙂 on se dit que cela sent l’air frais des grands espaces et la recherche d’une certaine vérité dans les actions des personnages. Laissez-vous donc transporter par le souffle des chevaux et la rage de vivre; ce voyage palpitant vers l’Équateur de Pete-Antonin est une odyssée haletante. Yeehaaa!

Équateur d’Antonin Varenne – Albin Michel – 339 pages – 20.90 euros-

Fanny.

 

Dalva

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Dalva, Jim Harrison, traduit par Brice Matthieussent, 1018 (pour la présente édition) 472 pages, 7.50 euros.

Alors non seulement je fait un apéro littéraire sur le Nature Writing sans avoir lu un seul Jim Harrison (et je me prétend libraire!) , mais je n’ai toujours pas comblé mes lacunes lors de celui sur les héroïnes (plusieurs mois après), étant ainsi incapable de parler de Dalva. Jean-Pascal, fidèle lecteur du blog me le faisant remarquer, je n’avais pas tellement d’autres choix que celui d’emporter Dalva avec moi en vacances.

Donc Dalva, pour celles et ceux qui souhaitent en avoir un petit aperçu, c’est l’histoire d’une famille, au Nebraska, à différentes époques. Histoire en grande partie relatée par Dalva qui est donc l’héroïne de ce roman. Pour les amoureux de la nature, des ranchs, de l’amérique, dans laquelle réside autant d’humanité que de violence, allez-y, foncez.

La force de ce texte réside pour moi dans la nuance que Jim Harrison apporte sans cesse à ses personnages et si Dalva est au cœur du roman, les personnages secondaires me semblent tout aussi importants. C’est, bien évidemment, un grand coup de cœur, un texte à rapprocher d’autres romans des grands espaces tels que Wilderness, de Lance Weller, Angle d’équilibre de Wallace Stegner ou encore L’heure de plomb de Bruce Holbert.

Emma

Le dernier baiser

Bon les ami(e)s, Emma vous manque mais elle va revenir tantôt toute pimpante, Gaël aussi vous manque mais il va revenir tantôt de… euh du bureau où on jongle avec les multiples rendez-vous et toujours ce fameux manque de temps. Du coup, c’est le moment de parler -enfin- du génial Crumley 🙂 C’est parti…

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Tout d’abord, il m’est rare de dire que j’ai physiquement adoré lire Crumley, jusqu’à relire certains passages. Par la même, j’ai adoré la géniale traduction de Jacques Mailhos et apprécié les illus, style sérigraphies en noir et blanc, de Thierry Murat. Pour ceux et celles qui ne connaissent pas l’univers désillusionné, teinté d’humour noir de James Crumley, il est temps de prendre à bras le corps ce Dernier baiser réédité par Gallmeister (1ère édition en 1980 sous le titre de Le chien ivre… et vous comprendrez vite pourquoi :)) et de suivre les bars que C.W. Sughrue, privé du Montana, écume le long de ses enquêtes. Dans ce Baiser, Sughrue doit retrouver Abraham Trahearne, poète alcoolique et fugueur occasionnel, sorte de Bukowski « attachiant » qui, accessoirement, ne s’en laisse pas conter… quoique. Enquête rapidement close dans ce petit bar paumé de San Francisco où Sughrue y rencontre alors Rosie, la tenancière, qui, contre quatre-vingt sept malheureux dollars, lui demande de retrouver sa fille disparue depuis… dix ans. C’est là que commence ce road-trip halluciné en compagnie d’un Trahearne qui a le chic pour provoquer les catastrophes et de Fireball, un bouledogue alcoolique (nous y voilà) qui voit passer placidement les évènements de sa satané vie de chien. J’ai eu l’impression de prendre ma place dans la El Camino et de tailler la route avec ces gaillards émotifs bien portés sur l’alcool. Crumley a écrit un roman noir au style jouissif (oui, il n’y a pas d’autre mot que celui-ci), j’ai carrément pris mon pied en le lisant. Avec une plume sensible et caustique, l’auteur américain plante son atmosphère et nous montre ces loosers sublimes sur fond d’Amérique brouillonne et sauvage. Il aime ses personnages, nous fait prendre la tangente en leur compagnie, nous enlace avec ses adverbes inattendus, ses tournures de phrases fantasques et ses situations tragiquement drôles. Un Baiser de Crumley et vous voilà ravi(e) de partir à la recherche de Betty Sue, de sentir l’air sec vous nouer les cheveux, d’avoir les yeux trop brillants de fatigue, de bagarres et… de substances illicites. Le dernier baiser est à lire ou à relire, c’est rock and roll et vous le valez bien!

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Le dernier baiser de James Crumley – Gallmeister – 381p. – 23.50 euros-

Fanny.

Le Bureau des Jardins et des étangs

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« Empire du Japon, époque Heian, XIIème siècle ». Oui, bon là, vous vous dites peut-être, « ça y est, Fanny nous fait une petite flatulence spatio-temporelle, vas-y que je te passe une couche de culture nippone ancestrale« . Mais que nenni les gens, que nenni. Le Bureau des Jardins et des Etangs est un conte, tout simplement, tout magnifiquement. L’héroïne est Miyuki, jeune veuve de Katsuro, pêcheur de carpes et fournisseur des étangs sacrés de la Cité impériale. Miyuki va alors entreprendre un long et périlleux voyage afin d’atteindre son but ultime: réaliser la dernière livraison de carpes de feu son mari. C’est une femme simple, et sensuelle sans le percevoir, en osmose totale avec la nature environnante, qui nous parle, au fur et à mesure de son périple, de cet amour inconditionnel qu’elle porte à son homme défunt. Comme dans une animation de Miyazaki , j’ai plongé dans cette histoire délicate et universelle « peinte » par Didier Decoin. J’écris « peinte » parce que j’ai eu la sensation que l’auteur tenait sa plume comme un pinceau: les images sont précises, le trait juste, le geste délicat, sans mièvrerie. Lire Le Bureau des Jardins… est un moment précieux où le temps n’a plus de prise, où l’on s’immerge dans cet ancien monde, où je me suis sentie recueillie par Miyuki. « Ce n’était pas la présence qui régulait le monde, qui le comblait: c’était le vide, l’absence, le désempli, la disparition. Tout était rien. Le malentendu venait de ce que, depuis le début, on croyait que, vivre, c’est avoir prise sur quelque chose, or il n’en est rien, l’univers était aussi désincarné, subtil et impalpable, que le sillage d’une demoiselle entre deux brumes dans le rêve d’un empereur. Un monde flottant. » Cet ouvrage m’a aussi fait pensé à une calligraphie de Fabienne Verdier, entre une grande force et une belle humilité. Miyuki est une héroïne, dans tous les sens du terme, qui imprime sa vie sur ce parchemin (oui, miummium, c’était facile). J’ai été transportée ailleurs, j’ai humé l’orage et la végétation dense, compris le désir de Miyuki, découvert les rites impériaux et plongé dans cet univers fragile et éphémère. Le Bureau des Jardins et des Etangs est le petit théâtre d’une humble vie, qui est à lire autant qu’à ressentir, telle une petite perle de rosée sur ton chemin de lecteur(-trice) 🙂

Le Bureau des Jardins et des étangs de Didier Decoin – Stock –  396 p. -20.50 euros-

Fanny.

Retour en poésie

Samedi dernier, dans le cadre du « Printemps des poètes« , nous avons accueilli Henri-Noël Mayaud venu déclamer quelques vers de poètes francophones. Notre (bon d’accord, aussi le vôtre 🙂 ) Gaël l’a accompagné à la guitare sur quelques rythmes poétiques, notamment autour de l’ouvrage « Aïe! un poète » de Jean-Pierre Siméon, aux excellentes -et très belles- éditions du Cheyne. C’était l’occasion de faire fi du temps qui passe si vite et de se laisser surprendre, amuser, émouvoir, par des mots qui se répondent et des rimes qui s’entrelacent. Bref: un chouette moment!

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L’occasion aussi de plonger, cette année, dans « le message de l’Afrique lointaine et le chant de son sang » comme l’écrivait si bien le regretté Leopold Sédar Senghor, en découvrant ou rédecouvrant -par exemple- les poésies d’Hawad (Furigraphie), de Nimrod (le très puissant recueil J’aurais un royaume en bois flottés) ou de grimper dans L’arbre à poèmes d’Abdellatif Laâbi. La poésie fait du bien et c’est le moment d’en profiter et surtout, surtout, de continuer à découvrir.

Les libraires masqués.