La Terre Maudite

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La Terre Maudite de Juan Francisco Ferrandiz (Robert Laffont)

Une demande récurrente des lecteurs en librairie:

– » Bonjour, auriez-vous un bon roman historique à me conseiller, dans le style de ceux de Ken Follett? »

Il est indéniable que l’auteur britannique sait y faire pour allier un contexte historique bien documenté, des intrigues, de l’aventure, de la romance (un peu trop parfois à mon goût) et des destins croisés.

Je pourrai maintenant proposer à ces lecteurs La Terre Maudite de Juan Francisco Ferrandiz (quand il sera paru… Et si il paraît! 🙂 Normalement le 20 mai)

A la fin du IXe siècle, l’empire carolingien est morcelé. Le roi de Francie occidentale, Charles Le Chauve, doit faire face aux invasions normandes et sarrasines. Mais au sein même du royaume, les intrigues et les complots menacent la stabilité acquise au début du siècle par son grand-père Charlemagne.

C’est dans ce contexte qu’un jeune évêque, Frodoi, est envoyé par l’archevêque de Reims dans un comté misérable de la Marche hispanique, Barcelone, alors petit port voué à disparaître suite aux incursions répétées des Sarrasins. Son destin sera lié à celui d’une femme de l’aristocratie Goth, d’une jeune aubergiste, d’un héritier sans terre et d’une redoutable bestiaire…

Je dois reconnaître que l’époque me fascine. Obscure et trouble, cette période de l’Histoire garde son lot de mystères. C’est pourtant dans ces temps reculés que commence à se dessiner l’Europe d’aujourd’hui.

L’écriture « cinématographique » de Juan Francisco Ferrandiz permet une immersion complète et passionnante au temps du Haut Moyen Age.

Entre Les piliers de la terre de Ken Follett, Les Vikings de Novgorod de Marina Dédéyan et La cathédrale de la mer d’Ildefonso Falcones, La Terre Maudite est une fresque historique palpitante.

Gaël

Ces montagnes à jamais

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Voici un roman totalement addictif qui est à la fois une ode aux grands espaces et une poignante histoire de vengeance, de sacrifice et de rédemption.
Tout se passe dans les monts Bull, une chaîne de montagne située dans les comtés de Yellowstone et de Musselshell dans le Montana. Au delà de ces descriptions magnétiques, c’est la fantastique construction de Joe Wilkins (traduction absolue de Laura Derajinski) qui m’a tenu en haleine au sein des bois, aux creux des ravines, dans le flot des rivières qui s’écoulent, durant ce temps sauvage qui fait disparaître les corps et ces âmes humaines qui restent et errent.

Wendell Newman vit sur ces terres, d’autres pensent « ses » terres comme une propriété absolue, un droit fondamentalement égoïste. Wendell est ce jeune homme travaillant dans l’un des plus grands ranchs du coin. Dès son plus jeune âge, il s’est heurté à la violence de la vie et n’en espère pas plus.
Un jour, un frêle gamin aux grands yeux noirs arrive dans sa vie. C’est l’éclaboussement, celui qui vous envoie une eau fraîche et vive pour vous faire ressentir la palpitation de qui l’on est vraiment. Parce que ce que Wendell redécouvre, avec ce p’tit bout d’homme, c’est une partie de sa vie.
Wilking porte cela en écho en nous faisant vivre une autre histoire, celle d’un homme pourchassé dans les montagnes quelques années plus tôt; c’est le récit de Verl, le père de Wendell. La résonance prend alors de plus en plus de puissance au fil de ce roman véritablement habité.

Wilking nous fait osciller dans son monde fait de bêtise humaine et de charité chrétienne, de coup de flingues et d’amour filial, de générosité d’âme et de corps imbibés d’alcool, de cruauté et de courage. Les personnages sont taillés dans la masse clair-obscur des Bull Mountains, les frontières sont tangibles, les clôtures se brisent aussi facilement que les êtres.

Au sein de cet endroit, l’amour n’a pas trop de place contrairement à la folie destructrice des hommes. Et pourtant « Ces montagnes à jamais » (« Fall back down when i die ») n’est pas une histoire âpre, elle porte la lumière de ceux et celles qui croient encore à la bonté, à l’abnégation, luttant parfois contre leurs démons intérieurs.

Wilkins sculpte ses personnages et nous montre, sans détour, la société actuelle. J’ai particulièrement aimé son ton pour nous parler de l’esprit poussiéreux et raciste des milices qui pullulent dans le coin, coin sûrement grandiose, mais bel et bien miné par des hommes sans scrupule.

« Ces montagnes à jamais » est une remarquable tragédie –« Macbeth » n’est jamais loin- écrite avec sincérité et maestria. Nous sommes donc le résultat de nos choix, de nos échecs, de notre filiation, rien n’est à subir, tout est à braver pour le meilleur et parfois le pire.
Nous sommes des loups hurlant à la face des étoiles, lisez ce livre et ressentez ses vibrations, voici un grand roman américain. Grandiose.

Coup de ❤️ bang bang.

Fanny.

 

Nos espérances

Nos-esperances

Pour me remettre la tête dans les chroniques, j’ai décidé de commencer par un roman pour lequel nous avons eu un coup au cœur en commun (à savoir Gaël, Emma, Natacha et ma pomme, le dernier Anna Hope: « Nos espérances ».

Lorsque j’ai refermé ce livre, j’ai murmuré « Merci ». Spontanément. Un « merci » pour m’avoir donné à lire si intensément les diverses femmes que nous sommes.

Anna Hope… déjà, si vous ne la connaissez pas, vous pouvez découvrir, en format poche, les sublimes « Le chagrin des vivants » et « La salle de bal » : des héroïnes fortes du début du XXème. Là, Hope opte pour notre XXIème siècle, toujours traduite magnifiquement par Elodie Leplat.

Hannah, Cate et Lissa, trois destins dans le Londres des années 90 puis 2000, une amitié qui porte ses bonheurs comme ses profondes failles.
Alors oui, les histoires de vies reliées, de sororité, il y en a en masse, mais c’est Anna Hope qui s’y met, et vous voilà dans un roman qui se lit d’une traite, aspirée que j’étais dans ces vies qui semblent si proches. L’auteure donne véritablement de la texture à cet ensemble, j’y ai ressenti de la densité, du grain, de la douceur, du relief, de l’amplitude.
Lire Hope, c’est aussi comme écouter une Folk song, cette douce mélancolie du temps qui passe… et ne se récupère guère.
Avec tout cela, j’ai trouvé que sa manière d’appréhender cette histoire et de nous laisser entraîner dans sa construction est une chose encore plus puissante que l’attachement à ses personnages, c’est dire.

« Nos espérances » (« Expectation » en version originale) raconte Hannah, la sérieuse Hannah qui cherche le « mieux », le « plus encore » tout en espérant parfaire le tableau avec cet enfant qu’elle veut de tout son être. Puis Lissa, enfant unique d’une mère artiste, née dans un cocon féministe, actrice qui tente de l’être au théâtre, amante bousculée surtout. Et Cate, celle qui évolue entre les deux autres comme un fleuve intranquille, voluptueuse sans se rendre compte, celle qui a vu disparaître un grand amour et cherche désormais un confort social qui, peut-être, ne lui ressemble pas.

Origines, passé, aspirations, présent, ce livre est un battement de nombreux cœurs.
« (…) Elles ont fait des erreurs mais rien de fatal. Elles ne sont plus jeunes, mais ne se sentent pas vieilles. La vie est encore malléable et pleine de potentiel. L’entrée des chemins qu’elles n’ont pas empruntés ne s’est pas encore refermée. Il leur reste du temps pour devenir celles qu’elles seront. »
L’amitié, le sexe, l’amour, la rupture, la trahison, le pardon, l’exil, de grands thèmes qui résonnent avec une étonnante facilité, une fluidité émouvante car Hope ne fait pas l’éclat tragique mais dans la discrétion étincelante des vies et des choix qui viennent à elles.

C’est sûrement le roman où Anna Hope montre la plus grande partie d’elle-même: le féminisme, l’engagement, la maternité, l’art. Ce qu’elle façonne au cœur de ses héroïnes en font une histoire qui dépasse largement l’étiquette de « roman générationnel ».

Coup au ❤️ dans l’ultra moderne solitude (oui, on ne refait pas ses classiques…) et mention « bof » pour la jaquette.

Fanny.

 

Confinés? Les petits dèj et apéros littéraires viennent à vous!

Confinés_ Les petits dèj et apéros littéraires viennent à vous!

Bonjour à tous. Nous espérons que votre PAL ne descend pas trop vite et qu’il vous reste quelques titres à lire pour patienter durant la fin du confinement. Si ce n’est pas le cas, il y a sûrement quelques titres qui méritent une relecture :).

Sur la demande de certains lecteurs, nous avons choisis de maintenir (ils seront même plus fréquents!) nos petits dèj et apéros littéraires, mais, bien évidement, à distance. Nous vous proposons ces rendez-vous via Skype. Nous mettrons ensuite en lignes les titres mentionnés durant ces entretiens.

C’est aussi l’occasion d’échanger avec les lecteurs qui suivent le blog à travers la France (voire le monde, soyons fous!).

Voici les ouvrages dont les lecteurs ont parlé cette semaine :

Les falsificateurs, Antoine Bello

La Rose, Louise Erdrich

Les Espérances, Anna Hope

De Pierre et d’Os, Bérengère Cournut

Boza, Ulrich cabrel et Etienne Longueville

L’Annexe, Catherine Mavrikakis

Lettres à Nour, Rachid Benzine

Les prisonniers de la liberté, Luca Di Fulvio

Le ghetto intérieur, Amigorena

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, Jean-Paul Dubois

Les étoiles s’éteignent à l’aube, Richard Wagamese

Starlight, Richard Wagamese

Autoportrait au radiateur, Christian Bobin

Sur les eaux du volcan, Bob Shacochis

Il vous faudra patienter quelque temps avant de pouvoir vous les procurer car, comme vous le savez, notre plateforme de vente en ligne suspend les envois de livres papier (ce qui permet de ne pas surcharger les transporteurs et la poste, et d’éviter un maximum de déplacements). Mais vous pouvez faire votre petite liste, nous aurons grandement besoin de vous lorsque la librairie sera à nouveau ouverte.

Pour le prochain rendez-vous, je vous propose mercredi 1er avril. Certes, c’est un peu tard pour l’apéro, mais avant, les enfants sont debout et c’est moyennement pratique.

Bises, prenez soin de vous

 

Les libraires masqué.e.s

 

 

 

 

 

BD féministes : Yeah!!

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Les premières BD féministes que j’ai lues.

Attention les lire vous ouvre les yeux en grand sur le patriarcat, vous ne pourrez plus les refermer ensuite! Liv Strömquist est drôle, percutante, on sent une énergie débordante derrière ses dessins en noir et blanc.

Anne-So

L’annexe

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L’Annexe
Catherine Mavrikakis
Sabine Wespieser Editeur

En ces premiers temps de confinement, le dernier livre de Catherine Mavrikakis, L’Annexe, est une mise en abyme qui donne le vertige. Je me suis retrouvé cloîtré dans mon salon-bibliothèque à lire un livre sur une femme enfermée dans un appartement, qui survit par la lecture des livres qui couvrent l’ensemble des murs et est littérairement habitée par Anne Frank dont on sait qu’elle accédait à sa cache, l’Annexe où elle a vécu vingt-cinq mois, en traversant une bibliothèque pivotante ! Etrange.
Mais je reprends au début. L’héroïne s’appelle peut-être Anna mais à un moment de sa vie, elle portait le nom de Francesca Connors, du moins le temps d’exécuter pour le travail un couple avec lequel elle s’était liée, Mary et Brian Forster. Sans trop d’état d’âme, en professionnelle, une balle dans la tête de chacun. Un Glock 9 mm sans doute. Anna est agente des services secrets dont on ne sait quelle puissance. L’affaire cependant la met en danger, quelque chose a dû mal tourner et, alors qu’une nouvelle fois elle s’attarde devant la maison d’Anne Frank à Amsterdam, elle doit être exfiltrée par son organisation. Elle est, pour être protégée ou exécuter à son tour – le doute est légitime là-dessus – confinée dans un appartement avec sept autres espions et « agents doubles de pacotille étonnés de se retrouver là, alors qu’ils auraient dû connaître la vie de château que mènent à la télé les barbouzes internationaux ». Peut-être à Montréal, peut-être à Pittsburgh, pourquoi pas à Detroit. Difficile de le savoir, les informations qu’elle reçoit sont contradictoires. Cette nouvelle annexe d’où personne ne peut sortir est gérée par Celestino, un Cubain paraît-il, qui a l’œil sur tout et tout le monde, s’occupe du vestiaire des uns et des autres comme des menus que la cuisinière, Saturna, réalise avec art. Dix personnes enfermées ensemble, si on compte bien. Ça vous rappelle quelque chose ? Eh bien non, on n’est pas chez Agatha Christie, même si beaucoup vont disparaître…
Mavrikakis alors nous enferme avec ses personnages, Celestino et Anna qui sont sur le devant de la scène, dans un jeu littéraire pour notre plus grand plaisir. Un jeu, un duel plutôt, qui ne peut que mal tourner. L’un et l’autre sont des férus de littérature. Si j’étais confiné dans cet appartement, je ne m’approcherais pas de Celestino à moins de deux mètres malgré ses affinités littéraires que je ne peux que partager : Proust (mais il a un faible pour les écrivains homosexuels, en dehors de leur talent littéraire), Thomas Mann, Arundhati Roy, Sofi Oksanen par exemple ; avec ça, il faut se pousser pour le détester. D’autant plus qu’il aime Joan Crawford et Greta Garbo. Anna entame un jeu trouble avec lui, son semblable, son frère, son égal en passion littéraire. Tous deux semblent enfermés dans Le baiser de la femme araignée, le roman de Manuel Puig. A ses colocataires, disons ses codétenus, Anna accole le nom d’écrivains ou de personnages qui révèlent leur personnalité, Tourgueniev, Meursault, Sévigné, elle-même n’est peut-être qu’une Emma Bovary, allez savoir. Jean Genet, Hervé Guibert, Arthur Schnitzler et Mademoiselle Else sont à ses côtés. Du beau monde.
« J’avais jadis essayé de comprendre l’espèce humaine par la lecture, dit Anna. Durant ma jeunesse, quand j’étudiais la littérature et la philosophie aux Etats-Unis, en Allemagne et en Russie, j’inventais une vie aux autres lors de complexes exercices à la fois intellectuels et spirituels. Mes lectures me permettaient de déchiffrer des tas de signes à même le corps, les gestes et les actions de ceux et celles qui m’entouraient. J’en faisais le matériau d’une histoire fabuleuse que je pouvais transformer à loisir. Plus tard, dans le cadre du travail, cet entraînement m’avait paru utile. Dans le métier d’agent secret, il reste de mise d’imaginer les morceaux manquants d’un récit ou d’une existence. Il s’agit d’interpréter afin de poser les bons gestes (…) Pour tous les êtres humains, il est important de trouver une fiction sur soi et sur autrui qui crée une cohérence ».
Anna, forte de sa mémoire et de cet entraînement de jeunesse, la littérature lui revenant « intacte du fond des âges », n’espère que dans les livres qui semblent « dialoguer, s’interpeller » pour la sauver du piège qu’elle sent se refermer sur elle dans cet huis clos. « Rien à voir avec les conditions de vie d’Anne Frank », reconnait-elle, mais le visage d’Anne « tourné vers l’avenir qu’elle n’aura pas », « une écrivaine » dont la maison d’enfance à Amsterdam sert aujourd’hui de refuge aux écrivains persécutés dans l’obligation de se cloîtrer, va la soutenir dans sa tentative de déchiffrement littéraire au bout duquel est ou n’est pas la porte de sortie.
On l’aura compris à la lecture de Catherine Mavrikakis, dont la force romanesque des derniers jours de Smokey Nelson m’avait déjà enthousiasmé, la fiction est le seul chemin qui vaille, « le reste, tout le reste, n’est que littérature ».
Jean-Yves

La longue route

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Je viens à l’instant de finir La longue route de Bernard Moitessier.

Je me le gardais à lire pour le bon moment, quand je serai prête.

Donc, je me lui suis lancée dedans hier, jour 5 du confinement, ce n’est pas un hasard !

C’est le récit d’un homme, d’un amoureux de la mer qui décrit son tour du monde et demi à la voile sans assistance et sans escale en 1968.

Au delà ce cette prouesse technique, car seul, un concurrent réussira le défi, Bernard Moitessier se rapproche de la nature au fur et à mesure de son périple.

Il apprend à l’écouter simplement en prenant le temps. Le rapprochement entre les oiseaux, les dauphins et lui sont bouleversants et sa décision de ne pas rentrer tout de suite chez lui va naître dans son esprit…

Juju 🙂