Jeu blanc

Wagamese

Un jour avait débarqué dans un carton Les étoiles s’éteignent à l’aube venant d’une chouette maison d’édition suisse. Un livre parmi tant d’autres. J’avais décidé de le mettre en haut d’une pile. Et j’ai été bouleversé par la beauté de l’écriture et l’intensité de l’histoire. Et puis… Wagamese s’en est allé rejoindre ses étoiles 😦 -d’ailleurs Les étoiles… sont désormais en format poche chez 10/18, vraiment: lisez-le -. Puis Zoé éditions a repris une des plus belles histoires, sûrement la plus intime, de Richard Wagamese : Indian Horse devenu Jeu blanc – dans l’univers du hockey, cela signifie que le match est réalisé sans encaisser un seul but -, toujours traduit par Christine Raguet. Et toujours cette claque, cette beauté, cette intensité. Il faut découvrir et/ou redécouvrir cet auteur d’origine Ojibwé, aller à la rencontre de son héros, Saul, enfant ballotté par la vie, privé de son identité indienne au profit du lavage de cerveau entrepris, à l’époque, par les Zhaunagush, les Blancs. Pour Saul, le hockey sur glace est un moyen de glisser sur les lames de fond de sa vie, il se redécouvrira un but, auprès des siens, en habit de match, casque visé sur la tête et âme vivante mais déchirée. Et puis…vous verrez, vous lirez… jusqu’à la dernière page, la dernière larme. En lien avec cette histoire, on peut relire le reportage dessiné de Joe Sacco publié dans l’excellente revue XXI, notamment ces fameuses « écoles » où des milliers d’enfants amérindiens ont eu leur vie brisée, où leur culture ancestrale devait être réduite à néant et leur esprit vidé de toute substance. Richard Wagamese nous offre dans Jeu Blanc, toute l’intensité d’une histoire de déracinement et d’annihilation. Bien au delà d’une histoire indienne ou d’une histoire de hockey,  Jeu blanc est l’histoire d’un homme qui revient sur ses racines pour célébrer la vie et détruire ses démons, tout cela avec la plume talentueuse de Richard Wagamese: belle et poignante. Il était donc temps que je l’écrive, ce coup de cœur indéniable, pour un auteur remarquable si tôt disparu.

Jeu blanc de Richard Wagamese chez Zoé editions – 256 p. – 20,90 euros –

Fanny.

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Les huit montagnes

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Les huit montagnes, Paolo Cognetti, traduction Anita Rochedy, édition Stock, paru le 23/08/2017, 298 pages, 21.50€

Pietro et Bruno se rencontrent alors qu’ils n’ont qu’une dizaine d’années. Pietro vient de Milan. Son père, randonneur passionné, tente de l’initier aux joies de la montagne. Chacun a son rythme, son altitude, ce qui, parfois, les éloigne. L’amitié entre Bruno et Pietro nait rapidement. Quelques semaines à vagabonder dans les alpages et les forêts scellent, pour de nombreuses années, le lien entre les garçons.

Je ne dévoile pas plus l’histoire, bien que l’enjeu de ce roman ne soit pas dans les différents rebondissements que l’on pourrait y trouver. C’est une histoire de montagne (celle-ci étant presque un des personnages), d’hommes, d’amitié, de filiation. C’est un texte pudique aussi, où l’on ne fait pas étalage de ses émotions, ces dernières étant plutôt effleurées et les non dits lourds de sens. Amoureux de la nature, de la montagne, des hommes, foncez, ce texte est pour vous.

Emma

P.S : Alors, oui, la photo est moche, je ne retrouve pas mon masque, l’éclairage est atroce..bref, promis, je fais mieux la prochaine fois ;).

Les sables de l’Amargosa

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Oui, j’aime bien m’écrouler sur le parquet de la librairie avec un coup au cœur 🙂

Un grandiose roman d’anticipation qui m’a donc accroché au cœur et au corps. Les sables de l’Amargosa (ou, in english, Gold Fame Citrus-« L’or, la gloire, les agrumes« , merci d’ailleurs à l’excellente traduction de Sarah Gurcel) de Claire Vaye Watkins est un petit bijou : une exploration de notre solitude, une réflexion sur ce qui pourrait advenir de notre monde si l’eau douce venait à terriblement nous manquer… Ce livre est une épopée qui me fit penser à Steinbeck et Chatwin, un road-trip qui vous laisse la gorge asséchée et l’esprit en vrille. Avec cette même fougue, je pourrais rapprocher Les sables… de l’excellent Station Eleven d’Emily St John Mandel, avec un esprit de construction encore plus fou. Bref, ces filles prennent le futur à bras le corps : c’est dément et si intelligemment mené. Vaye Watkins nous entraîne ici au pays de Mojaves, dans cette Californie brûlante et nue, menacée par l’avancée irrémédiable d’une mer de dunes. Luz et Ray, amoureux sauvages et paumés, trouvent refuge dans une villa de starlette perchée du haut de cette Cité des Anges, déchus, et retrouvent, pour un instant, les trésors futiles de cette cité antique qui fut la nôtre. Ils trouveront aussi « Ig », une petite fille fragile, poupée chiffon désorientée, qu’ils enlèveront, pour l’emmener vers les verts pâturages, lieux idéalisés, au-delà de ces frontières désormais fermées. Le chant de la piste les mènera vers leurs destins respectifs, en bordure de ces terribles et magnifiques sables de l’Amargosa. Il y aura une histoire de secte hippie où le coryphée d’un savant fou vous racontera leurs histoires, il y aura la quête d’identité, du moi profond, de l’amour, de la haine, de la trahison, de l’idéal. « Qui sommes-nous, où allons-nous », Claire Vaye Watkins met tout cela dans son shaker littéraire et nous offre un cocktail incroyable et explosif. « Exaltant, hypnotique, audacieux » écrit Louise Erdrich de ce roman, et bien je ne peux résumer mieux. Grand coup de cœur!

Les sables de l’Amargosa de Claire Vaye Watkins chez Terres d’Amérique aux éditions Albin Michel – 416 pages – 23.50 euros –

Fanny.

On l’a rêvé, ils l’ont fait.

A la librairie, chaque nouveauté de Craig Johnson s’accompagne de youhou!!!! ou encore hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii!! Ok, on l’avoue, on peut être un peu monomaniaques. Mais bon, entre Walt Longmire, Henry Standing Bear, Vic Moretti (les héros de sa série policière) et nous, c’est une grande histoire d’amour.

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Et si, en temps normal, on se partage les lectures à faire, quand un nouveau titre de l’auteur arrive, on se jette tous dessus, avec l’envie de partager notre enthousiasme.

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Bref, Craig, on l’a lu, on l’a croisé dans des salons, on l’a rêvé pour la librairie.

Et vous savez quoi?

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Il vient nous voir en vrai (Merci les éditions Gallmeister)!

Rendez-vous mardi 21 novembre, 19h00, à la librairie pour une rencontre qui promet d’être passionnante.

L’entrée est gratuite mais il faut vous inscrire.

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Les libraires masqués

 

C’est le cœur qui lâche en dernier

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C’est le cœur qui lâche en dernier, Margaret Atwood, traduction Michèle Albaret-Maatsch, Robert Laffont, 450 pages, paru le 17/08/2017, 22€

Bien connue pour son titre La servante écarlate (adapté récemment en série tv), Margaret Atwood nous projette, une fois de plus, dans un futur proche inquiétant. La différence réside cependant dans le traitement puisqu’elle nous offre un roman assez jubilatoire au rythme enlevé.

Stan et Charmaine se prennent la crise économique de plein fouet. Trouver du travail et subvenir à leurs besoins relèvent du parcours du combattant. Aussi, lorsque Charmaine tombe sur une publicité vantant le mode de vie offert par Consilience, elle n’a qu’une hâte : signer. Le système est assez simple. Pendant un mois, les résidents occupent une charmante maison, ont un travail et l’argent nécessaire pour subvenir à leurs besoins. Le mois suivant, ils sont logés, mais en prison. Attention, le genre de prison grand luxe, avec des chambres confortables, des repas dignes d’un trois étoiles etc. N’y subsiste que la privation de liberté. Bien évidemment, l’envers du décor n’est pas si idyllique que cela et le couple risque d’en faire les frais…

Très bien rythmé, beaucoup de dialogues et pas mal d’humour (le regard critique sur notre société restant quand même bien présent) : ce nouveau roman est une belle découverte.

Emma

Rencontre en Terres d’Amérique

Callan Wink et Francis Geffard arrivant tôt à Dinan, nous avons pu jouer les guides touristiques et leur offrir un petit aperçu de la ville : le centre historique, le Jerzual, une ballade en bord de Rance (avec une eau nettement plus calme que la rivière Yellowstone), le chemin de ronde… Callan observant avec attention les différents sites chargés d’histoire, Francis comblant les nombreuses lacunes d’Emma dans ce domaine.

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Après quelques échanges avec un jeune pêcheur (le guide de pêche n’est jamais loin), petite pause autour d’une bière bretonne, histoire de poursuivre la découverte de la région.

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La rencontre approche, avec son lot de stress (est-ce que tout le monde sera là? Est-ce qu’on va s’emmêler les pinceaux pendant l’entretien? Et comment on dit pêche à la mouche déjà en anglais? On savait bien qu’on aurait dû réviser du vocabulaire.. bon bah tant pis, hein).

Bref, quand on arrive à la librairie et qu’on voit tous nos lecteurs qui attendent bien sagement, dans notre tête ça fait un peu ça : joie/peur/excitation/soulagement/je-vais-plutôt-rentrer-et-aller-me-cacher-sous-la-couette/bon-non-je-ne-peux-quand-même-pas-faire ça/allez, courage,go! Et on y va.

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Deux heures qui passent très vite. L’écriture, la traduction, l’Amérique aujourd’hui… Le temps manque, forcément, mais à la fin de l’échange, on repart tous un peu plus riche de quelque chose.

Donc voilà, merci aux lecteurs d’être venus si nombreux (le record de 60 personnes est battu (YEAH!)et franchement, on ne pourra pas aller au delà au vu de la configuration de l’espace), merci à Callan pour sa gentillesse et sa disponibilité, merci à Francis d’avoir rendu cette soirée possible (et je crois qu’on peut ajouter Whouaou pour la traduction simultanée sans filet!).

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Bon, nous aussi on n’arrive qu’à l’épaule de Callan, mais on ose quand même la photo debout. Le rendez-vous est pris pour la parution de son futur roman : il reviendra à la librairie en échange d’un masque personnalisé (il va falloir bosser, maintenant ;)).

 

Les libraires masqué(e)s

 

L’invention des corps

L'invention des corps

Et voilà, c’est reparti mon kiki à la librairie! yuhuuu quelle aventure. Et bien sûr il y a des pépites que je me dois de vous faire partager, encore et toujours 🙂

Un roman époustouflant. Des méandres de la toile internet aux circonvolutions des cellules, de la survie à l’échappée, Pierre Ducrozet nous plonge dans un récit haletant, d’une plume dense et avertie. Lire à en avoir le souffle coupé, j’ai suivi et poursuivi Álvaro , jeune professeur mexicain aux prises avec la barbarie de son pays, ne veut que s’échapper de ce monde. L’invention des corps est une histoire ultra contemporaine qui vous prendra à bras… le corps, dès les premières pages. C’est un roman noir qui palpite, qui pose la question de la dictature de qui sur qui; Ducrozet fait surgir des morts, des pirates du web, des transhumanistes et je reprends tout juste mon souffle. Entre le Mexique et la Californie, nous suivons ce survivant, génie de la programmation, réduit à son état de « migrant », ce corps qui vagabonde, dans les mains d’un géant du Net qui refuse la déchéance de son propre corps en s’enfermant dans la recherche de son Graal: l’immortalité, la toute puissance. Une brillante scientifique française sera la clé de la résilience pour ce jeune homme blessé et indomptable. Nous partirons avec eux, vers ce souffle de liberté et vers ces résistants 2.O de notre ère. L’auteur nous projette dans ces destins, ces êtres reliés désormais par les liens et hypertextes à travers le monde, qui décident de rendre justice à leur manière, est-ce à dire : totalement « Anonymous », cette entité au visage masqué, « ils » et « elles » ne sont plus qu’un. Les mythes anciens frôlent les questions de notre société actuelle, Ducrozet nous entraîne dans son Invention…ce road-trip hallucinant de vérité(s) où décidément « l’homme est un loup pour l’homme ». Un grand coup de cœur pour cet ouvrage écrit d’une main de maître.

L’invention des corps de Pierre Ducrozet chez Actes Sud – 304 p. – 20 euros –

Fanny