Dans ma ZUP

 

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Tu lis quoi?
– Un bouquin qui fait du bien.
– C’est sur quoi?
– La Zup… Zone à urbaniser en priorité.
– Mmmummm, ça envoie du rêve, la banlieue, le neuf trois.
– Non, le sept trois, Chambéry-Le-Haut.
– Y’a une Zup à Chambéry?!
– Ouaich ouaich.
– L’intégration, les problèmes de cohabitation, le racisme, blablabla, la joie quoi… Beaune devient sociologue?
– Et le nigaud comme toi qui va passer à côté de ce petit bijou d’humanité. Et bien…surpriiiiiiise! Ce n’est pas un essai socio, ni un roman, ni un témoignage, ni un roman graphique, c’est des bouts de vie qui se croisent, se recroisent, s’entrecroisent, s’entrechoquent. C’est Jacqueline, Assia, Sami, Clotilde, Hakim, Jean-Marie, Marie-Pierre, Mohamed, Brahim, Nasser, Gaëlle, le brigadier Séralini et d’autres. C’est dans l’humain, le faillible, le généreux, l’amusant, l’émouvant, le vibrant, le vivant. J’adore.
Super découpage en plus.
– Fais voir.
– Non là je suis en train de découvrir quand et comment Joey Starr a perdu ses deux dents de devant sur la pelouse du Mâconnais.
– Nooooon, à Chambéry-Le-Haut?!
– Voui et là, écoute :
« Aujourd’hui on a fermé la déchetterie, on a fermé l’école Pablo Neruda, on a fermé la caisse primaire d’assurance, et maintenant il est question de fermer le bureau de Poste. Quand tu vois l’impact des grandes enseignes au niveau de la consommation, comment elles occupent les panneaux Decaux, comparé à la misère des panneaux associatifs, tu comprends mieux le modèle qui nous gouverne ».
Voilà, tu vois, c’est tout ce que j’aime, tu ris, tu t’interroges, tu bouges tes lignes.
– Bon, passe-le moi.
– Tu dis « s’il te plaît » d’abord. Mais tu attendras un peu, des personnages comme ça, j’ai besoin de les garder avec moi quelques jours avant de les lâcher comme ça

Coup de cœur love love❤️ 

Fanny.

Lanny

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Énorme coup de cœur pour le nouveau Max Porter dont j’avais déjà adoré le précédent titre (La douleur porte un costume de plumes). Une fois n’est pas coutume, avec ce nouveau roman, l’auteur flirte avec l’imaginaire, nous donnant à voir un univers surprenant et poétique.

Lorsque Lanny, jeune garçon un peu à part, disparaît subitement, les commérages vont bon train : Il est un peu étrange, ce petit, non? Et ce vieil artiste, avec qui il passe tout son temps, il n’est pas très net, non plus.  Quand à la mère.. Elle laisse un peu traîner son gamin.

Dans ce roman chorale, chacun apporte son opinion et son grain de sel, y compris un personnage peu commun.

Nul besoin d’être amateur de littérature de genre pour découvrir Lanny, mais il est vrai qu’il faut un peu mettre de côté son esprit cartésien pour en apprécier l’atmosphère.

En ce qui me concerne, ce titre, que j’attendais, m’a enchantée. Grand, grand coup de cœur.

 

Emma

Péquenots

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James Crumley disait du récit de vie de Crews intitulé Des mules et des hommes (traduction Philippe Garnier) : « peut-être le meilleur livre de la littérature américaine« . Parce qu’Harry Crews touche aux profondes racines américaines, celles qu’on ne peut déterrer qu’en se salissant les mains, Péquenots est ce recueil d’articles absolument jubilatoire, tant par la forme que dans le fond.

Vous aimez Harry Crews? Adoptez Péquenots (traduction Nicolas Richard). Vous ne connaissez pas Harry Crews? Commencez par Péquenots.

Crews est cet enfant triste qui échappa à la violence d’un père par la guerre puis l’écriture et le vagabondage.
L’auteur vient de « là »: ce Sud arracheur de dents, avec ses piliers de comptoir, ses paumés, ses Rednecks, ses désabusés, ses fêlés, ses monstres de foire, ses mecs touchants par leur singularité, sans rêve, ses femmes qui connaissent la dureté d’une vie et font avec.

Quel attachement j’ai pu avoir pour ses personnages! J’ai littéralement adoré cette compilation d’articles, parus entre 1974 et 1977 dans les magazines Esquire et Playboy (et voui voui voui), écrits avec cette plume franche et incisive, mais aussi ce côté tendre et désespéré, à contre-courant d’à peu près tout.

Finalement, on est toujours le péquenot de quelqu’un.
Harry Crews nous parle les yeux dans les yeux, il est « lui », ne s’en cache pas, rend compte de l’humanité dans ses rencontres au gré du vent, d’un chemin (le sentier des Appalaches), d’un bar, d’une cascade, d’une voiture (une Mercury de 53), d’un cirque, et plus encore.

Je m’y suis énervée, amusée, j’ai été conquise (le dos de Charles Branson…), j’ai été écœurée, intéressée, en bref, ce fut un délice de se plonger dans son univers, jusqu’à me redonner envie de relire La malédiction du gitan, Le roi du k.o., le dinguo Car et de m’adonner à d’autres (livres j’entends).

Si l’écrivain-journaliste Harry Crews avait une sœur photographe pour l’accompagner, cela aurait pu être Diane Arbus, pour leur proximité avec leurs égaré(e)s magnifiques.
Sans distance avec ses personnages, Crews est un portraitiste exceptionnel qui touche à l’essentiel de la parodie humaine, sans caricature et avec toujours beaucoup de générosité.
Du grand art.

Fanny.

P.S. : Et tout de même vous dire ma joie pour le Goncourt décerné au formidable « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon » du non moins formidable Jean-Paul Dubois, chez L’Olivier (youpitralala, vous pouvez retrouver la chronique dans le fil du blog). Et la même joie pour le Renaudot décerné à la sublime « Panthère des neiges » de Sylvain Tesson (Gallimard), une chronique sera faite tantôt 🙂 le temps, toujours le temps 😉

F.

Secret de Polichinelle

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Voilà un roman tout à fait hors catégorie et qui le revendique haut et fort.
Voulez-vous une bonne intrigue? En voici une. Voulez-vous éclater de rire au détour d’un interrogatoire? J’ai ce qu’il vous faut. Voulez-vous une critique virulente du monde consumériste? Nous y voilà. Vous voulez tout cela en même temps? Voilà votre perle… rare.

Alors, par où commencer pour vous en dire plus…Oder Hefer décide de s’improviser détective privé, le timbre de voix viril, la pose nonchalante mais pas trop, un peu comme ses héros de séries B. Bref, Oder se compose un vrai rôle d’actrice…car oui, Oder parle de lui au féminin.
C’est ce qui est chouette avec ce personnage: il ose, avec irrévérence, espièglerie, roublardise et gourmandise.

Dans un style vif, au ton décalé et assumé, Yonatan Sagiv (traduction de l’hébreu par Jean-Luc Allouche), appelle un chat une chatte, et nous fait vivre une histoire trouble avec un suspense qui n’en démord pas jusqu’à la dernière page. L’intrigue est pourtant simple comme un cake aux olives : Mira, la sœur d’une des femmes les plus riches d’Israël, vient lui demander d’enquêter discrètement sur la mort de celle-ci, un crime maquillé en suicide selon elle.

L’enquête commence alors dans les hauts lieux de la finance israélienne, au sein de ces quartier huppés et « branchouilles » de Tel-Aviv. Oder aiguise ses sens d’enquêteur, tout comme sa répartie, au fur et à mesure de ses investigations.
Il effraie la bourgeoisie par son franc-parler, bouscule les codes et les genres avec l’aplomb d’une Miss Marple sous acide. Notre homme, homosexuel fier de l’être, n’arrête jamais: il drague tout ce qui ressemble, de très près, à des dieux grecs, et met son nez dans ce qui ne le regarde pas afin de mieux arriver à ses fins. Me voilà attachée à ce bonhomme turbulent, lié à un Secret de Polichinelle qui déborde du cadre traditionnel des enquêtes « pur jus ».

Ce roman est comme un poney arc-en-ciel (c’est coriace ces petits animaux velus) qui rue, avec fantaisie, dans les brancards.

Au milieu d’une société gangrénée par l’appât du gain, notre Oder démêle le vrai du faux, fustige les apparences trompeuses et les petits arrangements, pour mieux nous entrainer dans une investigation haute en couleurs (et en cadavres éparpillés), au sein des quartiers bondés de Tel-Aviv.

En conclusion, pour les arpenteurs de romans décalés, Secret de Polichinelle est pour vous. Vivement la suite

Fanny.

 

Les éditions Critic installent leurs quartiers d’automne

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Les éditions Critic ont 10 ans!

Maison d’édition spécialisée dans les littératures de l’imaginaire et le roman policier, Critic est un de nos fournisseurs officiels (ou presque) de coups de cœur!

Nous n’avons pas eu trop de mal à dénicher dans leur catalogue de bons romans, que nous associons très bien avec leur slogan: « des livres que vous ne lâcherez pas! »

Point Zero d’Antoine Traqui ou Goodbye Billy de Laurent Whale côté thriller, Des sorciers et des hommes de Thomas Geha ou Les seigneurs de Bohen d’Estelle Faye pour les amateurs de fantasy, American Fays d’Anne Fakhouri et Xavier Dollo pour la fantasy urbaine, Arca et Pyramides de Romain Benassaya ou Légendes d’Agrégats d’Etienne Cunge pour les inconditionnels de SF, PariZ de Rodolphe Casso pour un éblouissant « Clochards Vs Zombies » dans un Paris apocalyptique, bref, vous n’avez que l’embarras du choix! Et en prime, pour l’achat de deux livres, La volonté du Dragon de Lionel Davoust vous est offert.

Que demander de plus!

Les libraires masqués

Berta Isla de Javier Marias

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Ce n’est que mon deuxième roman de Javier Marias, après Comme les amours (Gallimard, 2013), mais je le considère déjà comme l’un de mes auteurs préférés! Je crois qu’Emma avait beaucoup aimé Si rude soit le début (Gallimard, 2017) mais elle pourra me le confirmer lorsqu’elle reviendra le jeudi 2 janvier à 9h30 tapantes!!!

Berta Isla est de ces romans qui semblent parfaits. L’écriture est sublime (et nous, lecteurs français, devons beaucoup à la traductrice Marie-Odile Fortier-Masek), l’intrigue est captivante, le suspense subtilement distillé, et l’intime est habilement mêlé à la grande Histoire, entre l’Espagne et l’Angleterre de la fin des années soixante jusqu’aux années deux mille.

Les thèmes abordés nous interrogent tout au long de la lecture, et l’on quitte avec regret Berta et Tomas, dont nous aurons suivi le destin sur près de six-cent pages.

C’est brillant!

Gaël

Errances

Errances

Quand on me disait « Bering », je pensais « détroit » et puis c’est tout.
Après avoir lu Errances, je connais désormais le personnage à qui un détroit, une mer et une île doivent leurs noms. Vitus Jonassen Bering, enfant rêveur né dans une petite ville portuaire du Danemark, portait déjà en lui, des envies de voyages et de vastes espaces inexplorés.

Olivier Remaud nous plonge dans un récit vif et précis, fait d’errances, de découvertes, de voyage ultime.

En 1725, Vitus Bering, déjà rompu au bourlingage océanique, part pour une première expédition.
Je n’imaginais pas l’entregent nécessaire, la résistance aux coups bas, les exigences impériales et les impératifs de réussite auxquels était soumis Bering.

L’enfant rêveur devient explorateur au service du tsar Pierre Ier, ayant pour mission de cartographier les terres entre la frontière russe et le continent américain. Mais l’aventure devient odyssée lorsque le brouillard, les retards administratifs, la mauvaise volonté d’un gouverneur et l’état déclinant du tsar s’en mêlent. En 1732, n’ayant pu prouver de manière absolue qu’Asie et Amérique étaient séparés par la mer, Bering, bien qu’essoufflé par les manigances et les courbettes aristocratiques, reprend la route vers le Kamchatka avec près de 600 hommes.

Qu’il est beau de lire ainsi la passion d’un homme avec ce récit de vie qui emporte fort et loin, à la fois dans l’intimité du personnage et son obstination voyageuse.

Errances est l’aventure d’un Gulliver face à un territoire immense, c’est à la fois impitoyable et magnifique.

Fanny.