Trop semblable à l’éclair d’Ada Palmer

Pour les lecteurs de SF qui veulent du neuf, c’est par ici!

Terra Ignota T1 Trop semblable à l’éclair d’Ada Palmer (éd. Le Bélial)

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Si le mot n’est pas trop galvaudé, je dis CHEF-D’ŒUVRE !

Un roman d’une telle ampleur il n’en paraît qu’un tous les 10 ans.
C’est exigent, érudit, foisonnant, subtile, déstabilisant… Il faut s’accrocher au début, mais pour quelle récompense!
A ranger aux côtés du cycle de Fondation d’Asimov et d’Hypérion de Dan Simmons.

Ada Palmer est la nouvelle grande dame de la SF.

Gaël

Et si vous souhaitez acheter le livre, c’est là.

Born to be wild !

C’est le moment des chaises musicales vacancières au Grenier 😉

Nous prenons l’air à tour de rôle mais la librairie reste ouverte :

Lundi 14h-19h / du Mardi au Samedi de 09h30 à 13h puis de 14h à 19h.

Prenez soin de vous et que vive les découvertes littéraires !

Le dit du Mistral – Rentrée littéraire –

Une envie, juste avant les vacances, de commencer à vous parler des gros coups au cœur de cette prochaine Rentrée littéraire qui débutera le 20 Août 🙂

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« Le dit du Mistral » est époustouflant.
Je pense que les gens du Sud vont le lire par centaines, et j’espère de tout cœur que les gens de l’Est, du Centre, du Nord et de l’Ouest feront de même car ce livre est une échappée splendide.
Tu sais, c’est comme une respiration cette histoire, comme la fraîcheur du Mistral sur ta peau qui se ragaillardit, comme se laisser à écouter des légendes qui peuplent cette terre du Lubéron, c’est aussi s’émouvoir de l’amitié entre deux hommes, illuminés par leur découverte.

Ils sont là, veilleurs, Giono, Bosco, Pétrarque, Daudet, mêlés aux dictons populaires, tous enfouis dans le calcaire de ce massif éblouissant. Ils viennent appuyer un chapitre, une humeur, une épopée. Je peux te l’écrire, ce roman m’a enchanté, envoûté.

L’histoire première est ce « je », un professeur, amoureux de cette terre provençale, tout comme il l’est de Blanche, ami de son chat surnommé le Hussard. Un soir d’orages et d’éclairs, son voisin aux mains noueuses et solides comme le tronc d’un vieil olivier, Monsieur Sécaillat, vient toquer à sa porte : sur sa terre a jailli le passé, un passé lointain comme un tas d’argile, comme des objets anciens forcément mystérieux, avant les Césars et autres escartefigues.
Tu as cette délicieuse impression d’être de l’aventure toi aussi, l’un enfile son pull tandis que tu enfiles ton ciré, prêt(e) à aller voir auprès d’eux le secret qui gigote sous les ocres et la roche.

Olivier Mak-Bouchard t’emporte dans le temps, te fait découvrir des rituels ancestraux comme sur le ton d’une confidence, d’une transmission. Son écriture, son enthousiasme érudit à mêler le passé au présent, m’a fait penser à l’écriture de Laurent Gaudé. Et ce n’est pas rien Gaudé. Cette même intelligence dans le scénario, la peau du vivant contre celle des légendes et des anciennes générations. Et toi qui te laisses volontiers embarquer sur leur pointu.
J’ai adoré retrouver ce vocabulaire provençal, ce patois qui égrène ce texte comme des tournesols qui rendraient encore plus de lumière à cette histoire qui fleure bon le mystère, les découvertes, les rites immuables, les rêves, les hommages et l’humilité d’une vie campagnarde.

Notre narrateur n’a rien d’un héros tapageur, il suit juste son instinct, un peu comme son chat aux pattes noires comme des bottes de sept lieues. Du haut de son muret il devient le détenteur de secrets et, par le talent indéniable de l’auteur, nous rend passionnante cette histoire.

« (…)Entre deux flammes se dévoile la nuit provençale, parsemée d’astres qui brillent et d’étincelles qui scintillent. Les premiers regardent de haut, les secondes s’élèvent pour les rejoindre. Ces lucioles pourpres s’écartent sur mon passage, ultime révérence de courtisanes. Blanche me regarde comme on regarde un enfant, les mains sur les hanches(…) »

Olivier Mak-Bouchard nous parle de la Saint-Jean, d’Hannibal et ses troupes traversant le Rhône, des treize desserts, de l’aïgo boulido, de la naissance mythologique du Mistral, du Mont Ventoux, de la stèle de Tom Simpson, de lampes votives, des rois mages, d’une hypnotique femme-calcaire et de mille autre choses assemblées qui n’en font qu’une : la vie et ses innombrables mystères et hasards.

« Le dit du Mistral » te chante la possibilité de croire, la vérité qui n’existe pas puisqu’elle est multiple, l’amour pour cette terre du Lubéron, la beauté d’une odyssée qui te prend au cœur. En divers allers et retours parfaitement orchestrés, tu te laisseras happer par ce conte, façon mille-feuilles, fait de strates anciennes et de réalisme humaniste.

Apparait à un moment cette phrase de Giono : « La Provence dissimule ses mystères derrière leur évidence », c’est toute cette humeur là « Le dit du Mistral » et bien plus encore.

Comme un énorme coup au ❤️ fan de chichourle !

Le 20 Août.

Fanny.

Soleil

Soleil

« Soleil » de David Bouchet (Daouda Toubab) est un livre qui fait du bien, vraiment du bien. C’est une histoire qui m’a fait penser aux enfants narrateurs d’Alain Mabanckou, rythmée par l’innocence et l’intelligence première, celle du cœur.
Souleymane, douze ans, part de Dakar avec sa famille: la Mère, forte, pieuse et magnifique, Bibi, le grand frère de l’instant présent, Lila, la petite sœur vibrante d’énergie et P’pa, homme du voyage ayant grandi dans le quartier de Villeneuve, à Grenoble, pour se retrouver à seize ans au Sénégal, pays d’origine, privé de passeport afin de lui « sauver sa peau » et lui apprendre, dans le même temps, à ne jamais se retourner sur le passé.

Souleymane, Souleye, que son amie Charlotte Papillon surnommera Soleil parce qu’elle l’a compris ainsi, que cela lui va si bien à ce gamin déraciné et totalement généreux; Souleye, donc, nous fait débarquer dans un Montréal âpre et rigoureux où la famille doit faire sa place. C’est une histoire de migration, c’est dur, terriblement réaliste et résolument solaire. Parce qu’au milieu des « colons« , d’un « boudiouman » et de la débrouille quotidienne, Souleye s’attache au portrait des siens, à leur redécouverte des uns des autres, au courage, aux rêves, aux questions inévitables et au chemin qu’il faut continuer, quoiqu’il advienne, car il y a toujours plus désespéré ailleurs.

Un premier essai d’enracinement s’expérimentera au sein d’une maison située dans le quartier de Rosemont. Sauf que dans le vaste sous-sol le père se confronte à la dureté de l’exil, s’y terre, s’enterre en creusant un trou. La folie débarque pour expier une douleur, la Mère devient alors l’amer remarquable tandis que Souleye s’improvise vigie, prêt à voir le beau rivage, à y croire.
C’est à Rosemont que Soleil rencontrera Charlotte, une « pure laine » déracinée par son histoire familiale; l’exil et ses facettes multiples. J’ai alors lu la tendresse, le respect et l’entraide discrète de ces deux jeunes beaux adolescents.

« -C’est la gêne devant mon strabisme, les gens, c’est comme ça… Toi, t’es pas gêné, c’est tout.
-Tu veux que j’arrête de te regarder?
Elle ne me répond pas, elle me fixe comme à notre première rencontre à la caisse du Maxi. Charlotte, ses yeux sont comme une bouche, ils parlent. Parce que tous les climats, toutes les pluies et toutes les tempêtes sont passés sur elle. Ses yeux disent des choses sur sa vie, c’est une lumière aussi forte que des éclairs les soirs où il y a du tonnerre.(…) »

L’amitié, la folie, l’attachement, la résilience, l’acceptation, la complexité des êtres, leur mystère et la bonté d’âme font partie de ce roman qui, loin d’être niaiseux, amène une douceur infinie à un sujet aussi douloureux que le déracinement.
J’ai avancé avec eux, me suis serrée contre eux dans la Subaru Forester qui partait en direction d’un chalet de la Petite Nation, j’y ai retrouvé ce bonheur vif d’être au sein de la profonde nature québécoise, entourée par leurs rires éclatants. David Bouchet t’y déterre, aussi, la joie d’être au monde.

Soleil est devenu « mon » Candide de l’exil, un p’tit gars sur qui il fait bon compter au fil des pages, une petite merveille de résistance et d’humanité. « Soleil » est un roman qui se détache de la noirceur en exprimant toute la poésie jaillissante de l’idée de la « perte » de repères, de mémoire. C’est une histoire qui donne courage, donne envie d’aller poser sa main sur la crinière « trampoline » de Souleye. Il donne ce « Soleil ».
Dirigez donc vers lui, il vous ouvrira grand ses bras.

Coup brillant au ❤️.

Fanny.

Sans terre

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Un inoubliable « Sans terre ».
Après sa lecture, j’avais « juste » envie d’une balade sur l’Île d’Orléans en compagnie de Marie-Ève Sévigny , histoire de retrouver et de ressentir les lieux du « Chef », retraité de la police nationale, Gabrielle, écologiste jusqu’au-boutiste et Violette, inspectrice investie.

C’est un polar rondement mené, sortant des sentiers battus, électrique de bout en bout. J’en suis ressortie complètement enthousiaste avec l’envie de les retrouver pour une prochaine enquête, c’est pour te dire l’attachement.

Déjà, « Chef », tu le portes dans ton cœur, un briscard qui donne pour titre, à son libraire, le nom de « thérapeute », alias Marco Duchesne, dans la vraie vie, de l’indispensable librairie Pantoute à Québec.
Chef Vaillancourt a donc ses références littéraires et les trimballe le long de cette enquête qui nous plonge dans l’univers sombre des travailleurs d’Amérique du Sud, venus vendre leurs muscles, et parfois leurs âmes, aux fermes de l’Île.
C’est aussi une investigation qui va creuser dans le milieu des puissants pollueurs dont l’image est à l’image du fleuve… tranquille, jusqu’à ce que… .

Ce qui est bien avec Marie-Ève Sévigny, c’est ce ton littéraire, on l’a ressent concernée, et parfois sur les crocs, c’est ce qui est bon, en profonde empathie avec ses personnages principaux.
Au détour d’un évènement, des phrases qui claquent au vent des mots.

« (…)Vous inquiétez pas, lieutenant, rien ne viendra troubler l’ordre de votre belle cité. La sacro-sainte « majorité silencieuse » tient trop à ses emplettes du dimanche et à son café Starbucks pour mettre un politicien corrompu dans un coffre d’auto. »

Les pourris seraient toujours les pieds en éventail si des Gabrielle n’étaient pas là, qu’importe les moyens pour les déloger. Mais Chef sait ce que ce genre d’investissement porte en extrémisme et donc en dangerosité.

Sévigny te plante le décor de l’Île d’Orléans, univers à la fois terrestre et maritime, tu patauges dans la vase, tu t’en vas caresser un bon chien ou cueillir des brocolis au milieu des gars du Mexique ou du Guatemala, enchaînés à quelques dollars qui viendront, durant un petit temps, aider leur famille à survivre.

L’Île du poète Félix Leclerc, avec ses saintes et ses saints accrochés à ce caillou (Saints Laurent, François, Jean, Pierre, Sainte Pétronille ou Famille et j’en passe) est le jardin de Québec.
Au sein (cette fois-ci) de cette île fortement agricole, que les Algonquins appelaient « Minigo » qui serait une déformation du mot « Ouindigo », signifiant « ensorcelé », Chef va devoir démêler ses sentiments au milieu d’autres fils où s’entremêlent combat écologique, gangrène mafieuse, polluante Cliffline Energy et véreux Carapelli.

Ce qui est vraiment fort dans ce polar qui tient à ses références comme Lemaitre, Manchette et Benacquista, c’est l’intrigue qui ne s’embarrasse jamais de superflu. Sévigny garde sa hargne contre la corruption étatique et laisse aller le militantisme de Gabrielle sur des points divers comme le social, l’économie, l’écologie et le racisme ambiant.

Tout cela est diablement bien mené et bien écrit.
Décidément, ces auteures de polar me ravissent de plus en plus, tant leur langage n’est pas de bois.

« Tu te crois intouchable, mais même les mandarins dans ton genre finissent par se faire rattraper dans le détour. J’en ai ma claque, de vous voir promener vos masques respectables sur vos faces de voyous ! Et tu veux que je te dise? Je ne suis pas la seule ! Nous ne sommes plus capables, de vous entendre nous mentir en pleine face. »

Marie-Ève Sévigny signe là un énergique et magnétique roman policier et pas que… ce qui en donne tout son sel.

« Sans terre » est à découvrir et à partager. Va -chez ton thérapeute indépendant et lis-le !
Indéniable coup au ❤️

Fanny.

La pêche est bonne!

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La vénus de Botticelli Creek, Keith McCafferty, traduction Janique Jouin-de Laurens, Gallmeister, paru le 18/06/2020, 384 pages, 23.80€

Lorsque Nanika Martinelli, jeune guide de rivière attirant aussi bien les clients que les truites, disparait, Martha Ettinger, notre shérif, est loin de se douter dans quoi elle met les pieds. La découverte, au cœur de la forêt, d’un jeune homme empalé sur des bois de cerf la mettra rapidement dans l’ambiance. Sean Stranahan, notre pêcheur averti et privé occasionnel ne sera pas de trop pour l’aider à démêler cette affaire qui semble se complexifier au fil des jours.

Troisième opus de la série des Ettinger/Stranahan, La venus de Botticelli Creek est typiquement un polar des grands espaces comme on les aime : la nature est omniprésente, les personnages sont attachants, on croit entendre la rivière, et j’ai même l’impression de savoir monter une mouche depuis que je lis McCafferty. Bon, en vrai c’est dans ma tête parce que je serais bien en peine d’attraper quoique ce soit, mais rien n’empêche de rêver (vous faites des stages chez Gallmeister? Parce que maintenant que vous nous avez fait découvrir tous ces bouquins, je suis sûre que vous auriez du monde :)!). Enfin bref, si vous avez envie de dépaysement, de rivières et de passer un chouette moment, foncez, vous ne serez pas déçus!

Emma

En solitaire le long du Pacific Crest Trail

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Coup de ❤️ pour un livre de voyage qui vient de paraître.
Et quel voyage ! quand je l’ai sorti du carton j’ai comme eu un coup d’émotion et un « Wahouuu » spontané est sorti de ma bouche toute aussi ébahie que mes yeux. Parce que c’est un rêve d’adolescente, partir sur le mythique Pacific Crest Trail.

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La qualité papier, texte, photographies couleur, illustrations noir et blanc, tout y est, à respirer ce bouquin comme une invitation à partir sur la route.
C’est une épopée toute personnelle, en connexion totale avec les éléments, le fait de vouloir revenir à l’essentiel avec ses p’tits pieds, que Tim Voors a de toute façon plus grands que les miens.

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Ce qui est chouette, c’est qu’il ne joue pas au super héros, il n’est pas là pour ça. C’est donc enthousiasmant et comme il le dit si bien lui-même :« N’ hésitez pas, le monde vous attend ! »

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Et en plus il sent bon (le livre, pas Tim Voors ni ses chaussettes) huhu 😉 et vous attend en librairie, histoire de vous conter un sacré beau voyage !

Fanny.

Marseille 73

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Pour tout vous dire, dans l’univers du polar et du thriller, souvent une petite voix, empruntée à un chihuahua caractériel, s’empare de ma boîte crânienne, du genre « pas assez ceci, trop cela, trop facile, pas assez tenu, oui mais bon, oui mais pas fantastique non plus« , vous voyez le genre.
Et là, le bon-heur, un vrai bon polar comme le chihuahua les aime. Un fond historique conséquent, ose-je dire « mordant », un commissaire qui connait son job, et reconnaît le travail de son équipe, une enquête haletante, une atmosphère électrique de bout en bout, voici « Marseille 73 » de Dominique Manotti.

Le contexte est dense, tu sentiras l’odeur du soufre et du sang.
Onze ans après la fin de la guerre d’Algérie, et lors du premier choc pétrolier, le gouvernement de Pierre Messmer -sous la présidence de Pompidou- adopte, face aux difficultés économiques (qui semblent éternelles…), la circulaire Marcellin-Fontanet, qui limite l’immigration en France.
De l’été à l’automne 1973, une vague de violences racistes envers les Algériens, perpétrées principalement à Grasse et Marseille, s’abat sur l’hexagone. Ces actes violents et barbares ont fait cinquante morts et plus de trois cent blessés. La sociologue Rachida Brahim a décompté seize assassinats de nord-africains, durant cette année 73, au sein de la cité phocéenne, mais la plupart des assassins n’ont pas été identifiés (source « Wikipédia » et « Marsactu »).

Dominique Manotti n’y va pas avec le dos de la cuillère, toute militante -de gauche- et ex syndicaliste qu’elle est, cela donne donc toute la saveur à cette très -très- bonne enquête.
Nous y retrouvons le commissaire Théodore Daquin, ne t’inquiètes pas, pas besoin d’avoir lu les précédents pour plonger dans cette histoire sombre, bouillonnante de vérités. Ce qui est véritablement génial dans sa construction, c’est cette atmosphère poisseuse qui te prend dès les toutes premières pages, tout y est documenté, précisé: la naissance du Front National, « la chasse à l’immigré » mené par l’Ordre Nouveau et autres nostalgiques-viandards de l’Algérie française, les anciens de l’OAS (Organisation armée secrète) aussi, souvent réintroduits dans l’appareil d’État et la police. Là, j’en suis restée comme deux ronds de flan face aux copinages nauséabonds de l’époque s’élevant à des hauteurs insoupçonnées, pauvre ignorante que je suis.
Manotti n’est pas là pour faire plaisir, en compagnie de Daquin, elle assume ses larges connaissances sur le sujet, sait où elle va et ne fait pas dans la dentelle de Karakou.

L’histoire commence avec le meurtre d’un traminot par un déséquilibré algérien puis l’exécution brutale de Malek (en mémoire de Ladj Younes), seize ans, dans les quartiers Nord de Marseille. Là, tu vis les scènes, c’est à dire que Manotti possède un regard tout à fait cinématographique, une plume vive et acérée qui t’emporte dans un univers où ripoux, enquêteurs acharnés, fascistes dégoulinants de haine, avocats avertis et bénévoles investi(e)s, se livrent une guerre sans merci.

Il est réellement jouissif à lire ce polar qui fait, hélas, écho à nos temps peu glorieux, il est donc nécessaire à lire.
« (…) La justice française nous dit que, dans ce pays, notre vie à nous ne vaut rien… Je n’ai pas envie de l’entendre. Aujourd’hui, si les policiers et les juges veulent trouver les complices de l’assassin, ils peuvent le faire. Ils ont des noms, ils ont des traces. Mais je suis sûr qu’ils ne le feront pas.(…) » déclare le père de la jeune victime.
Dominique Manotti y montre son engagement en gardant cette hargne salvatrice pour signer un nouveau polar tout en densité et en intensité.

Coup au ❤️ détonant.

Fanny.

Teaser #1 de la rentrée : Betty

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Betty, Tiffany Mc Daniel, traduction François Happe, édition Gallmeister, 720 pages, 26.20€, parution le 20.08.2020

Premier roman lu pour la rentrée qui arrive déjà à grands pas pour les libraires!

Première lecture, donc et immense coup de cœur pour Betty, roman d’apprentissage bouleversant et foisonnant.

Etats-Unis, les années 50. Betty Carpenter nait dans une famille mixte, vivant en marge de la société de par ses origines Cherokee. Le racisme envers les amérindiens est, comme nous le savons tous, d’une violence inouïe, s’infiltrant partout, dans les familles comme dans les cours d’écoles.

Ohio. Après des années d’errance, les Carpenter s’installent dans une maison qui, si elle est tombée du ciel, semble en revanche maudite. C’est du moins ce que l’on raconte. Alors que les secrets les plus noirs remontent à la surface, que la famille subit de plein fouet les affres du destin, Betty puise sa force dans l’écriture et dans l’amour que lui porte son père Landon, père incroyable et magnifique.

Avec ce texte rare, inspiré par l’histoire de sa mère, Tiffany Mc Daniel nous offre un roman magistral, beau comme un John Irving, émouvant comme un Pete Fromm plaçant la barre très haut pour cette rentrée 2020.

Emma

Et arrivées au bout nous prendrons racine

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« Il y a le retour prudent sur le chemin des origines, le long de la côte, où les maisons boudent. La poésie mène alors à l’enfance, paraît gourmande, des bleuets en confiture, un cœur de lièvre sous la dent. (…)« Et arrivées au bout nous prendrons racine » annonce la réconciliation avec un territoire, ce lichen millénaire parmi lequel s’en vont renaître femme et fille, main dans la main, ébruite ce nord hostile et fertile, fait de grands espaces et de petites choses (…) »

Pose midi poésie.

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C’est tellement beau et puissant que j’ai comme des images qui naissent.
C’est tellement beau et puissant, que je pourrais me fabriquer un chapelet des mots de Kristina Gauthier-Landry.

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C’est tellement beau et puissant que je t’invite à aller l’écouter-t’écouter.
Du bien partout, coup au ❤️

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Fanny.