Âme brisée – rentrée 2019

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Âme brisée de Akira Mizubayashi (éd. Gallimard)

Japon, 1938. Le jeune Rei, onze ans, assiste au Centre culturel de Tokyo à une répétition. Celle du quatuor amateur dont son père est le premier violon. Alors que des soldats pénètrent dans la salle, ce dernier le cache dans une armoire. Le jeune garçon sera le témoin de l’arrestation des quatre musiciens, et de la destruction du violon de son père.

Bien des années plus tard Jacques, luthier à Paris, rencontre une jeune virtuose japonaise…

Difficile de résister à ce roman qui transpire l’humilité, la simplicité, la générosité, tout autant que la passion, le ravissement et l’abnégation. La sensibilité de l’auteur fait naître de belles émotions et place ce roman parmi ceux qu’on oublie pas.

Gaël

Une bête au Paradis

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Une bête au Paradis, Cécile Coulon, L’Iconoclaste, paru le 21/08/2019, 352 pages, 18€

La lecture date un peu (quelques mois) mais mon émotion, après avoir refermé Une bête au Paradis,  reste intacte. J’ai découvert Cécile Coulon il y a quelques années, avec Trois saisons d’orage. J’avais alors été bluffée par son écriture qui m’avais transportée dès les premières pages. En un souffle, j’étais aux Trois Gueules, dans cette région aussi reculée qu’inhospitalière.

Avec Une bête au Paradis, j’ai retrouvé cette atmosphère rurale, terrienne, dure, forcément, mais également poétique. J’ai pensé à Né d’aucune femme, de Franck Bouysse, paru en janvier et à ces autres romans de Nature Writing américains dont nous sommes si friands. Ce peut-être pas la peine d’aller si loin par la lecture puisque, parfois, l’exotisme se trouve juste à côté. Et, cet exotisme je l’ai trouvé au Paradis, moi qui ne viens pas de cet univers, dans la ferme d’Émilienne, auprès de personnages rugueux et tendres qui m’ont empoignée pour ne plus me lâcher.

Bref, Une bête au Paradis est un roman puissant et beau, une bien belle manière de débuter la rentrée littéraire si ce n’est pas encore fait.

Emma

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon

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Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon

de Jean-Paul Dubois (éd. L’Olivier)

Lire ce roman c’est un peu comme reconnaître un vieil ami qui vous a tant manqué. Voilà un beau et grand Dubois.

Johanes Hansen, pasteur protestant de métier, et père de notre héros, à savoir Paul Hansen, vous dira que « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon ». C’est un fait. Ce à quoi Patrick Horton, co-détenu de Paul rajoute, via son dos tatoué, « Life is a bitch and then you die », que je pourrais vous traduire poétiquement par « La vie est une pute et ensuite tu crèves ».
De l’émotion, du rire, une très bonne maîtrise du jeu dramaturgique, un chien fidèle, et me voilà au bord des larmes le roman fini.

Paul Hansen purge sa peine dans la prison provinciale de Montréal. C’est à partir de cette cellule qu’il nous raconte son passé qui s’entremêle à ce présent brut de décoffrage.
Jean-Paul Dubois, équilibriste hors pair, m’a porté sur ce fil fragile de la vie : nos apprentissages, nos victoires, nos frayeurs, nos réussites, nos défaites, nos regrets, nos amours, nos souvenirs.
Ce qui est magnifique, c’est ce Paul, cet attachement immédiat que j’ai eu pour le personnage. Un homme honnête, intègre, humaniste, discret, balloté par un flot d’évènement, tenant la barre, sculpté auparavant par une « mater » et un « pater » qui ne faisaient pas dans la demi mesure … ni dans la dentelle… quoique.
Paul Hansen se faufile dans sa vie, observe, admire le hasard, aime. Un héros de l’ordinaire jusqu’au jour où… le rugissement arrive.

J’ai adoré découvrir, m’attacher à différents personnages et me laisser aller dans cette histoire qui nous transporte de Toulouse ( Dubois is Dubois ) à Montréal, en passant par Thetford Mines et Skagen, au nord du Danemark.

Jean-Paul Dubois m’a donc fait passer du rire ( merci Patrick ) aux larmes ( merci la vie ) et quoiqu’il advienne, n’oubliez jamais : « Live to ride, ride to live » !
« On the road again » itou.

Fanny

Le bruit des tuiles – rentrée 2019

Le bruit des tuiles de Thomas Giraud (éd. La Contre Allée). En librairie le 21 août.

Après le superbe Elisée, avant les ruisseaux et les montagnes et le non moins superbe La ballade silencieuse de Jackson C. Frank, aux éditions La Contre-Allée, Thomas Giraud signe un nouveau livre tout aussi beau, sensible et poétique que les précédents.

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Fonder une société harmonieuse, dans laquelle chacun aurait sa place, celle qu’il s’est choisie. Une communauté organisée, structurée pour le bien de tous. Au XIXe siècle, un certain nombre de tentatives utopiques ont vu le jour, et notamment en 1855, lorsque qu’un certain Victor Considerant, accompagné de quelques dizaines de volontaires de tous horizons, embarqua au Havre, direction le Texas, où ils créeront le phalanstère de La Réunion. Mais tout projet, si bien préparé qu’il soit, comporte des failles…

Une nouvelle fois l’écriture de Thomas Giraud nous hypnotise et nous transporte. Plus qu’au projet lui-même, c’est à ceux qui y ont cru qu’il donne vie. Leurs impressions, leurs émotions, leur ressenti. L’éditeur parle de narration impressionniste, je trouve la formule assez juste.

Gros coup de coeur!

Gaël

Ici n’est plus ici – Rentrée 2.019

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Ici n’est plus ici est à la fois comme un tambour dont la résonance reste longtemps en nous, comme la puissance d’un chant ancestral qui vous remue les tripes, comme un tag poétique violemment posé sur un mur bétonné.

Tommy Orange donne le ton dès la première page : le parallèle, effarant et terriblement à propos, entre cette mire à tête d’Indien qui persista sur tous les écrans américains jusqu’à la fin des années 70 et la décapitation du grand chef Metacomet dont la tête fut plantée sur une lance et exhibée vingt-cinq années durant. Voilà ce qu’est l »héritage Indien, l’héritage d’un génocide.

Ici n’est plus ici (traduction essentielle de Stéphane Roques) ne fait ni dans la dentelle colonialiste ni dans le romantisme des Premières Nations.

Ce roman est une histoire construite par douze personnages, femmes et hommes, qui tissent entre eux un lien. Ils nous font revenir sur leurs douleurs physiques ou psychologiques, leurs violences subies ou rendues, leurs failles, leurs désobéissances, leurs luttes.

Dans ce roman ultra contemporain, Orange nous raconte la sédentarisation, l’ostracisation,l’alcoolisme, la perdition, les massacres, mais aussi l’espérance, le pardon, la filiation, l’amour.

Avec une plume d’une rare intensité, Tommy Orange nous dit au travers de ses personnages, ce que peut vouloir dire être « Indien » aujourd’hui, dans cette société américaine: devoir se fondre dans cette masse urbaine, se laisser parfois réveiller ou surprendre par d’anciens héritages, d’anciennes blessures, essayer de trouver un sens à cette existence d’effacé(e)s et de disparu(e)s.

Douze destins se rejoignent donc pour un pow-wow, une célébration amérindienne de ce qui fut et persiste à être, à l’ombre d’un grand stade et non plus de sequoias. Douze personnages sédentaires solitaires qui se retrouvent pour éprouver leur héritage, chacun(e) à sa manière, ici, ailleurs, partout et nulle part.

Voici un roman d’un grâce fulgurante, véritable coup au cœur.

 -Parution le 21 Août 2019-

Fanny.

 

Agathe – Rentrée littéraire 2.019

 

Agathe

Huit-cent entretiens, c’est ce qu’il reste à vivre, professionnellement parlant, à ce psychanalyste installé dans son cabinet. Un homme avec ses habitudes, sa retenue maladive, sa secrétaire comme amer remarquable. Huit-cent entretiens, pas un de plus, avant de fermer la porte.

Jusqu’au jour où Agathe Zimmermann déjoue les plans de ce professionnel de la santé mentale, barricadé en lui-même. Elle lui démêle ses propres angoisses et lui, étonné, va sentir résonner la douceur d’Agathe.

Anne-Cathrine Bomann distille cette relation à petit pas discret sur le papier, elle nous enchante, nous émeut, nous surprend, avec ces personnages cabossés, qui offrent, l’un et l’autre, un petit bout de vie cabossée, pour finalement se révéler à eux-mêmes.

Un livre d’une grande finesse ( traduction Inès Jorgensen ) qui laisse le temps aux âmes solitaires et désabusées de se retrouver.

Bomann laisse passer une douce lumière à travers les fêlures de ses personnages façonnés par l’âpreté d’une vie. Agathe est un livre que l’on donne en partage comme on offrirait une tarte aux pommes saupoudrée de cannelle…

Venez découvrir ce délicieux roman dès le 29 Août dans toutes les bonnes crémeries indépendantes.

Fanny.

Starlight – Rentrée littéraire 2.019

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Je l’ai lu depuis un petit temps. Starlight, le dernier roman de Richard Wagamese ( traduction de la fidèle Christine Raguet ) sort le 22 Août prochain et j’avais vraiment du mal à me jeter dans l’arène des mots, de peur de mal écrire mes ressentis liés à cet immense écrivain. Sûrement parce que je chéris particulièrement cet auteur, pour diverses raisons.

Wagamese touche à l’essentiel d’une vie et Franklin Starlight revient pour un dernier hommage à son créateur Ojibwé.
Franchement, si vous n’avez pas encore lu Les étoiles s’éteignent à l’aube (qui est désormais paru en format poche), allez-y les yeux ouverts, c’est sublime.

Starlight ou la quintessence d’un homme.

Franklin a grandi, est devenu un homme humble, taiseux, profondément altruiste. Il est resté dans la ferme du « vieux » qui l’a élevé, profondément aimé. Frank photographie l’instant animal, la beauté sauvage, la nature qui l’environne. Ces descriptions sont d’une rare intensité, comme si l’auteur déployait ses ailes d’écrivain, c’est si juste, si précis en son cœur.
Et puis l’histoire qui relie Frank au monde des humains. Celle d’Emmy, femme brisée par les hommes qui, un jour, décide d’ hurler sa haine et sa douleur à la face d’une brute. Elle s’enfuit alors avec sa fille, sur les routes, se rapprochant de celle qui pourra, du mieux possible, lui panser ses blessures : cette nature majestueuse du Canada ouest.
Mais bien évidemment, la brute ne peut laisser s’échapper sa proie… .

Avec une profonde empathie pour ses personnages principaux, Wagamese nous livre une histoire prenante, vibrante et laisse s’échapper une fin. Une fin qui n’en est pas vraiment une, une fin testament, d’amour pour ce monde, une fin qui relie au Grand Tout, l’Orenda, comme un poème laissé juste avant sa mort.

Richard Wagamese avait un talent fou. Starlight devient sa sublime étoile, amer remarquable de sa vie d’écrivain généreux et magnifique.

Fanny.