Salina

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Partir d’un texte de théâtre poignant pour en arriver à la sève d’un roman magistral. La magie littéraire de Laurent Gaudé m’arrive encore entre les mains.

Salina, les trois exils : « ce qui passe, vit et se transmet » écrit l’auteur en dédicace. Salina, par la voix de son dernier fils, Malaka, est racontée. L’histoire commence par ce nouveau-né, arrivé dans son cri immense, au milieu des dunes et des hommes. C’est cette petite, débarquée dans un nulle part de caravansérail, qui va être adoptée par Mamanbala : « (…) par le sel de ces larmes dont tu as couvert la terre, je t’appelle Salina. »

Il y a l’enfance protégée, puis viendra le premier exil, celui du sang et de la violence, puis le second, celui de la vengeance, et le troisième, celui de l’exil et de la résilience. Salina est la vie d’une femme qui peut se transposer autant dans un univers lointain que proche car ce récit est à la fois un cri universel et une ode fraternelle.

Peu de pages, à peine 150, mais d’une intensité vibrante. Ainsi, Malaka raconte sa mère à un vieux pêcheur, sorte de Charon, nocher de l’île-cimetière, qui, contre l’obole du récit de ce fils aimant, l’approche de ce lieu mystique où reposent les âmes.

Petit à petit, comme les autres pêcheurs, j’ai moi aussi rapproché ma barque pour écouter l’histoire de Salina, éblouie par la plume de Gaudé. Un bijou.

Fanny.

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Le goût de la viande

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Gros coup de cœur pour ce premier roman de Gildas Guyot, paru aux Éditions in8!

Un homme, originaire de Bretagne, survit à cette boucherie que fut la guerre de 14, et revient parmi les siens.

Le sujet pourrait paraître rebattu si l’auteur n’était pas aussi talentueux pour marquer le lecteur au fer rouge.

Hyacinthe Kergoulé est bien revenu parmi les vivants. Mais à quel prix ? Il ne sera plus jamais le même, et il le sait. Il tentera de reprendre une vie normale, mais l’horreur s’est imprégnée au plus profond de son âme, il en a encore le goût du sang dans la bouche. Est-il devenu un monstre ? Réussira t-il à vivre au-delà du cauchemar ?

La langue crue (on pense parfois à Louis-Ferdinand Céline) vous prend aux tripes. Argotique ou flamboyante, l’écriture de Gildas Guyot aurait presque une saveur de liqueur amère.

 » L’euphorie de la victoire était horrible. Des cris, des applaudissements, des rires, des chants, résonnaient à l’unisson d’un patriotisme populaire nauséeux. Qui n’avait pas son étendard tricolore devait se sentir misérable. Tout le monde accrochait d’une oreille à l’autre une grimace pleine de dents. J’avais une terrible envie de leur arracher cette provocation du visage, d’enfoncer mon bras dans leur gorge déployée… toujours plus profondément, jusqu’à ce que tout cède, tout se déchire, tout craque. J’étais injecté d’une violence inhumaine. Je la contrôlais. Des inconnus me serraient sur leur poitrine, me portaient à bout de bras, j’étais un messie parmi les messies. J’étais fatigué. Je devais fuir toutes ces réjouissances écœurantes. Marcher: de toute façon je ne savais faire que ça. Je n’avais nulle part où aller d’assez loin, alors j’engrangeais les kilomètres, j’enfilais les jours sans réellement savoir où ils me poseraient. »

J’espère sincèrement que Gildas Guyot et ce diamant noir qu’est Le goût de la viande auront le succès qu’ils méritent!

Gaël

L’esprit de Giono plane encore!

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Vendredi dernier 16 novembre, nous organisions une soirée dédiée à Jean Giono. Nous avions invité Alain Emery à parler de cet auteur qu’il affectionne tant. Et quelle soirée!

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Pour certains ce fut une découverte, pour d’autres l’occasion d’échanger entre gionistes (eh oui c’est comme ça qu’on dit!).

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Comme tout grand passionné, Alain Emery était… passionnant, et a donné envie à toute l’assemblée de se plonger dans l’œuvre de Giono.

Un grand merci à lui, et merci également à Henri-Noël Mayaud qui a lu trois passages tirés des œuvres de Giono, ce qui a permis à certains de découvrir toute la poésie dont pouvait faire preuve l’illustre écrivain.

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Une soirée riche et conviviale comme on les aime!

Et encore un grand merci à Michel Forget pour le crédit photo.

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Les libraires masqués

J’ai couru vers le Nil

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J’ai couru vers le Nil, traduction Gilles Gauthier, Actes Sud, 432 pages, paru le 05/09/2018, 23€

Plus de dix après l’immense succès de L’immeuble Yacoubian, Alaa El Aswany nous offre sa révolution égyptienne au travers de péripéties et de personnages attachants.

Le Caire, 2011. La place Tahrir accueille tous les révoltés, tous les défenseurs de la liberté dans un mouvement populaire qui rassemble les générations. Asma et Mazen vont vivre leur histoire d’amour par le prisme de cette mobilisation. Nous croisons également deux étudiants en médecine, Khaled et Dania, issus de milieu différents mais que le combat va réunir. Achraf, grand bourgeois copte va s’affranchir de sa femme et de son rang social pour rejoindre la révolution et ouvrir ses portes aux manifestants. Et puis il y a Nourhane qui voit en ce mouvement l’opportunité de mener à bien ses ambitions et de s’ériger en icône.

Alaa El Aswany réunit toute une galerie de personnages et nous fait ainsi vivre cette révolution égyptienne de l’intérieur. Bien sûr, le regard de l’auteur est orienté, mais comment pourrait-il en être autrement au vu de la situation ? A ses risques et périls (l’auteur est toujours dentiste au Caire et ce roman est interdit de publication en Egypte), Alaa El Aswany nous offre ce nouveau roman profond, touchant, drôle aussi, par moments et c’est une belle réussite.

 

Emma

Le cœur blanc

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Il y a eu le temps de la haute mer pour Catherine Poulain, voici venu le temps des saisonniers, des villages du Sud écrasés sous le soleil, des forêts assourdissantes du bruissement d’ailes des cigales. Le cœur blanc est un roman poétiquement noir, une histoire écrite comme une tragédie antique.

Rosalinde, brindille rousse aux jambes fuselées, travaille selon le fil des récoltes. Elle arrive dans ce village autrefois abordé, elle est de ceux et celles « (…) qui s’en vont, celle de ceux qui marchent. Nos migrations, comme disent les hauts placés, celles qui nous ont sauvés toujours. Mais leurs mots à eux ne diront jamais vraiment l’errance de nos parents, leurs dérives et leurs naufrages parfois, les tiennes, les miennes(…) ». Il y a Césario, le sage, le coryphée de ce chœur d’âmes libres qui se ramassent en camion pour aller cueillir abricots, lavande, raisins. Par brassée ils font leur bout de chemin, passés par ici, disparus là, réapparus là-haut.

Rosalinde vit sa vie de femme libre, choisissant parfois la morsure amoureuse d’un homme pour une nuit, attachée à sa liberté, jouant parfois avec le feu. Elle se sait observée par les « loups », la meute de ceux qui veulent la posséder et qui murmurent déjà sur son passage ce mot de « salope » parce que « les femmes c’est à eux » comme le dit l’un des personnages. Il y a aussi Mounia, la Mounia-soleil qui se jette à cœur perdu dans l’été, le travail physique et l’amour d’un homme perdu. Ces deux femmes vont un jour se rencontrer pour échanger leur amitié, un bout de leur histoire et insuffler un temps doux avant le grand incendie… .

Le cœur blanc possède une ambiance rare, à la fois flamboyante et opaque. L’écriture de Poulain nous enserre dans ce village de bout du monde pour ne plus nous lâcher, avec cette tension palpable et ce désir ardent de vivre libre, jusqu’au bout. Voilà encore un grand roman de cette auteure, à ne pas manquer!

Le coeur blanc de Catherine Poulain aux Éditions de l’Olivier – 256 p. -18,50 euros –

Fanny.

Youpitralala, Femina, Goncourt, Renaudot : c’est beau!

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Voilà, pour partager avec vous notre joie des Prix Littéraires, c’est pas souvent alors… Champomy pour tout l’monde! (oui Emma est enceinte, prenons soin d’elle).

Gaël était RA-VI pour son gros coup de cœur chez Actes Sud, à savoir le Goncourt 2018 pour Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu. Emma est SUPER HEU-REU-SE pour le Prix Femina accordé à Philippe Lançon pour Le Lambeau chez Gallimard. Fanny est FOLLE…de JOIE pour le Prix Renaudot accordé à Valérie Manteau pour Le Sillon aux éditions Le Tripode.

Bref, y’a d’la joie dans nos cœurs de libraires et du bonheur aussi d’avoir de si beaux retours des lecteurs-trices de ces trois ouvrages, que cela continue! 🙂

Toutes nos félicitations aux auteur(e)s primé(e)s, votre travail fabuleux est récompensé. MERCI!

Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu – Actes Sud – 425 p. – 21.80 euros.

Le lambeau de Philippe Lançon – Gallimard – 512 p. – 21 euros.

Le sillon de Valérie Manteau – Le tripode – 262 p. – 17 euros.

Les libraires masqués.

Du polar!!!

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On l’attendait depuis un moment, la saison du polar a démarré un peu après la rentrée littéraire, avec plein de chouettes nouveautés. Alors, bon, bien évidemment, nous ne lisons pas tout, mais voici trois coups de cœur parmi mes lectures de la rentrée.

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Torrents, Christian Carayon, Fleuve Noir, 336 pages, paru le 06/09/2018, 19.90€

Sur les conseils de clients de la librairie qui me disaient grand bien de Christian Carayon, je me suis plongée dans Torrents…et n’en suis sortie qu’à la fin. J’ai en effet été happée par cette intrigue se déroulant dans la ville de Fontmile. Alors, autant vous le dire tout de suite, c’est plutôt sombre : 1984, des morceaux de cadavres humains sont découverts dans la rivière qui parcourt le village. Les deux victimes sont identifiées assez rapidement et les indices semblent conduire jusqu’à Pierre Neyrat, chirurgien à la retraite. Evidemment, ce n’est pas si simple.

Le roman est bien mené, avec un côté rural noir et histoire familiale. C’est une belle découverte qui me donne envie de découvrir les précédents titres de Christian Carayon.

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Au cœur de la folie, Luca d’Andrea, traduction Anaïs Bouteille-Bokobza, Denoël, 448 pages, paru le 11/10/2018, 21.90€

Gaël avait beaucoup aimé le précédent titre de cet auteur, L’essence du mal. J’ai donc tenté ce second roman avec l’espoir de découvrir un nouvel écrivain à ajouter dans ma liste des auteurs de polar à suivre. Eh bien, je ne suis pas mécontente de cet essai puisque j’ai découvert un univers qui m’a conquis de suite.

L’histoire se déroule en Italie, dans le sud-Tyrol. Marlène fuit son mari, Herr Wegener et ses copains de la mafia, emportant avec elle des saphirs qui lui permettront un nouveau départ. Bien évidement, tout le monde est sur ses traces. Alors qu’elle prend un virage et perd connaissance dans un accident de voiture, Simon Keller, un Bau’r la sauve et la soigne. Commence alors une histoire déroutante en plein huis-clos…

Je ne mettrai pas ce polar dans la catégorie thriller puisqu’il y a une petite densité qui fait que l’histoire avance tranquillement. Ceci étant dit, aucune complexité particulière mais plutôt une épaisseur donne du relief au roman.

Une très belle découverte!

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L’égarée, Donato Carrisi, traduction Anaïs Bouteille-Bokobza, Calmann-Levy, 332 pages, paru le 03/10/2018, 20.90€

Attention, si vous l’ouvrez, vous aurez du mal à le lâcher! Donato Carrisi auteur du fameux Chuchoteur frappe fort et fait mouche, encore une fois.

Après plusieurs années de séquestration, Samantha, est retrouvée nue, amnésique, errant dans la nature. La course contre la montre démarre pour retrouver le psychopathe et son fameux labyrinthe qui semble resurgir de la mémoire de la jeune femme.

Amateur de thrillers et de romans psychologiques, ce polar est fait pour vous. Certes, racontée comme ça l’intrigue n’est pas très originale, mais pourtant tout fonctionne et s’emboîte parfaitement. Donato Carrisi nous prouve une fois de plus qu’il est un des maître contemporain du thriller.

Emma

P.S : Je serai absente un certain temps de la librairie pour cause d’arrêt maladie/congé maternité/congé parental, mais promis, je continuerai de vous conseiller au travers du blog ;).