Des nouvelles ;)

J’ai lâchement abandonné Gaël et Fanny pour me faire opérer du pied. Oui je sais, j’ai déjà fait le coup au mois de Juillet, mais, que voulez vous, des pieds, on en a deux. Du coup, il y une semaine : re-bistouri, re-chaussures au top de la mode.

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Alors, la bonne nouvelle, c’est qu’à priori, les tongs-chaussettes, c’est définitivement terminé. Et heureusement, car quand je vois l’impact que ça a eu cet été, ça m’a tout de même un peu effrayée (Et ouais Rihanna, me copier n’était pas forcément l’idée du siècle).

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Bref, ce n’était plus possible. tout est bien qui fini bien, je pourrais mettre de jolies chaussures à paillettes cet été, sans chaussettes, si notre temps breton le permet.

Je reviendrai à la librairie début mars, après un repos de six semaines, ce qui me laisse le temps de dénicher quelques coups de cœur. Et voici le premier :

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Faire Mouche, Vincent Almendros, Minuit, paru le 04/01/2018, 128 pages, 11.50 euros

Après des années d’absence, Laurent revient dans son village natal pour le mariage de sa cousine. Alors qu’un air de fête devrait se faire sentir, une atmosphère pesante s’insinue petit à petit dans la maison familiale : un oncle taiseux, des rumeurs étranges, un mystère qui s’épaissit nous font glisser vers le roman noir.

Un texte court, à l’écriture concise, comme souvent chez Minuit. Un petit roman à lire d’une traite, sans pause, pour être pleinement dans le récit, jusqu’au dénouement. Si ce n’est pas le premier ouvrage de Vincent Almendros, c’est, pour moi une découverte qui me donne envie d’en lire d’autres. A découvrir.

 

Emma

 

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Le ministère du bonheur suprême

MINISTERE

Le ministère du bonheur suprême d’Arundhati Roy (ed. Gallimard)

Le grand retour d’Arundhati Roy à la fiction. Après Le dieu des petits rien, paru en France en 1997, l’auteure indienne se montre une nouvelle fois virtuose dans l’art de mettre en scène le peuple de son pays.

Deux destins sont au cœur de ce roman foisonnant aux multiples ramifications. Dans l’Inde d’aujourd’hui et des dernières décennies, Arundhati Roy entremêle les histoires pour mieux nous perdre dans un univers de poésie, de musique et de spiritualité, et au moment le plus inattendu, nous replonger dans la réalité d’un pays déchiré entre culture ancestrale et ouverture à la mondialisation, croyances religieuses et idéologies politiques.

Arundhati Roy est une magicienne, un témoin lucide et indigné de ce que devient son pays. Creusant les thèmes de l’identité (sexuelle, culturelle, sociale), du lien à l’autre, de l’Histoire, de la géopolitique, elle réussit, avec maestria, à construire un roman à l’architecture déconcertante dans lequel le personnage central est le peuple Indien.

Le ministère du bonheur suprême n’est pas ce qu’on peut appeler « une lecture de détente », mais un de ces livres nécessaires qui, comme tant d’œuvres d’art, nourrissent et amènent à une meilleur compréhension du monde.

Gaël.

Une longue impatience

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Il y a quelque temps, lorsque j’ai refermé ce dernier ouvrage de Gaëlle Josse, je me suis dis que ce serait merveilleux, un jour, de faire une rencontre entre cette auteure et Christian Bobin. Parce que je trouve qu’ils ont cette même finesse littéraire pour écrire l’absence, le manque, la beauté d’un instant, d’un paysage, d’un amour fou. Dans cette Longue impatience, Gaëlle Josse nous entraîne au bout du monde, en Finistère, pour nous parler d’une femme, Anne Quémeneur. Anne est d’abord née dans une humble famille, elle courait pieds nus au milieu des vagues et des algues. Un jour elle rencontra son premier amour de marin et eu un fils, Louis. Et la vie palpite, embarquant son flot d’espoirs, de bonheurs et de drames. Josse nous plonge dans les souvenirs d’Anne qui, un jour, eu la douleur de voir partir brutalement ce premier fils vers sa vie d’océan. Elle nous partage son histoire, son manque, son chagrin, ce formidable amour d’une mère pour son enfant. Anne enverra des lettres comme des bouteilles à la mer où elle décrit à Louis ce festin gargantuesque qu’elle organisera pour fêter son retour. Et entre ces lettres, Josse nous confie la vie de femme, d’épouse, de mère, d’héroïne. Car oui, Anne est une héroïne, de celle qui puise dans cet amour sa force de vivre, en avançant dans sa tempête intérieure, vaille que vaille. Avec, toujours, cette si intense et délicate écriture, Gaëlle Josse nous berce dans sa langue secrète pour un roman bouleversant et mélancolique. Une longue impatience subjugue et émeut, c’est une histoire intime et délicate qui nous est offerte comme un blanc coquillage, fragile et érodé par le tumulte, que l’auteure nous poserait au creux de la main tout en nous demandant d’en prendre grand soin. Voilà, les larmes aux yeux j’ai fini ce roman et je ne peux que vous souhaiter d’y plonger, le cœur grand ouvert.

Une longue impatience de Gaëlle Josse – Éditions Noir sur Blanc – 190 p. – 14 euros –

Fanny.

4 3 2 1, Paul Auster : Yeah!!

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4 3 2 1, Paul Auster, traduit par Gerard Meudal, Actes Sud, paru le 03/01/2018, 1024 pages, 28 €

Brillant! Je referme le livre du tant attendu Paul Auster et c’est le premier mot qui me vient à l’esprit. Quelques années s’étaient écoulées depuis ma lecture de Sunset Park, roman que j’avais beaucoup aimé (et qui m’avait réconcilié avec l’auteur après la grosse déception qu’avait été Invisible). J’attendais donc 4 3 2 1 avec un mélange de hâte et de crainte. Et si c’était une déception? Et si je ne rentrais pas dedans?

Bref, je me suis lancée et il est vrai qu’à un moment il ne faut pas perdre le fil, mais cela ne dure que peu de temps. Les cent premières pages se dévorent. Entre la page 100 et la page 200, le processus des quatre destins de notre héros (j’y reviendrai) se met en place et c’est là qu’il faut être un peu concentré. Après, on est embarqué et le roman vous suit dans toutes les pièces de la maison (oui, il est un peu lourd, et parfois c’est pénible, mais bon, on pardonne.), du petit dèj au coucher : apprêtez-vous à être asocial le temps de la lecture. Car si la magie opère pour vous comme pour moi, alors vous vivrez le temps de cette lecture une sorte de vie parallèle. Il y aura la vie normale, quotidienne, et la vie dans le roman, avec Ferguson, notre héros, Rose, Amy, Artie, Célia et bien d’autres personnages qui rythmeront votre journée.

L’histoire, assez classique, est donc celle de Ferguson, petit-fils d’immigré juif, né dans les années 40 à New-York, que l’on suivra durant une vingtaine d’année. On retrouve tous les ingrédients chers à Paul Auster : New-York, donc,  le récit d’apprentissage, la figure de l’écrivain, la littérature, l’amitié, l’amour, la filiation, Paris…(Si habituellement vous n’êtes pas tellement fan de l’auteur, passez votre chemin, ça ne sert à rien d’y aller.). La nouveauté de celui-ci, c’est d’abord l’ampleur (1024 pages), il faut aimer se plonger dans les grands romans fleuve. Et bien-sur, sa construction, puisque l’auteur va imaginer quatre destins différents pour notre héros, selon les choix, les hasards etc. Pas d’inquiétude, on ne s’y perd pas (c’était ma crainte principale.)! Au contraire, on s’amuse et on suit avec délice les possibilités de vies de Ferguson, dans ce New-York extrêmement bien dépeint ayant pour toile de fond l’histoire de la ville et du pays (La guerre du Vietnam, les mouvements sociaux, les émeutes raciales..).

Enorme coup de cœur. 4 3 2 1, foncez ;)!

 

Emma

Un océan, deux mers, trois continents

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Cela commence comme sous un arbre à palabres, l’histoire mystique et magnifique du royaume du Kongo, contrée où vivaient en harmonie, ancêtres célestes, nature luxuriante et humanité. C’est Nsaku Ne Vunda, baptisé Dom Antonio Manuel, qui nous narre cette histoire -son histoire- par le prisme d’une statue de marbre érigée en son honneur au Vatican. « Même si j’erre encore pour des siècles loin de mon pays natal, là-bas sous l’équateur, je demeure à jamais fils du Kongo. Non pas de la terre, mais de l’esprit des neuf femmes qui, il y a fort longtemps, donnèrent naissance à mon peuple. » Déjà happée par la sublime écriture de Wilfried N’Sondé, j’ai été profondément émue par le destin de ce prêtre, sorte de « Candide au pays du commerce des hommes ». Il nous parle avec sa bonté d’âme, son regard d’être éclairé sur le plus sordide des trafics. J’ai embarqué avec lui dans son épopée à la fois effrayante et palpitante : Au début du XVII ème siècle, Dom Antonio, pion entre les mains des puissants, est alors dépêché par son roi, Alvaro II, pour aller plaider la fin de l’esclavagisme auprès du pape Clément VII.
J’ai ressenti la peine, la colère, ce sentiment d’inutilité qu’éprouve ce personnage face à la violence des négriers en embarquant, avec lui, sur ce « tombeau de bois » qu’est le « Vent Paraclet ». Ce jeune prêtre humaniste va éprouver sa foi durant ce long périple où, pour des raisons d’état -et de commerce- il devra traverser Un océan, deux mers et trois continents pour tenter de convaincre l’autorité pontificale. Grâce à cet élan d’écriture donné par N’Sondé, j’ai bravé tempêtes, rebellions, punitions et ressenti cet état de choc face à la désertification de l’âme humaine. Tel un Don Quichotte se battant contre des moulins à vent, Nsaku Ne Vunda ressentira la folie face à l’absurdité démente de ses congénères. Un océan, deux mers et trois continents est un roman époustouflant, enivrant, poétique. L’amour et la compassion bâtisse aussi cette histoire qui est un des livres d’aventures les plus puissants de cette rentrée littéraire hivernale. Plongez-y! 🙂

Un océan, deux mers, trois continents de Wilfried N’Sondé chez Actes Sud. 272 p. – 20 euros –

Fanny.

Débâcle

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Débâcle, Lize Spit, traduit par Emmanuelle Tardif, Actes sud, parution le 07/02/2018, 448 pages, 23 €

Bovenmeer, petit village flamand. Eva, Pim et Laurens sont les trois seuls enfants à naître en 1988. Rapidement, ils deviennent inséparables, connus de tous comme Les trois mousquetaires, toujours fourrés les uns chez les autres (enfin surtout chez Pim dont les parents, agriculteurs, possèdent un vaste terrain où ils peuvent laisser libre cours à leur imagination.).

Aujourd’hui Eva a une trentaine d’années, une vie plutôt maussade et un souvenir qui la hante, celui d’un été de canicule. Les garçons avaient conçu un plan : faire se déshabiller les filles du village. Pour cela, Eva leur apporterait une énigme à résoudre (suffisamment compliquée). L’énigme résolue et c’était 200 euros à la clé. Par contre, à chaque question posée, un vêtement serait enlevé..

Première claque de cette rentrée : j’ai reçu Débacle comme un uppercut tant son atmosphère est particulière et prégnante. En nous en parlant, Emilie, notre représentante Actes Sud, faisait référence à Strip-tease. Vous vous rappelez cette émission documentaire, sans voix off , qui se déroulait souvent dans le nord ou en Belgique? Il y avait parfois une certaine misère sociale, de celle qui vous fait vous sentir mal à l’aise, le rouge vous montant un peu aux joues, vous sentant certes un peu voyeur mais aussi dévasté. Il y a un peu de ça dans Débâcle, cette misère et cette détresse, le tout raconté avec un écriture très réaliste (âmes sensibles s’abstenir). Et c’est un énorme coup de cœur.

 

Emma

 

Taqawan!

Taqawan

« En langue mi’gmaq, on nomme « taqawan », un saumon qui revient dans sa rivière natale pour la première fois. Il passe de une à trois années en mer (…) mais avant de revenir, il lui faut éclore et survivre ». Basé sur un fait réel – la crise violente du 11 Juin 1981 qui opposa les Indiens Mi’gmaq aux trois-cent policiers de la Sûreté de Québec – Eric Plamondon nous plonge au cœur d’une révolte amérindienne, celle d’un peuple millénaire bafoué. De courts chapitres, taillés pour en faire des uppercuts, donnent à ce récit, un rythme à la fois trépidant et poignant, qui n’épargne personne. Quatre regards nous font traverser ces jours qui invoquent à la fois la résilience, la résistance, la beauté sauvage et le mépris de l’âme humaine. Plamondon y pose ainsi le contexte politico-social du Québec des années quatre-vingt, ce qu’il est advenu, ce qu’il advint. Il y convoque l’histoire des premiers temps de ce peuple nomade, ses coutumes, ses croyances et puis ce nom de « Restigouche » qui cerne alors un espace sur cette vaste et froide terre qui n’a pas encore pour nom Gaspésie. Puis nous replongeons et partons vers les courants contraires: celui d’Yves qui, au lendemain des violentes émeutes, décide de résister, celui d’Océane qui subit et brave, celui de William qui un jour sort du bois pour faire entendre sa voix -et par la même sa violence nécessaire- et celui de Caroline qui va sortir des eaux douces pour se « rendre compte ». Ces quatre vies vont se croiser durant ce violent mois de Juin et ensemble, ils remonteront cette rivière des larmes pour continuer à vivre et/ou à survivre. Taqawan m’a nourri l’âme et littéralement transportée. Si, comme le note Plamondon via la voix de Camus, « toute forme de mépris si, elle intervient en politique, prépare ou instaure le fascisme », alors Taqawan vous montrera la beauté du mot « résistance » et de la nécessité de la lutte. Un énorme et grand coup de cœur!. Viva Janvier et belle année 2.018 à vous, que les lectures vous portent!

Taqawan d’Eric Plamondon. Quidam Editeur – 196 p. – 20 euros-

Fanny.