Dieu ne tue personne en Haïti

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Dieu ne tue personne en Haïti… En 2015, selon l’O.M.S., l’espérance de vie d’un Haïtien est de 63 ans…on meurt rarement de mort douce et naturelle sur l’île. Comme dans un théâtre d’ombres, Mischa Berlinski nous entraîne dans une histoire féroce faite d’espoirs, de trahisons, de désespoirs et d’amour fou. La saveur haïtienne arrive dès les premières pages : la misère, les sourires, les croyances, les filous ad vitam æternam, l’air tropical qui vous colle à la peau, les odeurs des rues et des chemins poussiéreux, le peuple qui vit avec si peu et fait tout, les nantis qui vivent avec beaucoup et font si peu. L’ex-shérif Terry White débarque sur l’île, c’est un homme aux aspirations politiques déçues mais avec cet esprit droit « avec foi et loi« . Kay, sa femme, ex-agent immobilier débarquée par la crise des subprimes, l’accompagne. Un couple tout ce qu’il y a de plus américain au sein d’une île qui brasse mystères et métissages, croyances et mauvais coups du sort. Terry y rencontre un juge respecté pour son intégrité : Johel Célestin et sa compagne, l’hypnotisante Nadia. Cette rencontre entre ces deux hommes, unis par une même aspiration qui les dépasse petit à petit, est comme une pierre jetée dans la mer des Caraïbes : elle provoque des ronds dans l’eau. Avec maestria, Berlinski active les fils de ses marionnettes, nous convie dans sa narration, nous donne les secrets des protagonistes dont les intrigues rendent tout leur sel. Cette île d’Ayiti devient aussi un personnage à part entière, elle résonne par son mystère et sa force, elle donne la vie comme elle l’a reprend, elle offre tout autant qu’elle retire…et l’Homme n’y est parfois pas pour rien. Avec générosité et talent, Mischa Berlinski nous emporte dans cette fresque sublime, mêlant passé et présent, justice et déloyauté, vengeance et rédemption. Un grand roman dont je suis sortie abasourdie, un beau coup au cœur !

Dieu ne tue personne en Haïti de Mischa Berlinski – traduction nécessaire de Renaud Morin dans la collection « Les Grandes Traductions » chez Albin Michel – 450 p. – 23.90 euros –

Fanny.

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Et les gagnants du Prix des Lecteurs sont…

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Alain Emery et Louise Erdrich!!!

 

Nous avons le plaisir de partager avec vous le résultat du Prix des Lecteurs du Grenier 2018, pour lequel nous avons eu une centaine de votants (merci aux participants!).

Pour la littérature francaise, c’est Alain Emery qui arrive en tête avec son roman Passage des mélancolies.

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En littérature étrangère, la vainqueure (oui, oui, c’est bien comme ça que l’on dit) est Louise Erdrich, pour LaRose.

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Bravo aux gagnants auxquels nous réserverons une place privilégiée tout l’été.

 

Les libraires masqué-e-s

La route sauvage

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La route sauvage, Willy Vlautin, traduit par Luc Baranger, édition Albin Michel (collection Terres d’Amérique), paru le 04/04/2018, 320 pages, 20 €.

Tiens donc, un roman qui se déroule dans les grands espaces américains? Un auteur qui porte des chemises à carreaux et joue dans un groupe de country (je n’invente rien : site de l’auteur) ?

« Ce serait pas un peu cliché, Emma? Tu veux pas lire autre chose? » (Des fois, je crois entendre Gaël tel un Jiminy Cricket, tentant de me remettre dans le droit chemin de la lecture diversifiée.

Et j’ai alors envie de répondre (oui, nous sommes toujours dans mon dialogue fictif-intérieur) :

– Mais, attends, il y a tout : un récit d’apprentissage, des chevaux, un univers rude et un gamin attachant…en plus l’auteur porte même des chemises à Carreaux! Et le cheval, dans l’histoire s’appelle Lean on Pete. PETE! C’est pas un signe, ça?!!

Emma, il faut passer à autre chose maintenant (Me dirait alors, Gaël, d’une voix blasée, mais sans trop y croire.).

Je crois que c’est mort, Gaël. C’est trop tard. D’ailleurs, tu devrais faire gaffe, Fanny est aussi contaminée. Ca se propage à une vitesse ce truc

Après avoir eu la sensation étonnante d’être dans un nanard au vue de la qualité des dialogues, je me ressaisis.

Bref, La route sauvage , c’est chouette, un vrai coup de cœur. Et le petit plus : il vient de sortir au cinéma. Je vous invite donc à le lire et à aller voir son adaptation qui est, parait-il, remarquable.

Bande annonce La route sauvage

Emma

P.S : Et pour ceux à qui le pitch dit quelque chose, ce roman était effectivement déjà paru en 2012 mais sous le titre de Cheyenne en automne, aux éditions 13ème note (épuisé aujourd’hui, cette maison n’existant plus).

Goodbye, Loretta

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1974, Short Creek, Arizona. Il y fait chaud mais pas que. Il y fait bon être un Mormon polygame avec une barbe fournie pour les hommes, et d’être « épouses-sœurs-mères » dans de longues robes en coton pour les femmes. C’est dans ce monde que Loretta, 15 ans et âme rebelle, vit. Loretta ne rêve que de s’enfuir dans une vaste voiture américaine, en portant un jean moulant et en mâchouillant son chewing-gum. Elle croit dur comme fer à cette folle échappée, tout comme sa communauté croit au Royaume de Dieu, tout comme Jason croit en son héros, le fantasque cascadeur Evel Knievel. Jason est le neveu de Dean. Et Dean est promis à Loretta pour sauver « l’âme en péril » de cette dernière. Car n’est pas libre qui veut dans cette assemblée « divine-de-Jésus-Christ-des-Saints-derniers-jours-qui-monte-au-ciel-etc… »

Shawn Vestal nous entraîne donc dans cette histoire et nous fait vivre ce récit comme un film: il y a l’atmosphère, le rythme, toute une galerie de personnages et le trait d’humour décalé pour pimenter le tout. L’auteur y convoque la mémoire de l’Amérique par le prisme du fondamentalisme religieux, c’est décapant et délicieusement irrévérencieux. Vestal donne corps et voix à ses protagonistes, il y montre l’aridité des paysages comme celle des esprits et nous fait écouter cet hymne à la liberté sur fond de road-trip aux accents de roman noir. Goodbye, Loretta est un livre féroce qui sort des sentiers battus et donne envie de rejoindre Loretta pour humer l’air chaud de la vaste liberté, cheveux au vent, tout en faisant des bulles avec notre chewing-gum à la fraise. Ça décape et c’est chouette.

Goodbye, Loretta de Shawn Vestal aux éditions Albin Michel dans la collection Terres d’Amérique – Traduction essentielle d’Olivier Colette – 341 p. – 23 euros –

Fanny.

Ps: et si vous vous posez la question du pourquoi-du-comment je pose à côté d’un lièvre et bien lisez le livre… huhuhu.

 

Les sables de l’Amargosa

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Oui, j’aime bien m’écrouler sur le parquet de la librairie avec un coup au cœur 🙂

Un grandiose roman d’anticipation qui m’a donc accroché au cœur et au corps. Les sables de l’Amargosa (ou, in english, Gold Fame Citrus-« L’or, la gloire, les agrumes« , merci d’ailleurs à l’excellente traduction de Sarah Gurcel) de Claire Vaye Watkins est un petit bijou : une exploration de notre solitude, une réflexion sur ce qui pourrait advenir de notre monde si l’eau douce venait à terriblement nous manquer… Ce livre est une épopée qui me fit penser à Steinbeck et Chatwin, un road-trip qui vous laisse la gorge asséchée et l’esprit en vrille. Avec cette même fougue, je pourrais rapprocher Les sables… de l’excellent Station Eleven d’Emily St John Mandel, avec un esprit de construction encore plus fou. Bref, ces filles prennent le futur à bras le corps : c’est dément et si intelligemment mené. Vaye Watkins nous entraîne ici au pays de Mojaves, dans cette Californie brûlante et nue, menacée par l’avancée irrémédiable d’une mer de dunes. Luz et Ray, amoureux sauvages et paumés, trouvent refuge dans une villa de starlette perchée du haut de cette Cité des Anges, déchus, et retrouvent, pour un instant, les trésors futiles de cette cité antique qui fut la nôtre. Ils trouveront aussi « Ig », une petite fille fragile, poupée chiffon désorientée, qu’ils enlèveront, pour l’emmener vers les verts pâturages, lieux idéalisés, au-delà de ces frontières désormais fermées. Le chant de la piste les mènera vers leurs destins respectifs, en bordure de ces terribles et magnifiques sables de l’Amargosa. Il y aura une histoire de secte hippie où le coryphée d’un savant fou vous racontera leurs histoires, il y aura la quête d’identité, du moi profond, de l’amour, de la haine, de la trahison, de l’idéal. « Qui sommes-nous, où allons-nous », Claire Vaye Watkins met tout cela dans son shaker littéraire et nous offre un cocktail incroyable et explosif. « Exaltant, hypnotique, audacieux » écrit Louise Erdrich de ce roman, et bien je ne peux résumer mieux. Grand coup de cœur!

Les sables de l’Amargosa de Claire Vaye Watkins chez Terres d’Amérique aux éditions Albin Michel – 416 pages – 23.50 euros –

Fanny.

Rencontre en Terres d’Amérique

Callan Wink et Francis Geffard arrivant tôt à Dinan, nous avons pu jouer les guides touristiques et leur offrir un petit aperçu de la ville : le centre historique, le Jerzual, une ballade en bord de Rance (avec une eau nettement plus calme que la rivière Yellowstone), le chemin de ronde… Callan observant avec attention les différents sites chargés d’histoire, Francis comblant les nombreuses lacunes d’Emma dans ce domaine.

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Après quelques échanges avec un jeune pêcheur (le guide de pêche n’est jamais loin), petite pause autour d’une bière bretonne, histoire de poursuivre la découverte de la région.

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La rencontre approche, avec son lot de stress (est-ce que tout le monde sera là? Est-ce qu’on va s’emmêler les pinceaux pendant l’entretien? Et comment on dit pêche à la mouche déjà en anglais? On savait bien qu’on aurait dû réviser du vocabulaire.. bon bah tant pis, hein).

Bref, quand on arrive à la librairie et qu’on voit tous nos lecteurs qui attendent bien sagement, dans notre tête ça fait un peu ça : joie/peur/excitation/soulagement/je-vais-plutôt-rentrer-et-aller-me-cacher-sous-la-couette/bon-non-je-ne-peux-quand-même-pas-faire ça/allez, courage,go! Et on y va.

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Deux heures qui passent très vite. L’écriture, la traduction, l’Amérique aujourd’hui… Le temps manque, forcément, mais à la fin de l’échange, on repart tous un peu plus riche de quelque chose.

Donc voilà, merci aux lecteurs d’être venus si nombreux (le record de 60 personnes est battu (YEAH!)et franchement, on ne pourra pas aller au delà au vu de la configuration de l’espace), merci à Callan pour sa gentillesse et sa disponibilité, merci à Francis d’avoir rendu cette soirée possible (et je crois qu’on peut ajouter Whouaou pour la traduction simultanée sans filet!).

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Bon, nous aussi on n’arrive qu’à l’épaule de Callan, mais on ose quand même la photo debout. Le rendez-vous est pris pour la parution de son futur roman : il reviendra à la librairie en échange d’un masque personnalisé (il va falloir bosser, maintenant ;)).

 

Les libraires masqué(e)s

 

Terres d’Amérique à la librairie

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Amateurs de littérature des grands espaces, de l’Amérique, de romans profondément humains, cette rencontre est pour vous. Nous avons la joie (comme nous vous l’avions annoncé il y a quelque temps et, oui, nous trépignons toujours d’impatience) de recevoir Francis Geffard, créateur de la collection Terres d’Amérique (aux éditions Albin Michel) et fondateur du festival America qui a lieu tous les deux ans à Vincennes. Il sera accompagné de Callan Wink, jeune auteur du recueil de nouvelles Courir au clair de lune avec un chien volé, guide de pêche dans le Montana l’été, écrivain l’hiver.

Rendez-vous vendredi 29 septembre, 19h00, à la librairie, pour cette soirée qui promet d’être dépaysante.

Comme d’habitude, la rencontre sera suivie d’un apéritif dinatoire.

 

Entrée gratuite, sur inscription uniquement

 

Les libraires masqués