LaRose

LOUISE ERDRICH

Il est des auteur(e)s que l’on porte en son cœur depuis longtemps ; Louise Erdrich, pour moi, en fait partie. De ces femmes talentueuses, fines et engagées. LaRose – traduction essentielle d’Isabelle Reinharez – est un roman qui condense toutes les thématiques chères à l’auteure : l’héritage familial, l’histoire des ancêtres, les croyances amérindiennes, les liens qui se tissent et unissent chacun de ses personnages.

Ce roman est autant envoûtant que déchirant, aussi lumineux que sordide. En 1999, à la limite de la réserve des Ojibwés des Plaines, au Dakota du Nord, Landreaux chasse un cerf et tue… accidentellement… le petit Dusty, 5 ans. C’est le point de non-retour pour deux familles, celle de Landreaux, père aussi de LaRose, 5 ans, et de Peter, père de la désormais unique Maggie. LaRose, qui porte en lui la mémoire familiale de toutes les LaRose, va, dans le grand désœuvrement d’âme des adultes, servir de lien lumineux entre les deux familles. Louise Erdrich a si bien « sculpté » ses personnages, que j’avais constamment envie d’étreindre ce petit homme-médecine, déjà si fin et instinctif. Dans cet environnement cabossé, où les gens oscillent entre mauvais rêves, triste réalité, drogues, alcool et cette guerre qui n’en finit pas avec les bombardements irakiens en toile de fond, la famille, au sens large du terme, reste l’amer remarquable. Les enfants gardent en eux cette force, l’envie de surmonter des peurs et des colères, qu’elles leur appartiennent ou non.

Erdrich reste une incroyable conteuse qui vous fait passer des rires aux larmes, de l’émotion vive à la sublimation, de l’effroi à l’excitation d’un match de volley-ball, ben oui…Louise Erdrich est étonnante:). Lire LaRose, c’est se laisser emporter dans une transe intergénérationnelle où chaque acte porte en lui de multiples conséquences, là est la puissante magie de l’auteure. Alors : « Madame Louise Erdrich si, un jour, en tant que créatrice de « Birchbark Books », vous cherchez une autre libraire, je postule !:) oui oui, même si c’est à Minneapolis m’en fiche, rien que pour vous, votre talent de narratrice, votre don pour nous entraîner si loin durant ces 512 pages. Bien vers vous, une admiratrice timbrée et donc dévouée. »

LaRose de Louise Erdrich dans la collection Terres d’Amérique chez Albin Michel – 511 p. – 24 euros.

Fanny.

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Blue light Yokohama

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Blue light Yokohama de Nicolas Obregon (Ed. Calmann-Levy)

Enquête policière qui tend souvent vers le roman noir, Blue light Yokohama est un polar sombre qui, entre Tokyo et Hong Kong, nous embarque au cœur d’une intrigue fascinante. Le meurtre d’une famille coréenne, l’assassinat d’une octogénaire sans histoire, le suicide d’une vedette de cinéma, un écheveau  qu’un inspecteur fraichement promu va tenter de démêler. Se dessine alors la face obscure d’un pays où derrière un paravent de doux clichés, s’insinue la corruption, les jeux de pouvoir et la perversion.

Un roman noir magnétique et un personnage charismatique, solitaire et pugnace. Une immersion totale dans le Japon d’aujourd’hui. Tous les ingrédients d’une lecture captivante.

Gaël

Polars pour tout le monde!

Ce qui est chouette avec cette rentrée 2018, c’est qu’il y en a pour tous les goûts. En littérature blanche, bien sûr, mais également dans la section policier. et c’est avec plaisir que je vous propose trois coups de cœur, que vous aimiez les ambiances psychologiques, le polar tranquille ou encore le thriller qu’on ne lâche pas.

Vous aimez Gillian Flynn (Les apparences), Paula Hawkins (La fille du train), découvrez Wendy Walker!

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Emma dans la nuit, Wendy Walker, traduction Karine Lalechère, Editions Sonatine, 312 pages, 21€, paru le 15/02/2018

A l’age de 17 et 15 ans, Emma et Cass, les soeurs Tanner deviennent tragiquement célèbres suite à leur disparition inexpliquée. Trois ans plus tard, Cass revient, seule, frapper à la porte de ses parents. Où est Emma? Que s’est-il passé pendant ses années? Cass nous fait le récit de sa captivité sur une île mystérieuse. Mais au fur et à mesure que son histoire se déroule, la psychiatre Abigail Winter semble dubitative…

Après Tout n’est pas perdu paru l’année dernière voici le second roman de Wendy Walker. Machiavéliquement orchestré par l’auteur, vous ne lâcherez pas Emma dans la nuit avant la dernière page. Amateurs de thrillers psychologiques, foncez!

Vous êtes plutôt polar d’ambiance, aimant être plongé dans un lieu inconnu avec son contexte et son histoire? Je vous propose de partir pour Houston, Texas.

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Pleasantville, Attica Locke, traduction Clément Baude, Gallimard, 528 pages, 22€, paru le 11/01/2018

Vous l’imaginez, Pleasantville n’est pas à l’image de son nom dans cette histoire. En plein cœur des élections municipales, la disparition de la jeune Alicia Nowell plongent les habitants de la ville dans l’inquiétude. Fugue? Crime? Il va de soi que cette affaire tombe au mauvais moment pour les deux politiciens qui s’affrontent. Et si cette affaire avait un lien avec la campagne? Bien malgré lui et déjà affecté par ses tourments personnels, Jay Porter, avocat et figure de Pleasantville se retrouve au cœur de cette intrigue.

Un excellent polar qui nous fait découvrir les arcanes du système électoral américain mêlant habilement enquête et histoire familiale.

Envie d’une petite nuit blanche? De ne pas lâcher votre bouquin du début jusqu’à la fin? Voici le nouveau Montanari :

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Confession, Richard Montanari, traduction Fabrice Pointeau, éditions du Cherche-Midi, 444 pages, 21€, paru le 01/02/2018

A quarante années d’intervalle, deux affaires se font écho, poussant Kevin Byrne, inspecteur des homicides à Philadelphie, à revivre un traumatisme ayant eu lieu en 1976 alors qu’il n’était qu’adolescent. Laisser sous le tapis cette affaire non résolue devient alors impossible et notre flic va bien être obligé de lever le voile sur des secrets qu’il aurait préféré oublier.

Des chapitres courts, un va et vient entre passé et présent, un scénario qui vous tient en haleine jusqu’au bout : bref, un thriller maîtrisé et efficace.

 

Bonnes lectures à tous, en espérant que votre sommeil n’en sera pas trop perturbé ;).

 

Emma

 

 

 

Écoute la ville tomber

ECOUTE LA VILLE

« (…) Prêcheurs, parents, ouvriers. Des idéalistes aux pupilles vides qui vont droit dans le mur. Les réverbères, les voitures, les cadavres à enterrer, les bébés à faire. Un boulot. Rien qu’un boulot. Les gens se remettent à tuer au nom de leur dieu. L’argent nous anéantit. Leur solitude est si totale qu’elle sous-entend chaque amitié. Ils passent leurs journées le regard fixé sur des objets. Se fondent dans la masse, veulent suivre la foule. Leur credo, c’est la tendance. Leur horizon se limite aux soirées en boîte et à la défonce, les traits liquéfiés par l’alcool et la came, de la haine au fond des yeux le lendemain matin. Mais eux, ils sont là, ils tournent le dos au stress et à la bouffe de merde et aux malentendus perpétuels. Ils plaquent tout. »

Voilà, je pourrais vous laisser avec ce début d’ Écoute la ville tomber (traduction Madeleine Nasalik) et ne rien rajouter. Peut-être que ce serait mieux ainsi, vous laissez juste aller à la rythmique de son histoire – de ses histoires en fait -, ses dialogues, ses personnages et son Sud-Est de Londres adoré. Vous feriez connaissance de Becky, la féline, passionnée de danse contemporaine, masseuse pour joindre les deux bouts de son rêve possible. Il y a aussi Harry-Harriet, le regard intense caché sous des boucles brunes, sort de Puck au pays de la poudre blanche, qui vend sa came pour, un jour, investir dans un projet lui tenant à cœur pour une fois. Et Léon, l’ombre puissante d’Harry, son pote, son veilleur. Puis Pete, qui s’accroche à ce qu’il peut, qui tombe en amour comme il tombe dans la coke, accro, timide, avec parfois la violence animale de celui qui ne sait plus comment sortir de sa cage. Ce sont « les enfants du désordre » qui veulent garder, malgré Tout, leur feu intérieur. Kate Tempest nous plonge dans son premier roman désespéré et flamboyant, avec sa langue déliée, son regard acéré, les crocs aiguisés et le cœur généreux. Écoute la ville tomber est un roman qui porte une vision sur cette jeunesse qui vit à bout de souffle pour se sentir vivre, telles des âmes-comètes. Écoutez vraiment Kate Tempest et laissez vous embraser par son histoire qui nous fait ressentir si fortement ce mélange complexe de sentiment de captivité et d’élan de liberté. So intense !

… bon voilà, à part ça, je ne devais rien rajouter…

Écoute la ville tomber de Kate Tempest chez Rivages – 428 p. – 22.50 euros.

Fanny.

Lumière noire

lOUISE COUP DE COEUR

Quatre cent soixante douze : c’est le nombre de jours durant lesquels Flora a été enlevée et enfermée dans une boîte (si, si une boîte) jusqu’à ce qu’elle réussisse à s’échapper miraculeusement. Cinq ans après ce jour fatidique, Flora se reconstruit petit à petit tout en suivant dans la presse des enlèvements semblables au sien. Alors qu’elle enquête de son côté, elle se fait de nouveau enlever. Pourquoi le sort s’ acharne-t-il sur Flora ? Cet enlèvement serait- il lié au premier ?

Lisa Gardner nous lance sur de fausses pistes et nous plonge dans un thriller psychologique à la fois sombre, émouvant et haletant, qui nous tient en haleine de la première à la dernière page.

Lumière noire de Lisa Gardner traduit par Cécile Deniard, Albin Michel, 503 pages,   22.50 euros

Louise.

Les incorruptibles ;)

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Non! On ne pourra jamais nous corrompre!

En recevant ce matin par la voie postale un superbe T-shirt  des éditions Monsieur Toussaint Louverture, sur lequel est imprimé un portrait de l’écrivain culte Frederick Exley, nous avons esquissé une danse de la joie. Mais ne croyez pas que l’éditeur réussira à nous faire parler de l’excellence de son travail, ou à faire en sorte que nous mettions en avant tel ou tel de ses ouvrages. Ne croyez pas que l’immense plaisir de recevoir ce petit cadeau nous incitera à dire que Le dernier stade de la soif de Frederick Exley est un livre extraordinaire, une autofiction qui nous plonge dans l’Amérique des années 60, et dans lequel l’auteur livre ses désillusions (littéraires, sociales ou sexuelles), ses obsessions (notamment pour un joueur de football américain) et son addiction à l’alcool. Tout cela avec humour, désenchantement et un brin de folie. Non! Ne croyez pas que, parce qu’un éditeur a pensé à nous, nous allons citer tous les ouvrages qu’il a publié et que nous avons adoré. Comme Karoo et Price de Steve Tesich, Et quelquefois j’ai comme une grande idée de Ken Kesey, Mailman de J. Robert Lennon, Watership Down de Richard Adams, Le Séducteur de Jan Kjaerstad, Personne ne gagne de Jack Black ou Tous les hommes du roi de Robert Penn Warren.

Non! Nous sommes incorruptibles! Qu’on se le dise!

Gaël

P.S. Sinon on aime beaucoup le chocolat aussi… 🙂

 

Le poids de la neige

fanny sous la neige (2)

Eeeeettttt oui, ici, Au Grenier, on peut vous faire des effets spéciaux de ouf, merci Estelle pour ta joyeuse contribution 🙂 Bref, à défaut de partir tout de suite dans le Grand Nord, voici un beau coup de cœur francophone!

La neige enveloppe un monde, cela pourrait être le Québec en plein hivernage. Christian Guay-Poliquin reprend son personnage d’au Fil des kilomètres – ce mécanicien qui travaillait dans l’Ouest canadien et qui prenait la route pour aller au chevet de son père – et en fait son narrateur. Je précise qu’on embarque facilement dans Le poids de la neige sans avoir besoin de connaître le premier opus de l’auteur.

Nous retrouvons donc son personnage sur sa trajectoire, sombre et hypnotique, là où toutes les communications sont coupées et où les villes semblent à l’abandon. Blessé suite à un accident de la route, il est recueilli par les villageois de son lieu d’enfance. Nous sommes alors projetés au bord de nulle part, en périphérie d’une immense forêt où l’électricité n’existe plus, c’est la fin d’un monde.

L’auteur nous fait pénétrer dans un huis-clos où deux hommes, le blessé et Matthias, un vieil homme qui cherche à rejoindre sa femme, vont devoir apprendre à vivre ensemble pour un temps, le temps que Le poids de la neige se dissipe et annonce le dégel… et une possible libération. Isolés du village, ils seront les observateurs de cet espace-temps ouateux et oppressant, dépendants des visites de l’autre bord, témoins des fuites sauvages, prisonniers de cette neige qui s’amoncelle implacablement. Guay-Poliquin nous entraîne vers le cœur de ces deux êtres blessés par la vie, qui s’apprivoisent comme ils se cherchent et nous donne de quoi palpiter au fil de ses mots qui accrochent, racontent, emportent, s’emportent. C’est avec talent que ce jeune auteur québécois nous écrit la désarroi, la contemplation, la perdition, la violence et l’espérance.

« La nuit, les étoiles criblent l’obscurité avec une précision étourdissante. De temps à autre, une aurore boréale verdâtre illumine un pan de ciel. ». Le poids de la neige m’a transporté dans une épopée intime où la neige compacte flirte avec la noirceur de ce monde opaque, où les lumières apparaissent aussi violemment qu’elles disparaissent, où l’Homme ne tient qu’à un fil, fragile et dérisoire, et c’est ce fil, qui nous lie littéralement à ce roman noir, intense et addictif. Il y a du Dans la forêt de Jean Hegland avec cette Neige… de Christian Guay-Poliquin et c’est à découvrir, absolument.

Le poids de la neige de Christian Guay-Poliquin aux éditions de l’Observatoire. 251 p. – 19 euros-

Fanny.