Le coup du lapin

dav

Pendant que nous dévorons quelques uns des ouvrages de ce qui va être la -belle- Rentrée Littéraire prochaine, nous découvrons encore et toujours des pépites qui attendent toujours bien sagement sur les tables. Il y en a une au Tripode qui m’a fait rire et que j’ai adoré, elle se nomme : Le coup du lapin de Didier Paquignon ou comment l’absurdité humaine peut, sous le coup de patte d’un artiste, vous rendre la vie joyeuse. En voilà un ouvrage qui se dévore tel un lapin pubertaire qui a un coup de chaud… sisi ça existe vous verrez. Et puis pour mieux vous dire ce livre qui a vraiment un beau grain… de fantaisie-youpi-youpi, quoi de mieux que sa quatrième de couverture :

« Depuis des années, un peintre glane pour le plaisir des faits absurdes dans des journaux, des livres et des sites internet. Que ces évènements soit tragiques ou ubuesques, véridiques ou inventés, peu lui importe : Didier Paquignon traduit ces moments d’absurde par des images incongrues. Le coup du lapin, et autres histoires extravagantes en rassemble une hilarante sélection, parmi les centaines de dessins conçus à ce jour par l’artiste ».

En parlant d’artiste, un grand merci à ma collègue Natacha qui a choisi de se transformer  en perroquet sous Prozac (viens acheter le livre pour lire l’histoire) le temps de cette photo, et à Célia pour ce sublime portrait toute en finesse 😉 Merci Didier Paquignon pour ces monotypes bien sentis qui illustrent à merveille la folie de notre monde, j’en ai eu de vrais fous rires.

Fanny.

 

Publicités

Mamie Luger

IMG_3612

Mamie Luger de Benoît Philippon (Ed. Les Arènes, dans la nouvelle collection Equinox)

Berthe, 102 ans, vient de lâcher du plomb sur son voisin, en plein dans le derrière! Lorsque la police arrive, Berthe fait une nouvelle fois parler la poudre! « – Madame, c’est la police. Sortez de chez vous, vous ne craignez rien. – J’vais pas m’laisser berner! J’le connais l’coup d’la police! Vous voulez m’faire sortir pour m’violer! […] Bande de détraqués! »

Une fois arrêtée, Berthe est mise en garde à vue. La confrontation commence avec le commissaire Ventura…

Ah… Elle est attachante Berthe Gavignol! Mais gare à celui qui lui chercherait des poux! Certains ne s’en sont pas relevés!

De l’émotion, de l’humour, un peu de violence et beaucoup d’amour (ou l’inverse), ce roman est une belle réussite, et Berthe Gavignol un personnage qu’on oublie pas!

Gaël

Ses yeux bleus

136

Il y a quelque chose de grandement addictif dans Ses yeux bleus, quelque chose qui vient chercher vos peurs primitives, quelque chose d’étrangement mauvais qui vous donne la chair de poule, et quelque chose de fraternel qui vous attache à Raili. Raili est bibliothécaire et son plus beau trip de vacances et de se plonger dans les bouquins, lovée dans son canapé, canapé situé dans son chalet perdu au fin fond des bois de Lövaren. Raili n’a pas sa langue dans sa poche, elle aime découvrir… alors elle découvre ses gentils voisins, papote avec Olofsson, ce grand gaillard qui lui raconte parfois des choses sans queue ni trop de tête, admire la nature : les champignons auprès d’une ferme abandonnée, la beauté du lac sombre et profond… oui voilà, ces trois points de suspension, c’est ici : c’est beau mais « pas que ». Il y a de très dérangeantes histoires et présences dans cette forêt. La première remonte à très loin, du temps où les sorcières étaient emprisonnées et moulinées à la Question… ces femmes qui portaient le vice et le malheur, ces diablesses, il y en avait dans les profondeurs de Lövaren. Alors Raili, ni une ni deux, elle enfile ses Crocs et ses écharpes colorées Gudrun Sjödén et va chercher la – ou les – présence(s) qui hantent les lieux pour chercher à comprendre une disparition, puis deux, puis l’incendie, puis le meurtre et elle y va Raili, jusqu’à se confronter aux yeux bleu glacé de la Folie. Lisa Hågensen entame sa trilogie et ça commence diablement très fort. Vivement le prochain mais sans les Crocs et avec les crocs

Ses yeux bleus de Lisa Hågensen chez Actes Sud dans la collection actes noirs et traduit avec talent par Rémi Cassaigne. 363 p. – 22.80 euros –

Fanny.

Des sorciers et des hommes

IMG_3597

Dans le domaine de la fantasy, il y a un genre qui me plait bien: la crapule fantasy. Le roman le plus emblématique restera toujours pour moi l’excellentissime Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski, mais d’autres auteurs se sont illustrés dans ce registre particulier où voyous et salopards ont la part belle. Cédric Ferrand (Wastburg), Fabien Cerutti (Le bâtard de Kosigan), Douglas Hulick (Princes de la pègre) et maintenant Thomas Geha, avec cet excellent Des sorciers et des hommes (éd. Critic), qui narre les aventures de deux mercenaires sans scrupules, un sorcier et un guerrier, qui ne dédaignent pas trucider leur prochain pour peu que ça rapporte! Attention toutefois à ne pas devoir le payer un peu trop cher… La construction habile et la pointe d’humour noir qui affleure me laissent penser que Thomas Geha se verrai bien lui-même un peu crapule!

Gaël

Dieu ne tue personne en Haïti

IMG_3594

Dieu ne tue personne en Haïti… En 2015, selon l’O.M.S., l’espérance de vie d’un Haïtien est de 63 ans…on meurt rarement de mort douce et naturelle sur l’île. Comme dans un théâtre d’ombres, Mischa Berlinski nous entraîne dans une histoire féroce faite d’espoirs, de trahisons, de désespoirs et d’amour fou. La saveur haïtienne arrive dès les premières pages : la misère, les sourires, les croyances, les filous ad vitam æternam, l’air tropical qui vous colle à la peau, les odeurs des rues et des chemins poussiéreux, le peuple qui vit avec si peu et fait tout, les nantis qui vivent avec beaucoup et font si peu. L’ex-shérif Terry White débarque sur l’île, c’est un homme aux aspirations politiques déçues mais avec cet esprit droit « avec foi et loi« . Kay, sa femme, ex-agent immobilier débarquée par la crise des subprimes, l’accompagne. Un couple tout ce qu’il y a de plus américain au sein d’une île qui brasse mystères et métissages, croyances et mauvais coups du sort. Terry y rencontre un juge respecté pour son intégrité : Johel Célestin et sa compagne, l’hypnotisante Nadia. Cette rencontre entre ces deux hommes, unis par une même aspiration qui les dépasse petit à petit, est comme une pierre jetée dans la mer des Caraïbes : elle provoque des ronds dans l’eau. Avec maestria, Berlinski active les fils de ses marionnettes, nous convie dans sa narration, nous donne les secrets des protagonistes dont les intrigues rendent tout leur sel. Cette île d’Ayiti devient aussi un personnage à part entière, elle résonne par son mystère et sa force, elle donne la vie comme elle l’a reprend, elle offre tout autant qu’elle retire…et l’Homme n’y est parfois pas pour rien. Avec générosité et talent, Mischa Berlinski nous emporte dans cette fresque sublime, mêlant passé et présent, justice et déloyauté, vengeance et rédemption. Un grand roman dont je suis sortie abasourdie, un beau coup au cœur !

Dieu ne tue personne en Haïti de Mischa Berlinski – traduction nécessaire de Renaud Morin dans la collection « Les Grandes Traductions » chez Albin Michel – 450 p. – 23.90 euros –

Fanny.

Le retour de la pêche à la mouche..

IMG_3587

Meurtres sur la Madison, Keith McCafferty, traduction Janique Jouin-de Laurens, Gallmeister, paru le 07/06/2018, 23.50€, 379 pages.

On l’attendait notre fameux roman de Nature-Writing-pêche-à-la-mouche-petit-bled-paumé-du-Montana, depuis quelques années, même, je dirais! Bref, c’est avec une certaine impatience que j’ai ouvert Meurtres sur la Madison. Et je peux d’ores et déjà vous dire que je n’ai pas été déçue. Quelques pages ont suffit à me plonger dans ce décors, toujours magique pour moi, de la rivière, des truites et des grands espaces.

d99a6616817f9b3086b73a17e377cfae

Le quotidien de Sean Stranahan, peintre et détective (et pêcheur!) à ses heures perdues, bascule lorsque sa route croise celle de Velvet Lafayette, jeune femme aussi mystérieuse que magnétique. Cette dernière a besoin d’aide pour trouver le lieu de prédilection de son père pour la pêche à la mouche, alors qu’au même moment, un corps refait surface dans la Madison..

Si l’enquête est bien menée, je dois dire c’est peut-être plus l’atmosphère du roman qui m’a emportée (comme souvent dans le roman noir.). Retrouver le Montana, les Rocheuses, la rivière et ses pêcheurs à la mouche invétérés…je me suis plongée avec délice dans ce roman et j’en suis ressortie ravie. Après, si vous n’êtes absolument insensible à ces thématiques, passez votre chemin : Keith McCafferty étant rédacteur en chef de Field and Stream ( revue consacrée à la pêche, la chasse et la vie au grand air), il est plutôt généreux avec les descriptions de mouches et autres…d’ailleurs, la Royal Wulff n’aura plus de secrets pour vous!

800.royal.wulff.cripple.p1060729

A découvrir

Emma

 

Roulio fauche le poil

roulio

Julia épile les mots disgracieux pour ne garder que le côté gracieux de la vie. Elle est comme l’amie en verve d’un Bobby -Lapointe- et la compagne fantasque d’un Boris -Vian-. Elle nous présente ainsi son héroïne: Roulio-Roinita-Mademoiselle de Printemps, jeune femme aux converses dorées, à l’esprit acéré et aux chats névrotiques. Roulio travaille à Paris VIIIe, au « Fauche le Poil Institute« . Elle a une mémé Jeannette borderline qui aime le saucisson à l’ail, un copain clochard céleste qui répond au prénom de Marcel et un voisin, Charly Bagels, qui l’observe du coin de l’œil, bien attendri par la damoiselle mais quelque peu mis à distance par une Roulio survoltée et nerveuse à l’idée de montrer sa face sensible. Voilà un roman qui m’a fait risette, qui remue les zygomatiques, extravagant comme le chapeau de Tata Yoyo et attachant comme un caramel au beurre salé. Roulio fauche le poil et pas que, elle nous donne un p’tit bout de sa vie -youpi-youpi-, nous remplit d’une humanité avec des paillettes à l’intérieur et nous fait vibrer d’amûûûûrrr. Bref, on saute dessus comme une boîte de Pépito… mi corazón pépitipépito…

Roulio fauche le poil de Julia aux éditions du Tripode – 224 p. – 15 euros –

Fanny.