Le lambeau

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Le lambeau, Philippe Lançon, Gallimard, Paru le 12/04/2018, 512 pages, 21€

Longtemps, j’ai tourné autour du Lambeau. Je me disais qu’il y avait d’autres titres à lire. Plus tard, que les lecteurs qui avaient eu envie de le prendre l’avaient déjà lu (et n’avaient donc pas besoin de moi.), que c’était peut-être plus du récit que de la litté (je lis assez peu de récits), et puis comme feelgood book pour l’été, y’avait mieux. La vérité, c’est que je n’était pas prête. Je n’étais pas prête à pénétrer dans les locaux de Charlie hebdo au moment de l’attentat (même si c’était uniquement par le biais d’un texte), je n’étais pas prête à passer 500 pages aux côté de Philippe Lançon, pas prête à écouter ce qu’il avait à nous dire du trauma indescriptible qu’il avait pu vivre.

Et puis, un soir, en rentrant, je tombe l’émission de Fabienne Sintes (dont la voix m’hypnotise à chaque fois, je dois dire) consacrée à Philippe Lançon et sa chirurgienne Chloé Bertolus.

https://www.franceinter.fr/emissions/le-telephone-sonne/le-telephone-sonne-27-juin-2018?xtmc=philippe_lancon&xtnp=1&xtcr=7

Le fait qu’il soit sur le plateau avec sa chirurgienne m’intrigue. Je découvre ainsi Philippe Lançon (dont je ne connais pas les articles puisque je ne prends malheureusement pas le temps de lire la presse) et le duo qu’il forme avec son médecin. Le lendemain, je mets Le lambeau dans mon sac, me disant que c’était trop con de passer à côté. Certes, à la lecture, ça risquait de piquer un peu, mais bon, moi je serai tranquille dans mon canap’ sans me demander quel partie de mon corps on utiliserait pour me refaire la mâchoire.

J’ai refermé le livre il y a bientôt un mois. Je suis partie en vacances peu après, si bien que je n’ai pas pu le conseiller aux lecteurs. Et heureusement, parce que j’aurais été bien incapable d’en parler. Je suis, habituellement, plutôt volubile quand un livre me plait, mais, parfois, c’est trop remuant et je n’y arrive pas dans l’immédiat. Alors, aujourd’hui, je tente.

La première chose qui m’a frappée lorsque j’ai ouvert Le lambeau, c’est l’écriture de Philippe Lançon. Je ne sais précisément à quoi cela tient, mais, dès les premières pages, j’étais embarquée, avec l’envie de découvrir, également, ses articles. J’avais face à moi un écrivain accompli et ce fut une vraie rencontre littéraire.

Évidemment, après l’immédiateté de l’écriture vient le contenu. J’ai donc pu voir l’attentat de Charlie Hebdo de l’intérieur (chose que j’avais eu le luxe de m’épargner jusqu’à présent.), la blessure de Philippe Lançon et les années de reconstruction qui s’en suivirent. Et là, c’est l’histoire qui m’a happée. La relation soignant-soigné, les angoisses, l’attente, la colère, l’inconnu, les amis, les amours, la littérature, le théâtre, l’art. L’auteur nous décrit son parcours au long cours avec un mélange de sincérité et de pudeur absolument déconcertant.

Bref, un très grand livre que je ne peux que vous recommander chaudement.

 

Emma

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La fête des Remparts s’invite à la librairie

Oyé Oyé, ce week-end c’est la fête des Remparts sur Dinan et le livre aussi est en fête. Sortez vos braies, vos cottes et vos mantels, il est l’heure de festoyer en humant l’odeur -pardon : le fumet- des incontournables galettes-saucisses. Nous avons eu le bonheur de rencontrer Dame Viviane Moore et Dame Kaleï mais aussi Seigneurs David Balade et Stéphane Berland. Un grand merci à cette fabuleuse équipe d’auteur(e)s pour leur générosité.

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Nous avons fatrouillé, convoié, odi et joilé sans trouillé la menuaille 😉

Allez, ralons joer… et bonnes lectures en attendant la suite des aventures.

Les libraires masqués.

 

Le coup du lapin

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Pendant que nous dévorons quelques uns des ouvrages de ce qui va être la -belle- Rentrée Littéraire prochaine, nous découvrons encore et toujours des pépites qui attendent toujours bien sagement sur les tables. Il y en a une au Tripode qui m’a fait rire et que j’ai adoré, elle se nomme : Le coup du lapin de Didier Paquignon ou comment l’absurdité humaine peut, sous le coup de patte d’un artiste, vous rendre la vie joyeuse. En voilà un ouvrage qui se dévore tel un lapin pubertaire qui a un coup de chaud… sisi ça existe vous verrez. Et puis pour mieux vous dire ce livre qui a vraiment un beau grain… de fantaisie-youpi-youpi, quoi de mieux que sa quatrième de couverture :

« Depuis des années, un peintre glane pour le plaisir des faits absurdes dans des journaux, des livres et des sites internet. Que ces évènements soit tragiques ou ubuesques, véridiques ou inventés, peu lui importe : Didier Paquignon traduit ces moments d’absurde par des images incongrues. Le coup du lapin, et autres histoires extravagantes en rassemble une hilarante sélection, parmi les centaines de dessins conçus à ce jour par l’artiste ».

En parlant d’artiste, un grand merci à ma collègue Natacha qui a choisi de se transformer  en perroquet sous Prozac (viens acheter le livre pour lire l’histoire) le temps de cette photo, et à Célia pour ce sublime portrait toute en finesse 😉 Merci Didier Paquignon pour ces monotypes bien sentis qui illustrent à merveille la folie de notre monde, j’en ai eu de vrais fous rires.

Fanny.

 

Mamie Luger

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Mamie Luger de Benoît Philippon (Ed. Les Arènes, dans la nouvelle collection Equinox)

Berthe, 102 ans, vient de lâcher du plomb sur son voisin, en plein dans le derrière! Lorsque la police arrive, Berthe fait une nouvelle fois parler la poudre! « – Madame, c’est la police. Sortez de chez vous, vous ne craignez rien. – J’vais pas m’laisser berner! J’le connais l’coup d’la police! Vous voulez m’faire sortir pour m’violer! […] Bande de détraqués! »

Une fois arrêtée, Berthe est mise en garde à vue. La confrontation commence avec le commissaire Ventura…

Ah… Elle est attachante Berthe Gavignol! Mais gare à celui qui lui chercherait des poux! Certains ne s’en sont pas relevés!

De l’émotion, de l’humour, un peu de violence et beaucoup d’amour (ou l’inverse), ce roman est une belle réussite, et Berthe Gavignol un personnage qu’on oublie pas!

Gaël

Ses yeux bleus

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Il y a quelque chose de grandement addictif dans Ses yeux bleus, quelque chose qui vient chercher vos peurs primitives, quelque chose d’étrangement mauvais qui vous donne la chair de poule, et quelque chose de fraternel qui vous attache à Raili. Raili est bibliothécaire et son plus beau trip de vacances et de se plonger dans les bouquins, lovée dans son canapé, canapé situé dans son chalet perdu au fin fond des bois de Lövaren. Raili n’a pas sa langue dans sa poche, elle aime découvrir… alors elle découvre ses gentils voisins, papote avec Olofsson, ce grand gaillard qui lui raconte parfois des choses sans queue ni trop de tête, admire la nature : les champignons auprès d’une ferme abandonnée, la beauté du lac sombre et profond… oui voilà, ces trois points de suspension, c’est ici : c’est beau mais « pas que ». Il y a de très dérangeantes histoires et présences dans cette forêt. La première remonte à très loin, du temps où les sorcières étaient emprisonnées et moulinées à la Question… ces femmes qui portaient le vice et le malheur, ces diablesses, il y en avait dans les profondeurs de Lövaren. Alors Raili, ni une ni deux, elle enfile ses Crocs et ses écharpes colorées Gudrun Sjödén et va chercher la – ou les – présence(s) qui hantent les lieux pour chercher à comprendre une disparition, puis deux, puis l’incendie, puis le meurtre et elle y va Raili, jusqu’à se confronter aux yeux bleu glacé de la Folie. Lisa Hågensen entame sa trilogie et ça commence diablement très fort. Vivement le prochain mais sans les Crocs et avec les crocs

Ses yeux bleus de Lisa Hågensen chez Actes Sud dans la collection actes noirs et traduit avec talent par Rémi Cassaigne. 363 p. – 22.80 euros –

Fanny.