19e Printemps des Poètes

Chaque année à la même période, le Printemps des Poètes permet à la poésie de sortir de la niche obscure dans laquelle on la cantonne trop souvent, d’éclore aux yeux de tous et, espérons-le, de fleurir tout au long de l’année.

A cette occasion, nous avons invité Henri-Noël Mayaud, lecteur à haute voix, à venir lire le magnifique texte de Jean-Pierre Siméon « Aïe, un poète » (Cheyne éditeur) au coeur de la librairie le samedi 11 mars à partir de 15h30. Cette lecture sera entrecoupée de poèmes d’Andrée Chédid, de Philippe Delaveau et de poètes d’Afrique francophone (Birago Diop et Jean-Baptiste Tati Loutard).

Peut-être cette écoute vous amènera t-elle à tenter l’aventure poétique!

Les libraires masqués

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L’intérêt de l’arrêt

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J’ai lamentablement abandonné Gaël depuis une bonne semaine, le laissant plein de spleen à la librairie. Et je comprends bien son désarroi face à l’absence de mes élans féministes et de mes blagues souvent douteuses. D’autant plus que Fanny, en congés bien mérités, n’est pas là pour l’épauler avec la gentillesse et la bienveillance qu’on lui connait.

Bon alors l’intérêt de l’arrêt, c’est que c’est du temps pour lire (et non pour regarder des émissions débiles à la télé en me faisant une manucure, je n’oserais pas!). Je n’ai pas encore descendu totalement ma pile de bouquins, mais après en avoir avalé quelques uns, je peux déjà vous dire qu’un énorme coup de cœur s’est glissé dans cette sélection. A vous de deviner lequel, je vous donnerai la réponse prochainement.

Je reviens, dans 10 jours, à la pointe de la mode, puisque j’aurai le plaisir de vous conseiller en tongs-chaussettes (mais si, c’est hyper hype en ce moment ;)).

Emma

Une fois n’est pas coutume!

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Chères clientes, chers clients, aujourd’hui jeudi 16 février, vous ne trouverez pas le service habituel auquel vous êtes habitués, et que nous nous efforçons de rendre de qualité. En effet, si vous recherchez un roman amérindien (tendance chamanique plus qu’alcoolique) dans des étendues sauvages ou des vallées verdoyantes (oh, une licorne!), malheureusement Fanny est absente. Ou si vous recherchez plutôt un roman noir américain, dans lequel une héroïne farouchement indépendante émascule de vulgaires machos avec panache tout en devisant sur la géopolitique actuelle, désolé, Emma est également absente. Maintenant, si vous souhaitez lire un excellent roman norvégien, foisonnant, légèrement décalé, à la construction façon puzzle, tout en digressions, et publié par les excellentes éditions Monsieur Toussaint Louverture, c’est dans mes cordes!

Un peu d’humour (qui ne fait peut-être rire que moi) pour égayer une journée bien monotone sans les collègues (que j’embrasse au passage!)

Gaël

Si rude soit le début

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Si rude soit le début, Javier Marias, Gallimard, 576 pages, paru le 19/01/2017, 25 €

J’ai découvert Javier Marias il y a quelques années, lors de la parution de Comme les amours. A l’époque, j’avais été frappée par l’écriture et l’atmosphère qui se dégageait de ce titre. Un grand roman, assez difficile à conseiller car ce n’est pas l’intrigue qui constitue le cœur de l’ouvrage en question mais plutôt la manière dont l’auteur narre son histoire.

Avec Si rude soit le début, je dois avouer que ça n’a pas été une partie de plaisir au départ. Le titre semblait faire référence à la difficulté que j’avais à entrer dans ce roman (je sens que je ne vous le vends pas là..). Juan de Vere nous raconte son premier emploi de secrétaire auprès d’Eduardo Muriel célèbre réalisateur espagnol. L’histoire se situe dans les années 80, à Madrid. Très vite, Juan passe tout son temps auprès de Muriel et de sa femme Beatriz Noguerra vivant pratiquement chez eux, plongeant ainsi dans l’intimité du couple. Le Juan de Vere qui nous conte cette histoire est le Juan de Vere d’aujourd’hui, plus âgé, avec le recul des années permettant une meilleure compréhension des choses. Et c’est ce qui rend ce roman intéressant : l’introspection, les nuances, la candeur du jeune homme vu par l’homme qu’il est aujourd’hui.

Alors, me direz vous, pourquoi m’a-t-il fallu tant persévérer (bien 200 pages) pour y trouver du plaisir? Eh bien tout d’abord, il y a une certaine densité dans l’écriture de Javier Marias (peu de dialogues, du moins dans leur forme classique, et des digressions constantes) mais surtout, éprouver de la sympathie pour ses personnages m’a été compliqué. Et malgré tout, une fois le livre refermé, on sait que c’est un grand roman et que cette empathie qui ne vient pas spontanément en fait la force. Il aurait été facile d’enjoliver le personnage de Juan de Vere jeune, mais le narrateur choisit de nous le livrer sans filtre, avec la candeur et l’arrogance de la jeunesse. Il nous agace donc parfois mais c’est aussi ce qui le rend profondément humain. Et il en va de même pour tous les personnages. Javier Marias ne fait pas dans la facilité, pousse le lecteur à se questionner, disséminant ici et là quelques scènes, quelques phrases qui continuent de nous habiter pendant un long moment. Alors je ne sais pas si je vous ai fait peur (ce n’était vraiment pas le but.) mais c’est un grand roman et en le refermant, vous saurez que l’effort du début en valait grandement la peine.

Emma

Shantaram!… La suite!

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Pour tous ceux qui ont déjà lu le roman de Gregory David Roberts, Shantaram, paru il y a dix ans chez Flammarion, je vous annonce qu’une suite vient de paraître! L’Ombre de la Montagne, qui est peut-être un peu plus sombre mais tout aussi grandiose!

Maintenant, pour tous ceux qui n’ont pas lu Shantaram: ne me l’avouez pas! Je risque de devenir insistant 🙂

Shantaram est un roman très autobiographique. Un australien, incarcéré pour braquage, réussit à s’évader de prison et dans sa fuite se retrouve en Inde, à Bombay. C’est en arrivant dans cette ville-monde qu’il prend conscience qu’une nouvelle vie, une nouvelle chance s’offre à lui. S’attachant à devenir quelqu’un de meilleur, c’est dans un bidonville de Bombay, aux côtés des plus démunis, qu’il va s’installer et qu’au fur et à mesure des rencontres il va faire l’expérience de cette ville-monstre. Il comprendra aussi que pour gagner sa vie, il devra frayer avec les plus puissants, les véritables maîtres de Mumbai: la pègre.

Mêlant récit de vie, histoire d’amour, roman noir, philosophie, découverte culturelle, Shantaram est un roman fleuve (1080 pages) devenu culte.

Gaël

Attachement féroce

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Je pourrais vous parler de « récit autobiographique » mais Attachement féroce va bien au delà de cela: c’est plus dense, plus intense car cela touche à l’universel, à notre rapport parent/enfant, à nos souvenirs, à nos joies et douleurs intimes. Sans pathos, Vivian Gornick a cette élégance et ce talent, elle nous raconte son rapport fusionnel à sa mère, femme fière et amoureuse, mère juive et explosive. Avec elles, nous nous promenons dans les rues de New-York, c’est grisant, exaltant. Avec elles, nous parcourons leurs vies siamoises, leurs regards à la fois si proches et si différents, leur haine réciproque, leur amour total. Dans leur immeuble du Bronx, nous reconstituons un tissu social principalement féminin et faisons connaissance avec Miss Drucker, Cessa, Mrs Kornfeld, Mrs Zimmerman… autant de femmes, que d’histoires, que de liens entrelacés entre ces murs. « Au bout de quelques mois, dans l’immeuble, toutes les femmes devenaient… « intimes » ». Au sein de ce patchwork, Vivian parle de sa mater familiae, épicentre de ce roman intime et ouvert sur le monde, qui ne porte d’autre titre que celui de « mère », reine d’un royaume, intelligente et belliqueuse, aimante et autoritaire, attachante… et féroce. Vivian Gornick nous emporte dans ce qui l’a faite, vers ces miroirs féminins déformants… et formants. Elle nous parle aussi de la condition féminine à cette époque et c’est passionnant: ces femmes solitaires -et solidaires- avaient le rôle de capitaine du foyer où apparaissait, de temps à autre, « l’homme », cette figure tutélaire, libre comme l’air. Elles se constituaient un réseau interne et, au travers du regard acéré de Gornick, j’ai vu défiler une série de portraits attachants, des destins, des rêves et des déceptions. L’auteure s’attache aussi à dire sa vie, ses amours, à parler de sa vision du mariage (et donc du lien), à décrire, bien sûr, cette bouleversante relation avec sa mère. J’ai été touchée, intéressée, amusée, bouleversée. Attachement féroce est un récit brillant, un conte d’une lucidité tranchante. Ce livre est à découvrir, résolument.

Attachement féroce de Vivian Gornick (Traduction de Laëtitia Devaux)- éd. Rivages – 221 p. – 20 euros –

Fanny.