Le jeu de la musique

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Un premier roman intense en émotions qui évoque à la fois l’amitié, la perte, l’amour, le désordre intime.

Le jeu de la musique commence par une fin et vous déploie ses ailes de roman polyphonique. Vincent, Sabine, Céline, Jess, Cassandre, Raphaël et Zoé : des croisements de parcours au sein d’une jeunesse qui ne trouve pas -plus- de sens à sa vie.

Stéfanie Clermont y ajuste sa pensée, comme un journal de bord ponctué par le vie des Autres. Il y a beaucoup à ressentir dans ce roman qui se livre au lecteur avec beaucoup d’âme(s). Des souvenirs, des manques, de la mélancolie, de la violence, de la douceur, de l’amertume, l’auteure québécoise louvoie dans ces sentiments multiples et nous offre une histoire crue, tout à la fois contemporaine et intemporelle.

La question « d’où venons-nous ? que sommes-nous ? où allons-nous ? » résonne dans la solitude des grandes villes, de Montréal à San Francisco, et Clermont nous offre en réflexion, plutôt qu’en réponse (et c’est donc bien plus intéressant), ce roman polymorphe brillant.

Fanny.

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Salina

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Partir d’un texte de théâtre poignant pour en arriver à la sève d’un roman magistral. La magie littéraire de Laurent Gaudé m’arrive encore entre les mains.

Salina, les trois exils : « ce qui passe, vit et se transmet » écrit l’auteur en dédicace. Salina, par la voix de son dernier fils, Malaka, est racontée. L’histoire commence par ce nouveau-né, arrivé dans son cri immense, au milieu des dunes et des hommes. C’est cette petite, débarquée dans un nulle part de caravansérail, qui va être adoptée par Mamanbala : « (…) par le sel de ces larmes dont tu as couvert la terre, je t’appelle Salina. »

Il y a l’enfance protégée, puis viendra le premier exil, celui du sang et de la violence, puis le second, celui de la vengeance, et le troisième, celui de l’exil et de la résilience. Salina est la vie d’une femme qui peut se transposer autant dans un univers lointain que proche car ce récit est à la fois un cri universel et une ode fraternelle.

Peu de pages, à peine 150, mais d’une intensité vibrante. Ainsi, Malaka raconte sa mère à un vieux pêcheur, sorte de Charon, nocher de l’île-cimetière, qui, contre l’obole du récit de ce fils aimant, l’approche de ce lieu mystique où reposent les âmes.

Petit à petit, comme les autres pêcheurs, j’ai moi aussi rapproché ma barque pour écouter l’histoire de Salina, éblouie par la plume de Gaudé. Un bijou.

Fanny.