La faille du temps

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Je pourrais parler de Shakespeare, parler de l’abandon vécu par Jeanette Winterson qui l’amena à avoir ce lien particulier au Conte d’hiver. Mais d’abord, ce mot, celui jaillit à la fin de ce roman : sublime. Ce mot avec toute sa puissance évocatrice. Sincèrement émue par cette Faille du temps vers laquelle se retrouvent ses personnages, traduit par l’indispensable Céline Leroy.

En le lisant, je me suis aussi retrouvée dans cette faille : jeune fille allongée sur un lit dans une maison écrasée par le soleil. C’est dans cet endroit que je compilais la lecture d’histoires shakespeariennes faites de vengeance, de tragédie et de pardon (Netflix peut aller gentiment se rasseoir en salle d’attente). Jeanette Winterson a ce don pour subjuguer ses lecteurs, vous entraînant dans son histoire, pour vous faire ressentir des émotions vives.

Par une nuit pluvieuse, Shep recueille un mort, une valise et une enfant. Dans un autre espace géographique, un homme, Léo, préfère « assassiner le monde plutôt que changer », au mépris de tout et principalement de l’amour et l’amitié. Perdita, enfant recueillie et choyée, grandit, puis un jour : le passé se rappelle au présent.

Vengeance, tragédie, pardon… Winterson reprend un conte de 1611 avec subtilité, intelligence et talent. La faille du temps est un exercice de style littéraire mené au titre de Grand Art, qui vous prend au cœur de la première à la dernière page.

Sublime donc.

Fanny.

 

 

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Le pays des oubliés

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Michael Farris Smith fait encore résonner le tonnerre dans ce roman âpre à l’ambiance électrique, du grand art.

Je revois l’auteur, le regard porté sur le lointain, assis face à sa table de petit-déjeuner dans le cadre du festival de l’Amérique à Oron. Il portait cette distance poétique, et cette amabilité certaine, d’un écrivain sensible qui garde en lui certaines cicatrices.

Dans le delta du Mississippi, bande de terre fertile mais oubliée, bordant ce fleuve gigantesque, apparaît son personnage : Jack Boucher.
Dès les premières pages me voilà dans une histoire sombre et hypnotique. « Notre » Jack, au volant d’une camionnette usée jusqu’à la rouille comme notre héros, est en route vers le repère de « Big Momma Sweet », la matrone vengeresse des âmes damnées. Sur ce trajet, une mauvaise rencontre et un accident enfanteront d’un enfer et d’un hasard éblouissant.

C’est là, qu’au fur et à mesure de la lecture, mes mains se crispaient de plus en plus sur les pages tandis que mon pouls s’accélérait : merci Fabrice Pointeau pour cette traduction si juste.

J’étais là-bas, sur les terres de cet écrivain qui vous embarque comme dans un film, avec Jack et toute son histoire. Mais comment fait-il ? Quelle est cette magie pour vous prendre aux tripes d’une telle manière ?

Le pays des oubliés raconte la trajectoire d’un homme en résistance parce qu’il n’a jamais eu d’autre choix. C’est une histoire d’abandon, d’enfant perdu, de combattant et d’espérance fragile ; un roman noir certes, mais d’une beauté à couper le souffle.

Fanny.

Le gang des rêves

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1906, Cetta, jeune Calabraise au destin déjà tourmentée, va prendre à bras le corps sa vie, pour fuir vers l’Amérique -terre promise- avec, dans ses bras, Natale, son “bâtard”, rapidement renommé Christmas par les peu scrupuleux fonctionnaires du centre d’immigration d’Ellis Island. 1922, Christmas rencontre Santo Filesi dans son quartier très populaire de l’île de Manhattan et fonde à eux seuls le gang des “Diamond Dogs”, tandis que Cetta, la rage de vivre au cœur, travaille comme prostituée pour l’étrange Sal, cet homme “qui fait chanter les femmes”. Au même moment, la jeune Ruth, fille de la haute bourgeoisie new-yorkaise, est retrouvée quasi morte dans une sombre ruelle. Nous voici ainsi lancé(e)s dans un roman au long cours où nous suivons les choix de vie de ces personnages hauts en couleurs. Avec Le gang des rêves, Luca Di Silvio nous montre ces destins de battants, de ceux et celles qui ne lâchent rien, pour le meilleur et parfois pour le pire. Il y a du sang, de la terreur, de l’amitié, de l’aventure, de la pitié, du grand et bel amour, bref, tout ce qui fait l’étoffe d’un “page-turner”: vibrant d’énergie et passionnant!

Le gang des rêves, Luca Di Silvio, Ed. Slatkine & Cie – 716 pages – 23 euros –

Fanny