Le bal des ombres

 

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« Le bal des ombres » ou le croisement de l’art et du mystère.

Voici un livre avec une ambiance « so british », je pourrais vous en parler assise sur un sofa en liberty, pieds nus sur la moquette verte, avec une tasse d’Earl Grey à la main, voyez-vous Et c’est absolument délicieux, d’autant plus qu’ O’Connor se base sur des faits réels, des personnages qui ont marqué leur époque et leur genre.
Il y avait Ellen Terry, la Sarah Bernhardt anglaise, son acolyte, le ténébreux et versatile Henry Irving et Abraham Stocker, bien avant qu’il ne connaisse la notoriété littéraire avec son -si peu n’est-il pas- connu Comte Dracula.

Nous sommes à l’époque de la reine Victoria, Jack l’éventreur pose son ombre terrifiante dans les ruelles populaires de Londres et Mira est ce fantôme errant dans la carcasse imposante du Lyceum.
J’ai plongé dans ce dédale où se croisent jeunes éphèbes, actrices libérées ou non, mécaniciens, couturières, frou-frou des tissus, bruits des machines, voix tonitruantes, petites mains, rats et chats.
Et puis là-haut, niché sous le chapeau du Théâtre, un endroit coupé des bruits et de la rumeur de la ville où Stocker aimait se réfugier, homme solitaire à la recherche d’une inspiration qui, enfin, lui ouvrirait les portes du succès littéraire.
En attendant, ce bonhomme tout de noir vêtu, en amour de son Irlandaise, insomniaque mélancolique, tenait les comptes et tirait les ficelles, supportant le tempérament lunatique d’Irving, restant sous le charme de la pétillante Ellen Terry.

C’est cela qui porte dans ce roman: O’Connor nous rapproche au plus près de ses personnages, nous fait vivre la folie créatrice des plus grand(e)s, nous embarque avec eux. Nous devenons alors témoins d’une odyssée particulière où Wilde scandalisait, où les plus démunis de la mégapole industrielle côtoyaient la lumière des quartiers chics, où Stocker, sans le savoir, tenait déjà son Comte à bout de plume lorsqu’il observait Irving.

« Le bal des ombres », avec la très belle traduction de Carine Chichereau, est un bal d’époque, rempli d’énergie fantasque, d’esprits libres et de légendes véritables.
Un bonheur de lecture vous dis-je!

Fanny.

 

La loi du rêveur

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Daniel Pennac fait partie de ces auteurs qui ont une vraie voix, une voix reconnaissable et qu’on a plaisir à retrouver de livre en livre, la voix d’un ami cultivé ou d’un professeur sympathique qui a toujours une anecdote à raconter sur ses élèves, sa famille, sa dernière lecture ou… son dernier rêve. Car c’est de rêve qu’il est question dans ce roman, et l’auteur nous balade sans scrupule entre rêve et réalité, en se jouant de nous et en prenant visiblement grand plaisir à nous « faire marcher » ! Cela dit, on se laisse entraîner dans cette valse avec beaucoup d’amusement et de surprises. C’est drôle, c’est bien ficelé, du Pennac à son meilleur.

Le roman démarre par une veille de randonnée pour deux adolescents en vacances. Mais de village immergé en tournage de Fellini, de vieux amis en pièce de théâtre, le narrateur nous promène au pays de ses songes et de ses souvenirs, dans un roman – gigogne impossible à raconter, et pourtant très facile à lire. Il nous place au sein de l’une de ces tribus qu’il affectionne avec épouse goguenarde, amis, enfants, petits enfants, toute une marmaille aux idées bien arrêtées et à la langue bien pendue! Le roman est surtout une ode au réalisateur italien Federico Fellini et à ses films, de « La Dolce Vita » à « Amarcord », un exercice d’admiration plein de malice et d’humour. Pour les inconditionnels de Pennac et pour ceux qui ont envie de le découvrir, une lecture drôle et enlevée pour démarrer cette année dans la légèreté !

Pour commander, c’est par ici :

https://www.librairielegrenier.com/livre/16125861-la-loi-du-reveur-daniel-pennac-gallimard

 

Maïté

La faille du temps

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Je pourrais parler de Shakespeare, parler de l’abandon vécu par Jeanette Winterson qui l’amena à avoir ce lien particulier au Conte d’hiver. Mais d’abord, ce mot, celui jaillit à la fin de ce roman : sublime. Ce mot avec toute sa puissance évocatrice. Sincèrement émue par cette Faille du temps vers laquelle se retrouvent ses personnages, traduit par l’indispensable Céline Leroy.

En le lisant, je me suis aussi retrouvée dans cette faille : jeune fille allongée sur un lit dans une maison écrasée par le soleil. C’est dans cet endroit que je compilais la lecture d’histoires shakespeariennes faites de vengeance, de tragédie et de pardon (Netflix peut aller gentiment se rasseoir en salle d’attente). Jeanette Winterson a ce don pour subjuguer ses lecteurs, vous entraînant dans son histoire, pour vous faire ressentir des émotions vives.

Par une nuit pluvieuse, Shep recueille un mort, une valise et une enfant. Dans un autre espace géographique, un homme, Léo, préfère « assassiner le monde plutôt que changer », au mépris de tout et principalement de l’amour et l’amitié. Perdita, enfant recueillie et choyée, grandit, puis un jour : le passé se rappelle au présent.

Vengeance, tragédie, pardon… Winterson reprend un conte de 1611 avec subtilité, intelligence et talent. La faille du temps est un exercice de style littéraire mené au titre de Grand Art, qui vous prend au cœur de la première à la dernière page.

Sublime donc.

Fanny.

 

 

Les Furies

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Les Furies de Lauren Groff (ed. L’Olivier) est le roman d’un amour, l’histoire d’un couple parfait.

A vingt-deux ans, Lancelot Satterwhite, jeune étudiant new-yorkais et comédien passionné par Shakespeare, épouse Mathilde, l’unique à ses yeux, sa déesse, sa muse, sa protectrice… Les années passeront, Lancelot deviendra un célèbre dramaturge et Mathilde sera toujours à ses côtés, le couple rayonne et provoque l’admiration. Mais peut-être faut-il changer de point de vue pour entrevoir une réalité un peu différente…

Entraînant le lecteur tantôt dans un flamboiement lyrique, entre folle passion et lumières éblouissantes du succès, tantôt dans les zones d’ombres d’une intimité cachée, Lauren Groff montre une maîtrise chirurgicale de la construction romanesque et nous laisse avec un goût de « trop peu » dans les tripes.

Gaël