Le pays des oubliés

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Michael Farris Smith fait encore résonner le tonnerre dans ce roman âpre à l’ambiance électrique, du grand art.

Je revois l’auteur, le regard porté sur le lointain, assis face à sa table de petit-déjeuner dans le cadre du festival de l’Amérique à Oron. Il portait cette distance poétique, et cette amabilité certaine, d’un écrivain sensible qui garde en lui certaines cicatrices.

Dans le delta du Mississippi, bande de terre fertile mais oubliée, bordant ce fleuve gigantesque, apparaît son personnage : Jack Boucher.
Dès les premières pages me voilà dans une histoire sombre et hypnotique. « Notre » Jack, au volant d’une camionnette usée jusqu’à la rouille comme notre héros, est en route vers le repère de « Big Momma Sweet », la matrone vengeresse des âmes damnées. Sur ce trajet, une mauvaise rencontre et un accident enfanteront d’un enfer et d’un hasard éblouissant.

C’est là, qu’au fur et à mesure de la lecture, mes mains se crispaient de plus en plus sur les pages tandis que mon pouls s’accélérait : merci Fabrice Pointeau pour cette traduction si juste.

J’étais là-bas, sur les terres de cet écrivain qui vous embarque comme dans un film, avec Jack et toute son histoire. Mais comment fait-il ? Quelle est cette magie pour vous prendre aux tripes d’une telle manière ?

Le pays des oubliés raconte la trajectoire d’un homme en résistance parce qu’il n’a jamais eu d’autre choix. C’est une histoire d’abandon, d’enfant perdu, de combattant et d’espérance fragile ; un roman noir certes, mais d’une beauté à couper le souffle.

Fanny.

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La mort selon Turner

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La mort selon Turner, Tim Willocks, traduction Benjamin Legrand, Sonatine, paru le 11/10/2018, 384 pages, 22€

Pour ceux qui ont déjà lu Tim Willocks, vous connaissez sa maîtrise, sa force romanesque et sa plume qui n’a pas peur d’en découdre. Pour moi, ce fut une découverte puisque malgré les louanges de Gaël, je n’avais, pour ma part, pas encore jeté de coup d’œil aux romans de ce monsieur.

Eh bien, je peux dire que je n’ai pas été déçue! J’ai été happée dès les premières pages par ce roman bien noir flirtant avec l’univers social des polars de Cary Ferey : un héros, des ordures, de la sueur et du sang. Bref un joli cocktail bien testostéroné qui aurait pu me rebuter s’il n’avait pas été porteur d’un message nettement plus humain.

Lors d’un weekend bien arrosé au Cap, un jeune afrikaner renverse une sdf noire, sans même s’en apercevoir. Son beau-père décide de fuir et de masquer l’affaire au jeune homme : il ne faudrait surtout pas compromettre la belle carrière d’avocat qui s’offre à lui et, après tout, la victime n’aurait surement pas survécu bien longtemps dans les rues! Ces choses-là se produisent tous les jours dans un pays gangrené par la corruption! Seulement voilà, c’était sans compter Turner, flic noir de la Criminelle, prêt à se battre sans répit pour la veuve et l’orphelin. Et quand je dis se battre, il va falloir être bien accroché parce qu’il y a certaines scènes à ne pas lire pendant son petit dèj!

Bref, dit comme ça, ça peut paraître un peu cliché mais il s’agit d’une dénonciation d’actes qui se produisent tout de même encore tous les jours, en toute impunité, le tout servi par une écriture juste et haletante : un très bon thriller.

A découvrir

Emma

 

Attention, ça va piquer!!

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La promesse, Tony Cavanaugh, traduction Paul Benita, Sonatine, paru le 12/04/2018, 22€

L’année dernière était paru L’affaire Isobel Vine, un polar tranquille (un peu à la Connelly), se déroulant à Melbourne. Premier titre traduit en français de Tony Cavanaugh, nous faisions ainsi connaissance avec Darian Richards, son enquêteur désabusé. Chouette roman, bien ficelé, laissant présager une nouvelle série sympathique.

J’ai donc, naturellement sauté sur la nouveauté, La promesse et, si je n’ai pas été déçue du voyage, il m’a quand même un peu retourné l’estomac. Adieu le polar pépère et bonjour Monsieur-le-tueur-en-série-pervers qui ne vous donne pas tellement envie d’aller tutoyer les vagues de la Goldcoast! C’est dommage, le cadre de cette région du Queensland est plutôt idyllique, mais je peux vous promettre que vous n’aurez plus tellement envie d’y passer vos vacances : De très jeunes filles disparaissent mystérieusement. Peu après, des photos témoignant des différents sévices qui leur sont infligés apparaissent, semant aussitôt la panique…

Vous l’avez compris, ce nouvel opus (qui est en fait le premier de la série, en Australie) est plus violent que le précédent et assez dérangeant car nous sommes réellement dans la tête du tueur, de part la narration. Ceci étant dit, il est bien construit, très bien rythmé et, je dois le reconnaitre, addictif.

Coup de cœur!!

Emma

 

Au fond de l’eau

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Au fond de l’eau, Paula Hawkins, traduit par Corinne Daniellot et Pierre Szczeciner, Sonatine, paru le 08/06/2017, 407 pages, 22€.

Après le succès incroyable (et une médiatisation peut-être un peu démesurée?) de La fille du train, autant vous dire que Paula Hawkins était attendue au tournant pour son second roman. C’est donc avec enthousiasme, mais un peu de méfiance que j’ai ouvert Au fond de l’eau, une histoire de rivière légèrement maudite puisque de nombreuses femmes y sont retrouvées noyées au fil des décennies. Plusieurs personnages prennent la parole (attention, petite gymnastique au départ, c’est un vrai roman choral puisqu’il y une dizaine de voix). Suicides? Accidents? Meurtres? Je ne vous en dirai pas plus, il faudra le lire pour découvrir le fin mot de l’histoire. Ce que je peux vous assurer, en revanche, c’est que je l’ai dévoré en deux jours, que le scénario tient la route jusqu’au bout et que j’ai même une préférence pour ce deuxième titre.

En bref, que vous connaissiez Paula Hawkins ou non, si vous aimez les thrillers psychologiques, foncez, vous ne serez pas déçu!

Emma

P.S : Un petit mot pour vous dire que je serai absente cet été pour résoudre mon problème de pied (adieu les tongs-chaussettes, juste au moment où j’allais enfin lancer une nouvelle mode!). Je vous laisse avec mes collègues et vous retrouverai en septembre (mais, promis, je vous tiendrai informés de mes coups de cœur via le blog).

 

L’affaire Isobel Vine

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L’affaire Isobel Vine, Tony Cavanaugh, Traduction Fabrice Pointeau, Sonatine, Paru le 06/04/2017, 22 €, 416 pages.

Quand je vois sur un bandeau « Le nouveau Michael Connelly« , j’ai tendance à me méfier. Pourtant, cette fois-ci, je dois avouer que la comparaison tient effectivement la route.

Darian Richards est un enquêteur tenace, droit, un poil misanthrope, qui après 16 ans de bons et loyaux services à la brigade des homicides de Melbourne, décide de raccrocher. Sa reconversion est toute trouvée : mener sa barque en solitaire au bord des Grands Lacs, Nouvelles Galles du Sud. Seulement voilà, quand on est super bon, on est forcément rappelé et c’est ce qui arrive à Darian après quelques années à l’écart.

Un ancien collègue doit être promu commissaire. Avant d’être nommé, il faut s’assurer qu’il est totalement clean. La mission de Darian est donc la suivante : contrôler qu’il n’y a aucune affaire douteuse liée à cette homme. Ce qui va le ramener à une affaire classée datant d’une vingtaine d’années : l’affaire Isobel Vine…

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Un roman policier comme on les aime : un flic attachant, une enquête qui tient la route avec, en prime, les bas fonds de Melbourne, peut-être moins connus par ici que ceux de Los Angeles.

A découvrir

 

Emma

Tout ce qu’on ne s’est jamais dit

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Tout ce qu’on ne s’est jamais dit, Celeste Ng, Sonatine, paru le 03/03/2016, 277 pages, 19 euros

Lydia est retrouvée morte. Accident? Meurtre? Suicide? Rien ne laissait présager qu’il puisse arriver une telle chose à cette adolescente modèle. Peu à peu, au fil de l’enquête, le vernis de sa famille si parfaite s’écaille et les secrets refont surface.

Un bon roman noir psychologique, un peu dans le style de Thomas H. Cook (Les feuilles mortes, notamment). Des personnages attachants, une intrigue bien menée, et bien qu’on ne soit pas dans un thriller, il est assez difficile à lâcher.

Bref, allez-y!

 

Emma