Le pays des oubliés

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Michael Farris Smith fait encore résonner le tonnerre dans ce roman âpre à l’ambiance électrique, du grand art.

Je revois l’auteur, le regard porté sur le lointain, assis face à sa table de petit-déjeuner dans le cadre du festival de l’Amérique à Oron. Il portait cette distance poétique, et cette amabilité certaine, d’un écrivain sensible qui garde en lui certaines cicatrices.

Dans le delta du Mississippi, bande de terre fertile mais oubliée, bordant ce fleuve gigantesque, apparaît son personnage : Jack Boucher.
Dès les premières pages me voilà dans une histoire sombre et hypnotique. « Notre » Jack, au volant d’une camionnette usée jusqu’à la rouille comme notre héros, est en route vers le repère de « Big Momma Sweet », la matrone vengeresse des âmes damnées. Sur ce trajet, une mauvaise rencontre et un accident enfanteront d’un enfer et d’un hasard éblouissant.

C’est là, qu’au fur et à mesure de la lecture, mes mains se crispaient de plus en plus sur les pages tandis que mon pouls s’accélérait : merci Fabrice Pointeau pour cette traduction si juste.

J’étais là-bas, sur les terres de cet écrivain qui vous embarque comme dans un film, avec Jack et toute son histoire. Mais comment fait-il ? Quelle est cette magie pour vous prendre aux tripes d’une telle manière ?

Le pays des oubliés raconte la trajectoire d’un homme en résistance parce qu’il n’a jamais eu d’autre choix. C’est une histoire d’abandon, d’enfant perdu, de combattant et d’espérance fragile ; un roman noir certes, mais d’une beauté à couper le souffle.

Fanny.

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Quand notre cœur fait boum

Une rentrée littéraire riche en découvertes et émotions… bref, voici deux belles vibrations littéraires, l’une venant d’Afrique du Sud, l’autre du nord-ouest de la France.

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Danse d’atomes d’or

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AAAAAAAAAAaaaaahhh… une belle histoire d’amour où cela vibre, pétille, émotionne, fractionne, tourbillonne. La fraîcheur et la sincérité sont si présentes, dans ce premier roman qui m’a ému et transporté, qu’on se laisse facilement prendre par le rythme incantatoire des mots et les mouvements d’âme des personnages. Point d’élan « fleur bleue » (quoique… on en a bien le droit) mais là, une finesse et un élan sur la vie, pour la vie, comme une chorégraphie de Pina Bausch. Des noms issus de la mythologie grecque égraine le roman d’Olivier Liron, 29 ans et tout son talent. Par un jeu de post-it, on saura qu’Orphée rencontre, un soir de copains, son Eurydice. De cette rencontre aux larges sourires s’ouvrira une passion, une histoire qui vous prendra à bras le corps. O. nous raconte son amour, cette disparition soudaine, puis cette quête éperdue un soir de neige, à Tombelaine, en Normandie. Avec une énergie, de l’humour, de l’inventivité et un joyeux sens de la formule, O. nous prend par la main dans cette « Danse d’atomes d’or » et nous donne à ressentir cette rage de vivre, d’aimer, de faillir, de mourir, de renaître. En mettant un p’tit-grain-de-fantaisie-youpi-youpi, laissez vous surprendre par ce conte solaire, cette danse de l’éternité.

Danse d’atomes d’or d’Olivier Liron – Ed. Alma – 223 pages – 17 euros –

L’Homme au lion

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Dans la ville du Cap, Stan s’est réfugié dans la cage dorée d’Elyse, entrepreneuse et artiste avant-gardiste où chaque chose est à sa place, comme une logique d’être. Puis nous faisons connaissance avec Mark. Mark, bénévole au zoo, est grièvement blessé par un lion à crinière noire, l’un des derniers survivants de son espèce; la cage fut son piège… Nous découvrons à partir de ces deux instants, la reliance et l’amitié forte entre Stan et Mark. Deux amis, d’univers diamétralement opposés, qui se trouvèrent à un moment dans leur vie. Au fur et à mesure des chapitres nommés par des animaux emblématiques d’Afrique du Sud, nous découvrons l’histoire de ces deux gamins, celle qui les a réunit puis celle qui les a séparé. Henrietta Rose-Innes, avec un vrai sens du style et un goût prononcé pour l’univers conté, nous emporte dans les méandres de la vie de Stan, qui reprendra le rôle de gardien du zoo de Mark, et devra affronter ses souvenirs et la présence troublante de la lionne Sekhmet. Henrietta Rose-Innes nous parle du chemin initiatique de son héros et nous berce au sein de l’impressionnante nature sud-africaine. En toile de fond, nous percevons avec tristesse la disparition programmée de certaines espèces et la fin du mythe de la vie sauvage. « L’homme au lion » est un roman atypique et addictif.

« L’Homme au lion » d’Henrietta Rose-Innes – 317 pages – 21 euros –

Fanny.

 

Les petites chaises rouges / Soyez imprudents les enfants

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Les petites chaises rouges d’Edna O’Brien

Dans le village irlandais de Cloonoila, la vie va paisiblement au milieu des vertes collines. Le pub et l’église sont toujours là pour mettre les villageois en reliance. Il y règne une ambiance de feu de bois, de poésie, de bières avalées goulûment , de prières récitées méthodiquement et de commérages débités facilement. Un jour arrive un homme auréolé de mystère, tel un saint avec sa barbe blanche et sa chevelure immaculée. Il dit se nommer Vladimir Dragan, dire venir du Monténégro et être, tout à la fois, guérisseur, docteur et poète. Fidelma, belle du village mariée à un homme beaucoup plus âgé qu’elle, va tomber sous le charme magnétique de cet homme. Mais le dénommé Vladimir est arrêté puis démasqué: sa véritable identité est révélée: il est l’un des monstres les plus sanguinaires du XXe siècle. Le titre choisi par Edna O’Brien s’éclaire alors, rappelant les 11541 petites chaises rouges installées à Sarajevo en 2012 pour commémorer les victimes du siège. Le personnage de Dragan est inspiré du génocidaire Radovan Karadzic. La prose éblouissante d’O’Brien éclaire le destin de cette femme, Fidelma, prise dans l’étau de cette société irlandaise conservatrice, qui devra fuir vers Londres pour y vivre honteuse et apeurée, se reconstruisant comme elle le peut. Entre clarté et obscurité, entre poèmes lyriques et scènes crues, entre amour et horreur, Les petites chaises rouges est un roman d’une grande finesse qui raconte la violence d’une société et la culpabilité d’une femme. Intense et flamboyant.

Les petites chaises rouges d’Edna O’Brien – Ed. Sabine Wespieser – 360 p. – 23 euros – Parution le 08 septembre 2016

 

Soyez imprudents les enfants

Atanasia Bartolome, 13 ans, nous parle d’elle, de sa famille, de cette enfance fanée qui explosera de couleurs le jour où elle restera en contemplation devant une toile du peintre Roberto Diaz Uribe au musée de Bilbao. Cette découverte artistique sera, pour Atanasia, une porte ouverte sur le monde, et fera de sa vie une quête. Véronique Ovaldé entraîne son lecteur à travers les branches noueuses et les racines profondes de l’arbre généalogique des Bartolome. Tout son roman oscille entre la recherche compulsive d’Anatasia sur ce peintre qui fit chavirer sa vie, cette quête insatiable du mystère et les histoires de ses ancêtres depuis ce petit village d’Uburuk en 1630. “Soyez imprudents les enfants” est un conte qui vous emporte sur des chemins de traverse, avec pour amer remarquable une Anatasia vibrante et attachante. Voici donc un roman coloré et totalement dépaysant !

Soyez imprudents les enfants de Véronique Ovaldé – Ed. Flammarion – 352 p. – 20 euros – Parution le 17 Août 2016 –