Lanny

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Énorme coup de cœur pour le nouveau Max Porter dont j’avais déjà adoré le précédent titre (La douleur porte un costume de plumes). Une fois n’est pas coutume, avec ce nouveau roman, l’auteur flirte avec l’imaginaire, nous donnant à voir un univers surprenant et poétique.

Lorsque Lanny, jeune garçon un peu à part, disparaît subitement, les commérages vont bon train : Il est un peu étrange, ce petit, non? Et ce vieil artiste, avec qui il passe tout son temps, il n’est pas très net, non plus.  Quand à la mère.. Elle laisse un peu traîner son gamin.

Dans ce roman chorale, chacun apporte son opinion et son grain de sel, y compris un personnage peu commun.

Nul besoin d’être amateur de littérature de genre pour découvrir Lanny, mais il est vrai qu’il faut un peu mettre de côté son esprit cartésien pour en apprécier l’atmosphère.

En ce qui me concerne, ce titre, que j’attendais, m’a enchantée. Grand, grand coup de cœur.

 

Emma

Avant que j’oublie

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Avant que j’oublie, Anne Pauly, Verdier, 137 pages, paru le 22/08/2019, 14€

L’effervescence de la rentrée littéraire, l’avalanche de bouquins, d’articles, de prix, de tables, de mises en avant, avec, au final, quelques dizaines de titres qui se dégagent. Alors oui, chaque année c’est pareil, on doit amasser, dévorer, ingurgiter, trier puis restituer et conseiller au mieux ce qui nous a touché. Ce n’est pas une corvée, entendons-nous bien, nous avons la chance de faire de notre passion un métier, et ce n’est pas donné à tout le monde. C’est juste que nous n’avons pas le temps pour tout, que nous devons aussi bien dénicher un super thriller rondement mené, qu’un joli titre qui fait du bien ou encore un roman historique époustouflant (hein Gaël ;)). Arrivés à la mi-octobre, il nous reste assez peu de temps pour cocher toutes les cases, Noël et ses conseils approchant à grands pas. Tout ça pour dire que ce titre, en temps normal, je serais peut-être passée à côté.

Avant que j’oublie n’est pas forcément bankable (oups, j’ai dit un gros mot, j’avais oublié qu’on parlait culture) pour les conseils de Noël puisqu’il s’agit d’une sorte d’adieu d’Anne Pauly à son père, mort d’un cancer (vous le voyez là le non-conseil de Noël?). Vous continuez de lire l’article alors que j’ai prononcé le mot en « C »? C’est gentil. Bref, nous découvrons Anne, bouleversée face à l’absurdité de la mort, face à l’absurdité des corps qui, dans un esprit punk, font un dernier doigt d’honneur aux mamies dans les couloir. Anne qui découvre qu’il n’y a pas d’age pour être orpheline, et que, finalement, dire au revoir à un père violent et égoïste, ce n’est pas évident.

Malgré la difficulté du sujet, l’autrice s’en sort avec brio, sans pathos et je peux dire que j’ai tout aimé de ce titre : l’écriture, l’humour (si, si), la sincérité, l’émotion…C’est un grand, grand coup de cœur, foncez!

Emma

Hubert Haddad le 26 Novembre

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Le Grenier a le bonheur d’accueillir prochainement Hubert Haddad pour son dernier roman paru chez Zulma : Un monstre et un chaos, en lice pour le Prix Renaudot 2019.
Faites de la place dans vos agendas 🙂 (mais si c’est possible!) et venez nous rejoindre le mardi 26 Novembre à 19h à l’étage de la librairie Le Grenier pour venir partager un moment autour de son roman, gros coup de cœur de cette Rentrée littéraire.
L’entrée est libre et gratuite dans la limite des places disponibles. La réservation est donc nécessaire, soit directement à la librairie (au 6 Place Duclos, 22100 Dinan), soit par téléphone : 02 96 39 59 83, soit par courriel : contact@librairielegrenier.com
Un monstre et un chaos est un éblouissement littéraire, un roman d’une force immense. Ne l’oubliez pas, n’oubliez jamais.
Les libraires masqués.

La tentation

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François est un chasseur. Il suit un cerf, majestueuse « bête à seize cors dans la lumière dorée d’un jour d’octobre ». Ainsi commence ce roman avec cette plume tournée vers la nature sauvage environnante.
Les descriptions alpines happent, enserrent, projettent dans un univers fait de rudesse minérale et de beauté végétale.

L’homme traque son cerf, hésite une fraction de seconde. C’est le début du changement, François le perçoit, le ressent. La balle part, mais elle blesse au lieu de tuer. François retrouve sa bête mais ne peut l’achever. Un élément, dans sa course, l’a perturbé.

Un frisson me parcourt, me voilà subjuguée. Dans cette ambiance proche d’un « Natural writing à la sauce des Alpes », Luc Lang y dissèque l’âme humaine, les failles familiales avec une écriture à la fois sèche et délicate .

Notre homme est un imminent chirurgien, précis, sûr, concis. Il emporte le cerf, le soigne dans sa « boucherie » et le laisse libre… mais non loin de lui, lui offrant foin et eau.
Le cervidé est là, altier et distant, l’observant, attendant.

En recherchant son cerf blessé, François a cru apercevoir sa fille dans l’habitacle d’une voiture pourchassée par deux motards, telle une biche prise en chasse elle aussi. Cette vision le hante, il cherche à la joindre mais Mathilde est aux abonnés absents.
Au même moment, Mathieu, le fils, trader à New-York, menant grande vie, débarque au chalet familial.
Maria, la matriarche, s’est, quant à elle, réfugiée dans un couvent, veillant sur sa folie destructrice.
Et François… lui recoud les plaies mais n’arrive plus à recoudre les liens familiaux, à retrouver les mots pour panser son angoisse, ou pire, dire son amour.

Le temps s’est chargé de dilater leurs relations aussi facilement qu’une balle rentre dans un tissu pour pénétrer un cœur.

François accueille alors en lui comme une forme de rédemption dans ce monde montagneux où règne calme, luxe, whisky cent ans d’âge et musique classique. Il espère un nouveau lien, un vieux père imaginant le retour au bercail de ses petits.
Mais le danger rôde, le cerf et le chien sentent l’humeur sombre des lieux où des véhicules circulent, sombres, intrigants, menaçants.

La biche surgit alors, une Mathilde apeurée, ensanglantée, tristement accompagnée.
C’est l’heure de l’hallali, le gibier doit être pourchassé avant sa mise à mort.

Lang nous porte au cœur d’un tableau naturaliste où chaque détail compte. La tentation pourrait être le titre d’un verset biblique où le personnage principal, François, joue avec l’illusion d’être un père, un mari, peu persuadé, finalement, qu’il peut s’en arracher, ancré dans son état primitif de chirurgien opulent et de pater héroïque.
De ce jeu illusoire, il ne restera que des cendres.

La tentation possède une grande force attractive, mêlant à la fois roman noir et roman familial.
Du grand art, point barre.

Fanny.

P.S. : Aucun caribou ne fut blessé ou malmené durant la prise de vue. Et je remercie mon fils pour le prêt 😉

 

Zébu Boy

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Aurélie Champagne porte en elle une langue et, pour un premier roman, c’est déjà remarquable. Et quand, en plus, l’histoire marque le pas et vous emporte, alors là, c’est coup de cœur !

Zébu Boy fut un valeureux garçon vacher, lors des combats, il s’opposait à la bête, la faisait résister, plier. Zébu Boy reste toujours ce beau garçon à la stature imposante, au regard profond. Zébu Boy partit un jour à la guerre pour la « Très Grande France », qui lui prit ses amis, sa fierté, jusqu’à ses godillots.
Ambila (alias Zébu Boy donc) revient à Madagascar, son pays, en Mars 1947.
Il veut recoudre son histoire, recréer le troupeau qui faisait la fierté du père. Peut-être pour ressentir de nouveau la force d’être vivant, appartenant à une terre.
Ambila fait alors le plein d’aody, des remèdes ancestraux comme colliers porte-bonheur selon la circonstance. Il les vendra aux plus nécessiteux d’esprits forts, aux plus offrants surtout.

Zébu Boy veut renaître et nous emporte dans sa quête. Il nous embarque comme il embarquera son partenaire d’aventure, Tantely, à la main blessée à cause d’un amour déçu.

Nous voilà sur les routes à l’heure où l’insurrection gronde.
J’y ai découvert tout un pan de l’histoire malgache que je ne connaissais pas.
Le 29 Mars 1947, une jacquerie sanglante fait face au pouvoir colonial, Madagascar veut sa liberté, la revendique à coup de sagaies, de machettes et d’amulettes.

Le destin d’Ambila le pose sur cet instant alors que résonne encore en lui l’écho effroyable de la guerre. Les images se superposent et agitent notre héros.

Aurélie Champagne nous transporte avec Ambila par Zébu Boy : sur un même tempo, le passé récent violent entrelace le présent rageur.
La tension monte, les réminiscences se font plus vives, happée je fus, car Zébu Boy est un roman qui devient une odyssée, un chant, un cri.

Voici une histoire qui tatoue l’esprit pour en faire, de nouveau, une publication puissante des éditions Monsieur Toussaint Louverture.

Fanny.

 

Un monstre et un chaos

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Happée, subjuguée, effarée, emportée. Un monstre et un chaos vient d’une histoire tristement ancienne, celle de la violence des hommes faite à leurs semblables.

Avec son écriture d’une rare finesse, sa manière de déployer les scènes avec maestria, son sens du rythme et de la dramaturgie, Hubert Haddad signe un très -très- grand roman.

Nous sommes en 1941. Ils sont jumeaux, Ariel miroir d’Alter, deux jeunes garçons d’une bourgade polonaise, Mirlek. Ce sont les enfants du désastre, déjà marqués par les blessures familiales liées à la Grande Guerre, entourés d’âmes fracassées.
Shaena entoure ces deux gamins qui surgissent, se fondent, surprennent, découvrent, vivent ! Puis un jour, un monstre d’acier s’approche du shtetl, articulé par des hommes assoiffés de sang, de rage, de haine.
Soudain, Alter perd Ariel, sa maigre famille, son foyer tremblant. Il erre, soutenu par le refuge de la forêt, il avance, hébété.

Alter se retrouvera dans le ghetto de Lodz. Il ne se soumet pas au port de l’étoile, résiste à sa manière, surgit, guette, rencontre, se débat, s’échappe, puis se laisse apprivoiser par Maître Azoï qui tient en ce lieu, un théâtre de marionnettes. Mais dans cet espace entravé existe aussi, et a vraiment existé, Chaïm Rumkowski, autoproclamé « Roi des Juifs ». Ce personnage sauve ce qui déjà ne lui appartient plus et brise son peuple avant de le mener au chaos.

Rumkowski transforme le ghetto en camp de travail, petites mains qui se brisent sur les fils tendus des machines, tout cela pour servir le Reich.
Dans cette apocalypse, Alter trouve des bouts de tissus dans la caverne de Maître Azoï, il polie, biseaute, assemble, peint, vernit, crée sa marionnette, miroir de l’âme.

J’ai été envahie par ce roman, j’y ai ressenti tellement de choses, à la fois la beauté et la cruauté, la maigreur et l’opulence, la lâcheté et le courage, l’infamie et la résistance.
Un monstre et un chaos vous happera jusqu’à la dernière page, les blessures profondes venant chercher l’onguent provenant de cette culture yiddish vive et éternelle.

Un monstre et un chaos est un éblouissement littéraire, un roman d’une force immense. Ne l’oubliez pas, n’oubliez jamais.

Rencontre avec Hubert Haddad ( joie! stress, mais joie ! ) le 26 novembre prochain, à la librairie ! Mais je vous en reparlerai bien sûr 😉

Fanny émue.

 

 

Une bête au Paradis

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Une bête au Paradis, Cécile Coulon, L’Iconoclaste, paru le 21/08/2019, 352 pages, 18€

La lecture date un peu (quelques mois) mais mon émotion, après avoir refermé Une bête au Paradis,  reste intacte. J’ai découvert Cécile Coulon il y a quelques années, avec Trois saisons d’orage. J’avais alors été bluffée par son écriture qui m’avais transportée dès les premières pages. En un souffle, j’étais aux Trois Gueules, dans cette région aussi reculée qu’inhospitalière.

Avec Une bête au Paradis, j’ai retrouvé cette atmosphère rurale, terrienne, dure, forcément, mais également poétique. J’ai pensé à Né d’aucune femme, de Franck Bouysse, paru en janvier et à ces autres romans de Nature Writing américains dont nous sommes si friands. Ce peut-être pas la peine d’aller si loin par la lecture puisque, parfois, l’exotisme se trouve juste à côté. Et, cet exotisme je l’ai trouvé au Paradis, moi qui ne viens pas de cet univers, dans la ferme d’Émilienne, auprès de personnages rugueux et tendres qui m’ont empoignée pour ne plus me lâcher.

Bref, Une bête au Paradis est un roman puissant et beau, une bien belle manière de débuter la rentrée littéraire si ce n’est pas encore fait.

Emma