Pour Luky

Pour Luky

Pour Luky, Aurélien Delsaux, Notabilia, 280 pages, paru le 03.01.2020, 18€

Luky, Diego et Abdoul débarquent sous nous yeux au début d’un été qui promet de s’étirer. Ils traînent dans le trou. Le trou c’est une sorte de cube en béton où ils peuvent se retrouver, dans le sous-sol d’un des immeubles. Un lieu rien qu’à eux pour tout se raconter. Enfin, tout se raconter, c’est vite dit car ils ont beau être les meilleurs amis du monde, y’a des trucs qu’on ne dit pas, ou alors on transforme un peu, on enjolive. C’est qu’ils ont de la fierté ces petits mecs! De la sensibilité et de la pudeur aussi.

Et c’est ce que j’ai aimé avec l’écriture d’Aurélien Delsaux (que je découvre avec ce titre).  Il a été enseignant en collège lycée pendant dix ans et je ne sais pas si c’est ça, mais il parvient à nous transmettre leur sensibilité et la tendresse qu’il éprouve eux. Nous les suivrons une année environ : l’entrée au lycée, le chemin des possibles, les premières fois (ou pas).

Nicolas Mathieu (prix Goncourt, auteur de Leurs enfants après eux) dit cela de Pour Luki : « Delsaux invente un langue qui est comme un couteau papillon, qui se plis et se replie sans cesse, virevolte et blesse pour finir. » Je crois que, oui, c’est cela. J’ai, en tout cas, trouvé une grande poésie dans cette langue. Elle interpelle au premier abord, mais on se rend vite compte qu’elle donne toute sa force au roman. Bref, j’ai adoré.

Un grand coup de cœur.

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Emma

Pour vous le procurer, c’est par ici 🙂 : Pour Luky

 

Isidore et les autres

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Il est des romans que l’on referme en étant triste de quitter les personnages, de ces histoires que l’on prend à cœur dès les premières pages et dont le plaisir de lecture ne se dément pas un seul instant,  Isidore et les autres de Camille Bordas en fait désormais partie.

Izzy-Dory-Isidore, douze ans, aime sa famille, les gens. Il est dans l’empathie, arrondit les angles, fait preuve d’une belle sensibilité, bref : Isidore aime son prochain, sans sens biblique, juste dans le sens du bien commun. Il est dans une famille, où, qui n’a pas soutenu sa thèse ne peut rien comprendre à la vie. Entouré de ses cinq frères et sœurs aux têtes enfouies dans les livres et peu réceptifs au monde qui les entoure, Isidore détonne. C’est dans cet univers qu’il mène sa barque, avec bienveillance et franchise. Il fugue pour ressentir l’air frais du large, des petits bouts de chemin de vraie vie qui le découvrent à lui-même.

Avec une plume juste et sans artifice, Camille Bordas est arrivée à nous rendre en amour de ce bout d’homme qui cherche, suite à un drame, le sens de la vie. L’auteure nous fait rentrer dans une histoire universelle, essentielle et magnifique. Par son héros nous partageons un moment de cette vie de famille, quittant de nouveau les petites chaussures de l’enfance pour repartir pieds nus sur les chemins caillouteux de l’adolescence. Il s’écorche, se blesse, essaye, se positionne et, malgré tout, nous entoure de ses bras au milieu d’une fratrie qui se questionne beaucoup pour, peut-être, ne pas trop percevoir cette vie incertaine et parfois violente. Vous comprendrez : Isidore nous a « attrapé le cœur » !

Isidore et les autres de Camille Bordas aux éditions Inculte – 413 p. – 19.90 euros –

Emma & Fanny.

4 3 2 1, Paul Auster : Yeah!!

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4 3 2 1, Paul Auster, traduit par Gerard Meudal, Actes Sud, paru le 03/01/2018, 1024 pages, 28 €

Brillant! Je referme le livre du tant attendu Paul Auster et c’est le premier mot qui me vient à l’esprit. Quelques années s’étaient écoulées depuis ma lecture de Sunset Park, roman que j’avais beaucoup aimé (et qui m’avait réconcilié avec l’auteur après la grosse déception qu’avait été Invisible). J’attendais donc 4 3 2 1 avec un mélange de hâte et de crainte. Et si c’était une déception? Et si je ne rentrais pas dedans?

Bref, je me suis lancée et il est vrai qu’à un moment il ne faut pas perdre le fil, mais cela ne dure que peu de temps. Les cent premières pages se dévorent. Entre la page 100 et la page 200, le processus des quatre destins de notre héros (j’y reviendrai) se met en place et c’est là qu’il faut être un peu concentré. Après, on est embarqué et le roman vous suit dans toutes les pièces de la maison (oui, il est un peu lourd, et parfois c’est pénible, mais bon, on pardonne.), du petit dèj au coucher : apprêtez-vous à être asocial le temps de la lecture. Car si la magie opère pour vous comme pour moi, alors vous vivrez le temps de cette lecture une sorte de vie parallèle. Il y aura la vie normale, quotidienne, et la vie dans le roman, avec Ferguson, notre héros, Rose, Amy, Artie, Célia et bien d’autres personnages qui rythmeront votre journée.

L’histoire, assez classique, est donc celle de Ferguson, petit-fils d’immigré juif, né dans les années 40 à New-York, que l’on suivra durant une vingtaine d’année. On retrouve tous les ingrédients chers à Paul Auster : New-York, donc,  le récit d’apprentissage, la figure de l’écrivain, la littérature, l’amitié, l’amour, la filiation, Paris…(Si habituellement vous n’êtes pas tellement fan de l’auteur, passez votre chemin, ça ne sert à rien d’y aller.). La nouveauté de celui-ci, c’est d’abord l’ampleur (1024 pages), il faut aimer se plonger dans les grands romans fleuve. Et bien-sur, sa construction, puisque l’auteur va imaginer quatre destins différents pour notre héros, selon les choix, les hasards etc. Pas d’inquiétude, on ne s’y perd pas (c’était ma crainte principale.)! Au contraire, on s’amuse et on suit avec délice les possibilités de vies de Ferguson, dans ce New-York extrêmement bien dépeint ayant pour toile de fond l’histoire de la ville et du pays (La guerre du Vietnam, les mouvements sociaux, les émeutes raciales..).

Enorme coup de cœur. 4 3 2 1, foncez ;)!

 

Emma

Débâcle

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Débâcle, Lize Spit, traduit par Emmanuelle Tardif, Actes sud, parution le 07/02/2018, 448 pages, 23 €

Bovenmeer, petit village flamand. Eva, Pim et Laurens sont les trois seuls enfants à naître en 1988. Rapidement, ils deviennent inséparables, connus de tous comme Les trois mousquetaires, toujours fourrés les uns chez les autres (enfin surtout chez Pim dont les parents, agriculteurs, possèdent un vaste terrain où ils peuvent laisser libre cours à leur imagination.).

Aujourd’hui Eva a une trentaine d’années, une vie plutôt maussade et un souvenir qui la hante, celui d’un été de canicule. Les garçons avaient conçu un plan : faire se déshabiller les filles du village. Pour cela, Eva leur apporterait une énigme à résoudre (suffisamment compliquée). L’énigme résolue et c’était 200 euros à la clé. Par contre, à chaque question posée, un vêtement serait enlevé..

Première claque de cette rentrée : j’ai reçu Débacle comme un uppercut tant son atmosphère est particulière et prégnante. En nous en parlant, Emilie, notre représentante Actes Sud, faisait référence à Strip-tease. Vous vous rappelez cette émission documentaire, sans voix off , qui se déroulait souvent dans le nord ou en Belgique? Il y avait parfois une certaine misère sociale, de celle qui vous fait vous sentir mal à l’aise, le rouge vous montant un peu aux joues, vous sentant certes un peu voyeur mais aussi dévasté. Il y a un peu de ça dans Débâcle, cette misère et cette détresse, le tout raconté avec un écriture très réaliste (âmes sensibles s’abstenir). Et c’est un énorme coup de cœur.

 

Emma