La mort selon Turner

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La mort selon Turner, Tim Willocks, traduction Benjamin Legrand, Sonatine, paru le 11/10/2018, 384 pages, 22€

Pour ceux qui ont déjà lu Tim Willocks, vous connaissez sa maîtrise, sa force romanesque et sa plume qui n’a pas peur d’en découdre. Pour moi, ce fut une découverte puisque malgré les louanges de Gaël, je n’avais, pour ma part, pas encore jeté de coup d’œil aux romans de ce monsieur.

Eh bien, je peux dire que je n’ai pas été déçue! J’ai été happée dès les premières pages par ce roman bien noir flirtant avec l’univers social des polars de Cary Ferey : un héros, des ordures, de la sueur et du sang. Bref un joli cocktail bien testostéroné qui aurait pu me rebuter s’il n’avait pas été porteur d’un message nettement plus humain.

Lors d’un weekend bien arrosé au Cap, un jeune afrikaner renverse une sdf noire, sans même s’en apercevoir. Son beau-père décide de fuir et de masquer l’affaire au jeune homme : il ne faudrait surtout pas compromettre la belle carrière d’avocat qui s’offre à lui et, après tout, la victime n’aurait surement pas survécu bien longtemps dans les rues! Ces choses-là se produisent tous les jours dans un pays gangrené par la corruption! Seulement voilà, c’était sans compter Turner, flic noir de la Criminelle, prêt à se battre sans répit pour la veuve et l’orphelin. Et quand je dis se battre, il va falloir être bien accroché parce qu’il y a certaines scènes à ne pas lire pendant son petit dèj!

Bref, dit comme ça, ça peut paraître un peu cliché mais il s’agit d’une dénonciation d’actes qui se produisent tout de même encore tous les jours, en toute impunité, le tout servi par une écriture juste et haletante : un très bon thriller.

A découvrir

Emma

 

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Le pays obscur

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Il est des romans que l’on a du mal à classer dans un genre précis. C’est le cas de cet excellent roman noir/polar d’Alain Claret: Le pays obscur (éditions La Manufacture du Livre).

Malgré plusieurs romans publiés depuis 2002, je ne connaissais pas Alain Claret (merci au passage à Marie-Anne Lacoma!) et ce fut une belle découverte!

Après des mois passés comme otage en Libye, un reporter de guerre s’est retiré dans une vieille maison isolée, dont il a hérité de son père. D’un côté un petit village, de l’autre une grande forêt. Depuis quelques temps, des femmes disparaissent dans cette forêt. Lorsque le passé vient frapper à sa porte, tout s’ébranle pour cet homme brisé, que la folie aime parfois taquiner. La vérité, intime, criminelle, veut se faire connaître. Il faut alors pénétrer plus profondément au pays obscur.

Une ambiance tantôt mélancolique et douce, tantôt angoissante, voire oppressante, qui donne à ce roman d’une rare qualité littéraire une place de choix dans cette rentrée d’automne.

Gaël

 

Mamie Luger

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Mamie Luger de Benoît Philippon (Ed. Les Arènes, dans la nouvelle collection Equinox)

Berthe, 102 ans, vient de lâcher du plomb sur son voisin, en plein dans le derrière! Lorsque la police arrive, Berthe fait une nouvelle fois parler la poudre! « – Madame, c’est la police. Sortez de chez vous, vous ne craignez rien. – J’vais pas m’laisser berner! J’le connais l’coup d’la police! Vous voulez m’faire sortir pour m’violer! […] Bande de détraqués! »

Une fois arrêtée, Berthe est mise en garde à vue. La confrontation commence avec le commissaire Ventura…

Ah… Elle est attachante Berthe Gavignol! Mais gare à celui qui lui chercherait des poux! Certains ne s’en sont pas relevés!

De l’émotion, de l’humour, un peu de violence et beaucoup d’amour (ou l’inverse), ce roman est une belle réussite, et Berthe Gavignol un personnage qu’on oublie pas!

Gaël

Le retour de la pêche à la mouche..

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Meurtres sur la Madison, Keith McCafferty, traduction Janique Jouin-de Laurens, Gallmeister, paru le 07/06/2018, 23.50€, 379 pages.

On l’attendait notre fameux roman de Nature-Writing-pêche-à-la-mouche-petit-bled-paumé-du-Montana, depuis quelques années, même, je dirais! Bref, c’est avec une certaine impatience que j’ai ouvert Meurtres sur la Madison. Et je peux d’ores et déjà vous dire que je n’ai pas été déçue. Quelques pages ont suffit à me plonger dans ce décors, toujours magique pour moi, de la rivière, des truites et des grands espaces.

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Le quotidien de Sean Stranahan, peintre et détective (et pêcheur!) à ses heures perdues, bascule lorsque sa route croise celle de Velvet Lafayette, jeune femme aussi mystérieuse que magnétique. Cette dernière a besoin d’aide pour trouver le lieu de prédilection de son père pour la pêche à la mouche, alors qu’au même moment, un corps refait surface dans la Madison..

Si l’enquête est bien menée, je dois dire c’est peut-être plus l’atmosphère du roman qui m’a emportée (comme souvent dans le roman noir.). Retrouver le Montana, les Rocheuses, la rivière et ses pêcheurs à la mouche invétérés…je me suis plongée avec délice dans ce roman et j’en suis ressortie ravie. Après, si vous n’êtes absolument insensible à ces thématiques, passez votre chemin : Keith McCafferty étant rédacteur en chef de Field and Stream ( revue consacrée à la pêche, la chasse et la vie au grand air), il est plutôt généreux avec les descriptions de mouches et autres…d’ailleurs, la Royal Wulff n’aura plus de secrets pour vous!

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A découvrir

Emma

 

Attention, ça va piquer!!

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La promesse, Tony Cavanaugh, traduction Paul Benita, Sonatine, paru le 12/04/2018, 22€

L’année dernière était paru L’affaire Isobel Vine, un polar tranquille (un peu à la Connelly), se déroulant à Melbourne. Premier titre traduit en français de Tony Cavanaugh, nous faisions ainsi connaissance avec Darian Richards, son enquêteur désabusé. Chouette roman, bien ficelé, laissant présager une nouvelle série sympathique.

J’ai donc, naturellement sauté sur la nouveauté, La promesse et, si je n’ai pas été déçue du voyage, il m’a quand même un peu retourné l’estomac. Adieu le polar pépère et bonjour Monsieur-le-tueur-en-série-pervers qui ne vous donne pas tellement envie d’aller tutoyer les vagues de la Goldcoast! C’est dommage, le cadre de cette région du Queensland est plutôt idyllique, mais je peux vous promettre que vous n’aurez plus tellement envie d’y passer vos vacances : De très jeunes filles disparaissent mystérieusement. Peu après, des photos témoignant des différents sévices qui leur sont infligés apparaissent, semant aussitôt la panique…

Vous l’avez compris, ce nouvel opus (qui est en fait le premier de la série, en Australie) est plus violent que le précédent et assez dérangeant car nous sommes réellement dans la tête du tueur, de part la narration. Ceci étant dit, il est bien construit, très bien rythmé et, je dois le reconnaitre, addictif.

Coup de cœur!!

Emma

 

Blue light Yokohama

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Blue light Yokohama de Nicolas Obregon (Ed. Calmann-Levy)

Enquête policière qui tend souvent vers le roman noir, Blue light Yokohama est un polar sombre qui, entre Tokyo et Hong Kong, nous embarque au cœur d’une intrigue fascinante. Le meurtre d’une famille coréenne, l’assassinat d’une octogénaire sans histoire, le suicide d’une vedette de cinéma, un écheveau  qu’un inspecteur fraichement promu va tenter de démêler. Se dessine alors la face obscure d’un pays où derrière un paravent de doux clichés, s’insinue la corruption, les jeux de pouvoir et la perversion.

Un roman noir magnétique et un personnage charismatique, solitaire et pugnace. Une immersion totale dans le Japon d’aujourd’hui. Tous les ingrédients d’une lecture captivante.

Gaël

Après la chute

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Après la chute, Dennis Lehane, traduction Isabelle Maillet, Rivages, paru le 04/10/2017, 455 pages, 22€

On ne présente plus Dennis Lehane (Shutter Island, Mystic River, Un pays à l’aube, pour ne citer que quelque titres..), auteur prolixe aux thématiques variées. Comme beaucoup d’autres romanciers américains, il est doué pour raconter des histoires et ce titre ne fait pas exception.

L’histoire se déroule à Boston, comme tous ses autres romans ( à l’exception de Shutter Island qui lui se déroule sur une île ;).) mais la ville reste en retrait, puisque nous nous concentrons principalement sur les personnages. Après la chute démarre plutôt comme un roman que comme un policier. Je dirais que même toute la première moitié sera sur ce rythme, de là à se demander quand démarrera réellement le côté policier. Nous faisons connaissance avec Rachel Childs, journaliste au passé familial compliqué (un père absent, une mère manipulatrice) qui torpille sa carrière en plein reportage tv. Très vite, nous nous y attachons et avons envie de découvrir son histoire. Puis, dans la seconde partie, l’ambiance polar s’installe clairement. En terme de genre, Après la chute est une sorte de roman noir psychologique : un rythme tranquille, pas de scénario complexe avec une fin époustouflante, mais plutôt une ambiance et des personnages particuliers.

Si ce n’est pas le meilleur des Dennis Lehane que j’ai lu (mais je dois avouer que la barre est très haute.), Après la chute n’en reste pas moins un très bon roman, avec des personnages bien campés et une écriture fluide.

A découvrir

 

Emma