Le pays des oubliés

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Michael Farris Smith fait encore résonner le tonnerre dans ce roman âpre à l’ambiance électrique, du grand art.

Je revois l’auteur, le regard porté sur le lointain, assis face à sa table de petit-déjeuner dans le cadre du festival de l’Amérique à Oron. Il portait cette distance poétique, et cette amabilité certaine, d’un écrivain sensible qui garde en lui certaines cicatrices.

Dans le delta du Mississippi, bande de terre fertile mais oubliée, bordant ce fleuve gigantesque, apparaît son personnage : Jack Boucher.
Dès les premières pages me voilà dans une histoire sombre et hypnotique. « Notre » Jack, au volant d’une camionnette usée jusqu’à la rouille comme notre héros, est en route vers le repère de « Big Momma Sweet », la matrone vengeresse des âmes damnées. Sur ce trajet, une mauvaise rencontre et un accident enfanteront d’un enfer et d’un hasard éblouissant.

C’est là, qu’au fur et à mesure de la lecture, mes mains se crispaient de plus en plus sur les pages tandis que mon pouls s’accélérait : merci Fabrice Pointeau pour cette traduction si juste.

J’étais là-bas, sur les terres de cet écrivain qui vous embarque comme dans un film, avec Jack et toute son histoire. Mais comment fait-il ? Quelle est cette magie pour vous prendre aux tripes d’une telle manière ?

Le pays des oubliés raconte la trajectoire d’un homme en résistance parce qu’il n’a jamais eu d’autre choix. C’est une histoire d’abandon, d’enfant perdu, de combattant et d’espérance fragile ; un roman noir certes, mais d’une beauté à couper le souffle.

Fanny.

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Miss Jane

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Un roman qui s’offre, une histoire qui se déguste lentement, savoureusement. Me voilà comme assise sous le porche en bois, dans un rocking-chair, à regarder les étoiles en compagnie de Jane Chilsom. Brad Watson nous emporte dans un éblouissant portrait de femme.

Jane est née en 1915 dans une petite ferme du Mississippi, il y a l’odeur de la résine mêlée à celle de la sueur, le son des grillons et la bienveillance du docteur Thompson. Car Jane est arrivée avec un handicap alors que sa mère n’attendait plus rien de sa vie et surtout pas un autre enfant. Voici ce poupon qui arrive dans ces vies laborieuses, l’air de rien, fragile et étonné. Cette petite fille grandira, s’offrira à la vie, aux concessions, aux découvertes et à la sage résignation.

Watson distille les ambiances et les traits de caractère de chacun de ses personnages : nous les découvrons au sein d’un espace-temps en lien avec le rythme de la terre labourée, du whisky vieillissant en fût et des saisons s’égrenant. On sent, on goûte, on écoute, on ressent, Miss Jane est le portrait au long cours d’une femme, de ces romans qui nous arrive sur la pointe des pieds et nous attache le cœur. C’est aussi, en filigrane, le portrait de cette Amérique du XXème siècle et d’un médecin de campagne qui accompagnera notre protagoniste sur ses chemins de traverse.

Miss Jane porte en elle un charme fou, une émotion vive et un parcours noué à l’Essentiel. Point de lenteur dans ce roman, traduit avec tant de justesse par Marc Amfreville, mais juste le talent d’un portraitiste impressionniste pour son héroïne. Viva Jane !

Fanny.