Jean-Luc Seigle, féministe

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Femme à la mobylette, Jean-Luc Seigle, Flammarion, 240 pages, 19.90€, parution le 23/08/2017

J’espère que Jean-Luc Seigle, s’il lit cet article, ne va pas s’offusquer de ce titre. Après avoir dressé le portrait de Pauline Dubuisson (Je vous écris dans le noir), à travers une fiction, lors de son précédent roman, avec beaucoup de sensibilité, Jean-Luc Seigle nous conte à nouveau l’histoire d’une femme, Reine, malmenée par les éléments. Dans la postface de ce nouveau titre, nous découvrons les préoccupations de l’auteur et de certains pairs quant au manque d’héroïnes dans la littérature. Femme à la mobylette en devient presque un manifeste. C’est du moins un peu comme cela que je l’ai perçu.

Reine, mère de trois enfants, abandonnée de tous, essaie de s’en sortir tant bien que mal. Son mari est parti, les difficultés financières s’amoncellent et ses enfants, seule bouée de sauvetage à présent, risquent de lui être retirés. Lorsqu’elle découvre une vieille mobylette bleue des années 60 sous les détritus de son jardin bien encombré, l’espoir renaît : une nouvelle vie est possible. Qui dit engin dit travail et tout ce qui va avec.

Reine pourrait être notre sœur, notre mère, notre fille. Elle est celle devant qui on détourne les yeux, que l’on plaint mais qu’on oublie, notre honte et notre crainte. Et elle continue de m’habiter bien après avoir refermé ce livre. Merci Jean-Luc Seigle de si bien dépeindre les femmes. Merci pour cette héroïne.

Emma

PS : oui, au cas où vous en douteriez encore, c’est un coup de cœur, à découvrir dans un petit mois.

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Prix des lecteurs du Grenier 2017

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Voici la sélection pour notre troisième prix des lecteurs. La sélection est affichée depuis quelque temps en magasin mais nous avions complétement oublié d’en parler sur le blog.

Nous vous encourageons vivement à voter pour votre coup de cœur (comme dimanche, d’ailleurs, même si ce n’est pas vraiment un coup de cœur, mais enfin bon je m’égare..:)). Vous pouvez même en désigner deux (pas comme dimanche), un en littérature française, un en littérature étrangère.

Vous avez jusqu’au 9 juin, vous pouvez glisser votre bulletin dans l’urne à la librairie mais aussi voter via le blog, Facebook, par courrier etc.

 

Les libraires masqués

Trois saisons d’orage

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Trois saisons d’orage, Cécile Coulon, Viviane Hamy, paru le 05/01/2017, 265 pages, 19 euros

Après quelques tentatives infructueuses sur la rentrée de janvier, quelle joie de tomber sur cette petite pépite (merci à Natacha, ma collègue bd, pour l’info 😉 ). Dès les premières pages, l’écriture de Cécile Coulon s’impose et j’ai la certitude de tenir quelque chose de grand entre les mains.

L’histoire se passe aux Fontaines, village hostile s’il en est, et plus particulièrement aux Trois-Gueules, des falaises réputées infranchissables. Nous découvrons l’histoire d’André, jeune médecin qui choisit de s’installer dans cet endroit perdu, apportant ainsi l’espoir d’une vie meilleure à ses quelques habitants. Nous sommes juste après la seconde guerre et ce sont trois générations que nous suivrons, avec leur lot d’amour, de secrets et de fureur.

Clairement, nous ne sommes pas dans une comédie, vous l’aurez compris. L’âpreté de la nature façonne les habitants des Trois-Gueules, et nous nous retrouvons ballottés par la passion qui s’y déchaine parfois. Il y a pourtant, aussi, une beauté omniprésente , une poésie et une force qui font que vous êtes corps et âme avec les personnages et qu’il est difficile de  reposer ce roman.

Premier et immense coup de cœur de janvier, d’autres suivront surement. S’ils sont au même niveau, ce sera une très belle rentrée 2017.

Emma

Une bouche sans personne

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Une bouche sans personne, Gilles Marchand, Aux Forges de Vulcain, 260 pages, 17 euros

Depuis dix ans, un homme rejoint ses amis plusieurs fois par semaine au café. Au fil des ans, il y eu des rires, des moments d’émotion qui ont tissé, au fur et à mesure cette belle amitié. Pourtant, cet homme ne se dévoile pas facilement, s’épanche assez peu, notamment sur cette écharpe qui lui barre continuellement le visage.  Un soir, un incident se produit, l’écharpe tombe, commence alors l’histoire.

Un premier roman à la fois profond et empli de fantaisie où l’on croise un homme au passé douloureux mais aussi un trapéziste, un voisin spéléologue, les Beatles…bref un très joli texte que je vous encourage à découvrir.

Emma

Le dernier gardien d’Ellis Island

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Qu’est donc la totalité de notre existence, sinon le bruit d’un amour effroyable ? – Louise Erdrich – “Dernier rapport sur les miracles à Little No Horse”

New-York, Ellis Island, 3 Novembre 1954. John Mitchell, directeur du centre d’immigration, erre sur cette île bientôt vidée de ses histoires, de ses migrants, de ses espoirs et désespoirs. Le récit se construit au fil des heures solitaires qui amène Mitchell à se confronter à son passé, à sa vie vouée à Ellis, à son amour pour Liz, à sa passion pour la mystérieuse Nella. Gaëlle Josse nous dresse le portrait contrasté de cet homme lié à l’Île et inversement. Un roman d’une grande densité qui se dévore, provoque des images et tente de percer quelques uns des mystères de l’âme humaine. Une petite merveille.

Le dernier gardien d’Ellis Island” de Gaëlle Josse – Ed. Noir Blanc – 14 euros

Fanny.

Et un beau coup de cœur en litté française!

 

 

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Amours, Léonor de Récondo, Sabine Wespieser, 276 pages, 21 euros

Et c’est donc Léonor de Récondo qui ouvre le bal des coups de cœurs en littérature française pour cette rentrée de janvier. Auteur que je découvre avec ce texte, Amours, qui m’a transportée.

L’histoire se déroule dans une maison bourgeoise, au début du siècle, dans une sorte de huis clos. La première scène s’ouvre sur Anselme qui « force »(bah oui, dans ce milieu et à cette époque on utilise « forcer » et non pas « violer », un terme bien utile pour minimiser les faits) Céleste, la jeune domestique de la maison. Cela a lieu régulièrement et Céleste se tait, préférant ne pas se faire remarquer. Victoire est, quand à elle, l’épouse d’Anselme depuis 5 ans, attendant vaguement que quelque chose se passe (un enfant, par exemple), n’étant absolument pas épanouie dans ce mariage de raison. Chacun vivote ainsi de son côté jusqu’au moment où Céleste découvre qu’elle est enceinte, ce qui bouleverse ses rapports avec Victoire.

Un roman où chaque phrase sonne juste, des personnages qui se métamorphosent au fil du texte, une atmosphère  qui se tend au fur et à mesure, et surtout, une magnifique histoire d’amours.

Emma