Dix petites anarchistes

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Valentine Grimm, cadette des sœurs Grimm, fait les comptes de sa vie, de leurs vies. Celles de ces Dix petites anarchistes qui, un jour, en écoutant les Bakounine et autres Benjamin de passage, vont décider de partir vivre leur destin marqué du drapeau noir.


Fin XIXème, cela signifie partir de Saint-Imier, petite bourgade suisse soumise au travail aléatoire, et mal payé, des manufactures horlogères telles que Heuer, Breitling, Longines, pour voguer jusqu’à Punta Arenas, en terre patagonienne. Ce n’est pas rien, c’est une épopée.

Valentine nous raconte les espoirs, les dangers, les rêves, les rencontres, les projets, la vie qui continue malgré tout, au gré de leurs pérégrinations qui les porteront toujours un peu plus loin.

Un récit précis qui se lit avec avidité, une construction narrative proche du roman noir, une histoire passionnante de femmes « sans dieu, ni maître, ni mari » et un attachement certain à ces dix petites anarchistes.

And then / there were / none ( Et alors / il n’en resta / plus aucun ). Allez à leur rencontre et lisez ce petit livre délicieux.

Fanny.

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Passage des mélancolies

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Passage des mélancolies

d’Alain Emery (Ed. La Gidouille, 88p., 12€)

On connaissait Alain Emery auteur de nouvelles. Il revient cette fois avec un magnifique roman court, tout en délicatesse et sensibilité.

Suzy a connu les années folles, les nuits parisiennes et la frénésie de cette époque d’émancipation et de liberté. Née dans un village bien loin de Paris, Suzy devint pourtant danseuse de cabaret. Après bien des décennies, Suzy vient de mourir. A la fin de sa vie, c’est son voisin de palier, de soixante ans son cadet, qui devint son confident. Ses souvenirs, et les objets et archives que lui a laissé Suzy, la feront revivre une dernière fois.

L’écriture sensible et élégante d’Alain Emery donne à ce court roman la justesse et l’éblouissement des livres qu’on n’oublie pas.

Gaël

A noter la sortie d’un recueil de l’ensemble des nouvelles d’Alain Emery:

La Griffe de l’Ours (Astoure éditions, 526p., 18€)

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Liberté

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« -C’est pour ça que vous êtes malheureux, amou djoun?

-Suis-je malheureux? Je ne sais pas, docktaram -mon enfant. Je pense parfois à la façon dont je me sens maintenant et je me demande comment ce serait s’il n’y avait pas eu de révolution, si nous ne vivions pas sous le poids de ce terrible régime religieux. Est-ce que je sentirais autant le poids des années? Est ce que tous mes souvenirs seraient aussi amers parce qu’ils ne correspondraient en rien de ce qui existe maintenant? Ou bien le problème est-il simplement de vieillir? « 

En juin 2009, une série de manifestations de protestation se déroulent à Téhéran, en cause : la réélection d’Ahmadinejab. Raha, jeune étudiante à la parole libre et engagée, va payer le prix de cette liberté d’expression. Saïda Pakravan écrit un roman dense, à l’écriture précise, quasi journalistique, où les divers personnages tissent les liens, les détruisent aussi, et font l’histoire. L’auteure nous dresse le portrait d’une jeune femme décidée à faire valoir ses droits, à affronter un système répressif, les menaces, les insultes mais aussi le jugement de ses amis avec, pour toile de fond, un pays, l’Iran, soumis à ses propres contradictions. Un roman fort, qui interroge et ne laisse en aucun cas indifférent.

« Azadi » de Saïdeh Pakravan ( Belfond ) – 19 euros –