Une fille dans la jungle

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Une fille dans la jungle, Delphine Coulin, Grasset, paru le 23/08/2017, 240 pages, 18€

La fille c’est Hawa, jeune sans-papiers qui décide, lors du démantèlement du camp de réfugiés de Calais, de ne pas monter dans un des autocars proposés pour une destination aléatoire. Rêvant d’Angleterre et se méfiant de cette solution proposée, elle choisit de rester avec six autres jeunes, qui sont, comme elle, dans le dénuement total, avec la peur au creux du ventre et l’espoir d’un jour meilleur. Parce que malgré les violences, le froid, la faim que tous ont endurés, cela semble impossible qu’il n’y ait pas quelque part, forcément, une trêve.

« Cela ressemblait moins que jamais à une jungle, ou alors une jungle froide, de bois et de boue, avec des animaux crottés, et des monstres de métal au loin, sous le crachin. Pas le genre qui fait rêver, avec les perroquets et les feuilles vertes et grasses, où on transpire dans une odeur d’humus. Une jungle du pauvre. Ici, il n’y a pas un arbre, pas une feuille, pas de chaleur. Et aujourd’hui, c’était silencieux. Cette jungle qui avait été un chaos où des milliers de personnes vivaient, mangeaient, parlaient, se battaient, était devenue un désert, où ils étaient seuls, tous les six.

Six garçons et filles, tous très jeunes, dans une ambiance de fin du monde. »

Lire Une fille dans la jungle c’est une claque, un coup qui remet un peu les choses en place. Tout à coup, les petits accros du quotidien semblent bien dérisoires. Et c’est le genre de roman, où on se dit : celui-là, il faudrait vraiment le mettre entre toutes les mains.

Emma

P.S : Et un grand merci à ma collègue Natacha. Sa lecture enthousiaste m’a fait découvrir Delphine Coulin.

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La tresse – Laetitia Colombani

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Tresse. n. f. : assemblage de trois longues mèches de cheveux entrecroisées à plat et retenues par une attache.

Le Robert 2018.

 

Trois femmes, trois vies, trois continents et pour toutes : une soif de liberté. Tout les sépare, une seule chose les réunit : une tresse.

Trois femmes qui vont faire face, à leur manière, à de nombreux défis liés aux conditions de vie des femmes dont les droits ne sont jamais totalement acquis. Malgré les distances, les continents et les cultures, l’humanité les unit plus que tout, renforcée et solidifiée par le tressage.

Laetitia Colombani signe là un premier roman poignant, plein d’humanité, de poésie et réconfortant à la fois.

La tresse – Laetitia Colombani – Grasset – 221p. – 18.00€

Gaëlle.

Bonjour, vous avez le dernier livre dont tout le monde parle là? Tout ce que je sais c’est qu’il est bleu.

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Hé oui, un de nos plaisirs de libraire est de jouer parfois à l’enquêteur 🙂 et ça tombe bien, car j’ai adoré deux livres bleus  (un plutôt bleu ciel et l’autre plutôt bleu un peu acier, mais encore, on peut discuter des variantes… hein, selon son œil ou son état d’esprit). Je prends enfin le temps de vous en toucher un mot… de ces livres bleus.

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Gabriel, dit Gaby, est un p’tit gars métisse, papa à l’allure viking mais un charme tout jurassien tandis que maman est une vraie beauté rwandaise. Gaby vit sa vie au Burundi dans le quartier protégé de Bujumbura. Mais la famille se disloque rapidement, et les copains, bien sûr,sont toujours là, à faire les 400 coups. Avec une écriture rythmée et colorée, Gaël Faye nous entraîne dans ce roman fort et émouvant. Gaby est là, proche de nous, de ses aventures de gamin dans le quartier des expat’, de ses rencontres avec les amis, de sa famille agrandie avec les employés de la maison, Calixte, Donatien, Innocent, de sa frangine douce et complice, Ana, de la distraite Madame Economopoulos, et les visites à la famille rwandaise maternelle. Un joyeux mélange des genres qui nous donne le sourire et nous attache rapidement, « les battements de cœur et les souffles coupés, les pensées profondes et les rires déployés, le parfum de citronnelle, les jacarandas en fleur. » Puis arrive l’année 1994, quand la radio RTLM commence à parler de « l’extermination des cafards »… L’enfance s’étiole, l’écriture se resserre, le cœur palpite trop vite: la violence, l’incompréhension, l’abandon, la peur, la dislocation de Tout. Petit pays est un roman sur l’insouciance et le chaos, l’enfance et l’exil, les regrets et le pardon. Petit pays est une intense histoire, à lire absolument.

Petit pays de Gaël Faye – Grasset – 224 pages – 18 euros –

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J’étais restée sur une impression d’oppression et de profonde désespérance pour son dernier roman Goat mountain; c’était cependant un coup de cœur, tant sa manière de décrire les affres de l’âme humaine était incroyablement percutante. Et puis Aquarium est arrivé et j’ai été happé de nouveau, mais d’une tout autre manière, comme si Vann avait parcouru un chemin en enterrant quelques uns de ses démons… tout comme son personnage de Sheri. Nous voici donc la grise ville de Seattle. Caitlin, jeune adolescente, attend chaque jour le retour de sa mère du travail, à l’aquarium. J’ai plongé, comme elle, dans ce lieu hors des normes sociétales, une bulle mêlée de rêves et de poésie. D’ailleurs, de petits dessins en noir et blanc ponctuent le récit et on prend le temps, d’admirer, paisiblement. Caitlin rencontre chaque jour un vieux monsieur, bienveillant et généreux, avec qui elle partage ces moments. Puis un jour tout bascule. « Nous en savons tant sur l’acidification des océans, alors je devrais haïr les méduses, messagères de tout ce que nous avons détruit. De mon vivant, les récifs auront fondu, se seront dissous. » Voici le chemin du pardon que Vann nous propose de découvrir dans ce roman intense et pourtant lumineux. Caitlin est cette gamine incroyable qui nous montre comment le désir, l’amour et l’audace peuvent guérir les blessures du passé. Aquarium est à la fois une douceur et un uppercut, de ces histoires simples et pourtant denses.

Aquarium de David Vann – Gallmeister – 280 pages – 23 euros –

Fanny.