Un silence brutal

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Un roman subtil, poétique, magnétique.

J’ai eu cette impression qu’avec ce Silence brutal (traduction de haute volée d’ Isabelle Reinharez), Ron Rash arrivait à un tournant littéraire, celui qui vous fait dire ses mots à voix haute pour y faire résonner son talent, l’élément nature se déployant magnifiquement par le prisme de Becky.

Ron Rash nous écrit un polar et nous ouvre ses ailes. Il y convoque ses sujets primordiaux: nos failles, nos mystères, nos refuges, notre violence, notre résilience, cette Amérique des délaissés, des paumés, des camés, des vieux, des abîmés, et tout cela pris dans cette nature première, essentielle et survivante, si fragile face à la bêtise humaine mais puissante en son cœur.

Rash est un immense écrivain doublé d’un grandiose poète. Silence brutal est à lire résolument, absolument.

Fanny.

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Requiem pour une République

 

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Requiem pour une République de Thomas Cantaloube (éd. Gallimard, Série noire)

Un premier roman étonnant  de maîtrise!

En cette fin des années 50, le désir d’indépendance du peuple algérien fait grincer des dents quelques nostalgiques de la toute puissance française. Certains, en haut lieu, sont prêts à tout pour qu’une telle velléité ne soit plus à l’ordre du jour.

Alors quand un avocat algérien, soutien du FLN, est assassiné dans Paris, les enquêteurs sont plus ou moins priés par les services de la Préfecture de mettre l’affaire sous le tapis. Mais au Quai des orfèvres, un jeune flic va avoir la mauvaise idée de vouloir faire la lumière sur ce crime, au risque de déplaire au Préfet lui-même, un certain Maurice Papon…

Thomas Cantaloube fait une entrée fracassante parmi les grands auteurs de romans noirs. Tout est maîtrisé de bout en bout. Comme si vous y étiez! C’est bluffant!

Gaël

 

Le sport des rois

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Le sport des rois, C. E. Morgan, traduction Mathilde Bach, paru le 10/01/2019, 656 pages, 24 €

Alors, tout d’abord, pardon pour la photo pourrie. Je n’avais pas prévu d’en faire une (toute seule, en plus!) mais il n’y avait pas grand chose d’exploitable sur internet. Enfin bref, promis, je ferai mieux la prochaine fois.

J’imagine donc, si je n’ai pas trouvé beaucoup de références, qu’il y a malheureusement eu peu d’articles de presse pour ce roman brillant. Et non, le terme n’est pas fort. Si la thématique peut paraître éculée (3 générations dans un kentucky bouseux au sein d’une famille misogyne et raciste), le traitement est, quant à lui, une vraie réussite.

Pas de manichéisme, un souffle, une vraie plume, des personnages auxquels s’attacher…j’ai été emportée par ce roman fleuve et ai découvert par la même occasion une autrice fantastique. Car oui, derrière ces initiales « C.E. » se cache en fait un femme, qui dépeint un univers terrible de bêtise humaine, de transmission et de violence. Si le monde hippique est également au cœur du roman, n’ayez aucune crainte, nul besoin d’avoir de quelconques connaissances en la matière.

Moyens ou grands lecteurs (peut-être un peu dense pour les plus petits lecteurs), je ne peux que vous encourager à vous jeter sur Le sport des rois et à vous offrir une plongée dans une épopée exceptionnelle.

Emma

 

Youpitralala, Femina, Goncourt, Renaudot : c’est beau!

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Voilà, pour partager avec vous notre joie des Prix Littéraires, c’est pas souvent alors… Champomy pour tout l’monde! (oui Emma est enceinte, prenons soin d’elle).

Gaël était RA-VI pour son gros coup de cœur chez Actes Sud, à savoir le Goncourt 2018 pour Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu. Emma est SUPER HEU-REU-SE pour le Prix Femina accordé à Philippe Lançon pour Le Lambeau chez Gallimard. Fanny est FOLLE…de JOIE pour le Prix Renaudot accordé à Valérie Manteau pour Le Sillon aux éditions Le Tripode.

Bref, y’a d’la joie dans nos cœurs de libraires et du bonheur aussi d’avoir de si beaux retours des lecteurs-trices de ces trois ouvrages, que cela continue! 🙂

Toutes nos félicitations aux auteur(e)s primé(e)s, votre travail fabuleux est récompensé. MERCI!

Leurs enfants après eux de Nicolas Mathieu – Actes Sud – 425 p. – 21.80 euros.

Le lambeau de Philippe Lançon – Gallimard – 512 p. – 21 euros.

Le sillon de Valérie Manteau – Le tripode – 262 p. – 17 euros.

Les libraires masqués.

Scherbius (et moi)

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L’imposture comme art de vivre!

Un jeune psychiatre va connaître succès et gloire, après avoir publié un livre sur un mystérieux patient: Scherbius. Passé maître dans l’art de l’imposture, celui-ci n’aura de cesse de brouiller les pistes. Alors? Scherbius relève t-il du cas psychiatrique? Est-ce un manipulateur génial? (petite musique angoissante) Vous le saurez en lisant le dernier roman d’Antoine Bello, Scherbius (et moi)!

Une nouvelle fois Antoine Bello interroge notre rapport à la réalité avec beaucoup de finesse et de subtilité, et toujours un brin d’humour grinçant. Un régal!

Gaël

Scherbius (et moi) d’Antoine Bello (Ed. Gallimard)

Le lambeau

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Le lambeau, Philippe Lançon, Gallimard, Paru le 12/04/2018, 512 pages, 21€

Longtemps, j’ai tourné autour du Lambeau. Je me disais qu’il y avait d’autres titres à lire. Plus tard, que les lecteurs qui avaient eu envie de le prendre l’avaient déjà lu (et n’avaient donc pas besoin de moi.), que c’était peut-être plus du récit que de la litté (je lis assez peu de récits), et puis comme feelgood book pour l’été, y’avait mieux. La vérité, c’est que je n’était pas prête. Je n’étais pas prête à pénétrer dans les locaux de Charlie hebdo au moment de l’attentat (même si c’était uniquement par le biais d’un texte), je n’étais pas prête à passer 500 pages aux côté de Philippe Lançon, pas prête à écouter ce qu’il avait à nous dire du trauma indescriptible qu’il avait pu vivre.

Et puis, un soir, en rentrant, je tombe l’émission de Fabienne Sintes (dont la voix m’hypnotise à chaque fois, je dois dire) consacrée à Philippe Lançon et sa chirurgienne Chloé Bertolus.

https://www.franceinter.fr/emissions/le-telephone-sonne/le-telephone-sonne-27-juin-2018?xtmc=philippe_lancon&xtnp=1&xtcr=7

Le fait qu’il soit sur le plateau avec sa chirurgienne m’intrigue. Je découvre ainsi Philippe Lançon (dont je ne connais pas les articles puisque je ne prends malheureusement pas le temps de lire la presse) et le duo qu’il forme avec son médecin. Le lendemain, je mets Le lambeau dans mon sac, me disant que c’était trop con de passer à côté. Certes, à la lecture, ça risquait de piquer un peu, mais bon, moi je serai tranquille dans mon canap’ sans me demander quel partie de mon corps on utiliserait pour me refaire la mâchoire.

J’ai refermé le livre il y a bientôt un mois. Je suis partie en vacances peu après, si bien que je n’ai pas pu le conseiller aux lecteurs. Et heureusement, parce que j’aurais été bien incapable d’en parler. Je suis, habituellement, plutôt volubile quand un livre me plait, mais, parfois, c’est trop remuant et je n’y arrive pas dans l’immédiat. Alors, aujourd’hui, je tente.

La première chose qui m’a frappée lorsque j’ai ouvert Le lambeau, c’est l’écriture de Philippe Lançon. Je ne sais précisément à quoi cela tient, mais, dès les premières pages, j’étais embarquée, avec l’envie de découvrir, également, ses articles. J’avais face à moi un écrivain accompli et ce fut une vraie rencontre littéraire.

Évidemment, après l’immédiateté de l’écriture vient le contenu. J’ai donc pu voir l’attentat de Charlie Hebdo de l’intérieur (chose que j’avais eu le luxe de m’épargner jusqu’à présent.), la blessure de Philippe Lançon et les années de reconstruction qui s’en suivirent. Et là, c’est l’histoire qui m’a happée. La relation soignant-soigné, les angoisses, l’attente, la colère, l’inconnu, les amis, les amours, la littérature, le théâtre, l’art. L’auteur nous décrit son parcours au long cours avec un mélange de sincérité et de pudeur absolument déconcertant.

Bref, un très grand livre que je ne peux que vous recommander chaudement.

 

Emma

Lire-rire-penser-s’indigner-imaginer

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Dans le Western Tchoukoutou de Florent Couao-Zotti, il y a une Nafissatou Diallo qui apparaît sous les traits d’une jeune femme vengeresse sous le nom de Kalamity Djane. C’est jouissif, avec un style imagé admirable. Il y a le Vacher, le Shérif et le Desesperado, forcément vous aurez en tête le Bon, la Brute et le Truand,  et la musique d’Ennio Morricone qui vous viendra à l’esprit lorsque Kalamity enfourche son deux-roues dans les rues poussiéreuses de Natingou City. L’histoire de Florent Couao-Zotti nous entraîne dans un règlement de compte aux accents béninois délicieux. Comme sous l’arbre à palabres, j’ai lu et me suis laissée emporter dans ce conte africain à la sauce western-spaghetti : c’est rythmé, amusant, décalé et il était temps que Kalamity Djane remette les pendules à l’heure à l’encontre de ces trois machos. Dans Ces hommes qui m’expliquent la vie de Rebecca Solnit (traduction impliquée de Céline Leroy), l’auteure nous propose ses réflexions, nous donne à penser, à nous alarmer, à combattre, à se montrer vigilant(e)s, et nous parle, justement, p. 64, de Madame Nafissatou Diallo (mais si, vous savez, celle qu’on a réduite à « la femme de ménage de DSK »): c’est remarquablement intelligent et incisif. « (…) quand une femme dit quelque chose d’inconfortable sur l’inconduite d’un homme, on la présente souvent comme délirante, une conspiratrice malveillante, une menteuse pathologique, une pleurnicheuse qui ne comprend pas que tout ça c’est pour rire. » Solnit remet elle-aussi les pendules à l’heure et dit les choses comme elles sont. Bien sûr Florent Couau-Zotti sait ce qu’il fait et Rebecca Solnit sait de quoi elle parle, et j’ai toujours trouvé magnifique l’heureux hasard qui conduit deux livres à se tenir la main. Alors, allez-y! : lire-rire-penser-s’indigner-réfléchir-imaginer : quoi de mieux ?!

Western Tchoukoutou de Florent Couao-Zotti chez Gallimard – 176 p. – 16.50 euros –

Ces hommes qui m’expliquent la vie de Rebecca Solnit chez l’Olivier – 175 p. – 16 euros

Fanny.

P.S.: Et heureux nous sommes aujourd’hui : Emma is back 🙂 ! yuhuuuuu fête-danse-joie!!! c’est parti mon kiki 😉