La tresse – Laetitia Colombani

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Tresse. n. f. : assemblage de trois longues mèches de cheveux entrecroisées à plat et retenues par une attache.

Le Robert 2018.

 

Trois femmes, trois vies, trois continents et pour toutes : une soif de liberté. Tout les sépare, une seule chose les réunit : une tresse.

Trois femmes qui vont faire face, à leur manière, à de nombreux défis liés aux conditions de vie des femmes dont les droits ne sont jamais totalement acquis. Malgré les distances, les continents et les cultures, l’humanité les unit plus que tout, renforcée et solidifiée par le tressage.

Laetitia Colombani signe là un premier roman poignant, plein d’humanité, de poésie et réconfortant à la fois.

La tresse – Laetitia Colombani – Grasset – 221p. – 18.00€

Gaëlle.

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Les filles au lion

FILLES DU LION

Jessie Burton nous avait déjà épaté avec Le Miniaturiste (qui vient d’ailleurs de sortir en format poche) et là elle nous replonge dans son univers avec l’addictif Les filles au lion (The muse « in english ») traduit magnifiquement par Jean Esch. En 1967, Odelle, jeune femme originaire de Trinidad et Tobago, débarque à Londres, des rêves d’écrivaine plein la tête. J’y ai lu sa vie de femme de couleur dans une cité encore très racisto-colonialiste, sa fabuleuse amitié avec Cynth, sa volonté d’y croire et d’y arriver, quoiqu’il advienne. Et puis un jour, elle rencontre une certaine Marjorie Quick, qui accepte sa candidature pour un poste de secrétaire au sein d’une galerie d’art. C’est le début d’une histoire irrésistible et palpitante. Odelle, jeune héroïne perspicace, douée, mais en manque total de confiance en elle, va découvrir un homme, Lawrie Scott, et son tableau intitulé Les filles au lion, et elle commence à s’interroger sur la tourmentée Quick, qui ressort bouleversée par la vision de cette même œuvre. Pour conduire ses lecteurs dans cette intrigue, Jessie Burton nous entraîne tout à la fois dans un autre espace-temps, en 1936 en Espagne. Nous sommes alors chez un marchand d’art viennois qui ne perçoit pas le talent véritable de sa fille Olive, qui elle, ne tente pas de vivre de son art de l’écriture mais lutte, malgré elle, contre le manque de reconnaissance de son art pictural. Deux rôles féminins forts et attachants, qui ne peuvent vous laisser indifférent(e)s, deux histoires qui s’appellent et se répondent, avec, pour chacune d’entre elles, des descriptions visuelles fortes et des images qui vous viennent rapidement à l’esprit. C’est haletant et précis, mystérieux et passionnant. Avec ma collègue Natacha, nous avons débuté ensemble la lecture et ensemble ce fut du « houlala« , du « c’est un truc de dingue« , du « raaaaaahhhh comme c’est puissant » et on a fait des borborygmes lorsqu’on le lisait en mangeant, bref, un sorte de dialogue primal autour d’un ouvrage envoûtant. Et coup de cœur pour coup de cœur, au même moment, une Bd chez Dargaud est arrivée (un peu comme Zorro oui…), l’histoire d’un peintre espagnol et ses étranges portraits, intitulé Natures mortes: le scénario de Zidrou et Oriol ayant un écho particulier sur l’histoire écrite par Jessie Burton. Bref, lisez, découvrez, dévorez, échangez, c’est bon pour le moral et donc très bon pour la santé 🙂

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Les filles au lion de Jessie Burton – Gallimard – 496 p.- 22.50 euros

Natures mortes de Zidrou et Oriol – Dargaud – 64 p. – 14.99 euros

Fanny et Natacha.

L’homme qui fouettait sous les giboulées de soleil

Mais non bien sûr que je ne me mélange pas les pinceaux, juste deux coups de cœur sous le signe de la couleur orange cette fois-ci 🙂 oui bon sépia…oui bon légèrement orangé, bref!

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L’homme qui fouettait les enfants d’Ernest J.Gaines chez Liana Levi. Traduit par Michelle Herpe-Voslinsky. 110 pages – 12 euros –

Une histoire courte et toujours remarquablement frappante « made in » Ernest J. Gaines, cet auteur américain né en Louisiane, une terre du Sud où l’inégalité entre noirs et blancs n’existait pas… mais existe-t-elle vraiment de nos jours?… Soit, j’ai lu « L’homme… » alors que D. Trump était élu président aux Etats-Unis, et le coup de fouet de Gaines ne fut que plus intense je pense, sans mauvais jeu de mots. Brady Sims vient d’abattre son fils en plein tribunal de Bayonne, en Louisiane, juste après que soit rendue la sentence qui condamnait ce jeune homme à la chaise électrique. Brady demande alors 2h au shérif avant d’être arrêté. Louis Guérin, jeune journaliste et témoin de la scène, se voit charger, par sa rédaction, d’écrire un article de fond sur l’évènement. Il se rendra au « Barber shop » de Felix et, tel un chœur du théâtre grec antique, les voix des anciens vont faire résonner le destin de Brady. Avec une justesse et une maîtrise parfaite de son sujet, Gaines nous porte au sein de cette communauté noire confrontée, depuis toujours, aux mêmes difficultés. Un petit bijou littéraire.

Giboulées de soleil de Lenka Hornakova-Civade chez les éditions Alma. 300 pages – 18 euros –

Trois femmes tchèques: Magdalena, Libuse et Eva. Trois générations: la grand-mère, la mère, la fille. Et un même destin: la naissance de père inconnu dans cette contrée tchécoslovaque, orpheline de l’empire austro-hongrois, passée de l’invasion nazie au communisme pur jus avant la chute du Mur et cette libération étourdissante. Et c’est par Marie, mère de Magda, que commence l’histoire et que se tisse le lien du sang et des destinées. Ce sont des femmes fortes qui, à chaque instant, ont conscience de cette filiation particulière, restent courageuses et ont l’ambition d’apporter une vision d’avenir à leur héritage matriarcale. Ce récit est poignant, sans pathos, nous avançons avec elles, de la campagne à la ville, du lien à la nature au lien à la littérature, des espoirs aux désespoirs, de l’abandon des hommes à l’amour puissant de ces femmes, créatrices de libertés. Un roman fluide, intime et historique, qui vous prendra facilement par la main.

Fanny.

Money shot

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Et voilà, c’est la collection NeoNoir et donc foncièrement « rock and roll« . Dans Money shot, il y a de la lutte acharnée, du règlement de compte, des filles aux regards usés par la vie, des girls qui se trémoussent, un détective inflexible et une ancienne du « X » qui va remettre tous les compteurs à zéro. Vous secouez tout cela dans le shaker Gallmeister et vous avez un polar riche en rebondissements et en coups de poing. Gina Moretti, star de l’industrie pornographique ayant raccroché -non pas ses gants… quoique- mais son string (oui je sais, c’est facile), a fondé l’agence de mannequins Angel Dare. Tout va bien jusqu’au jour où une jeune femme apeurée vient la voir au bureau avec une valise. Et là, tout bascule. Si vous aimez les rythmes effrénés, les courses-poursuites entre bons, grosses brutes et truands psychopathes, la vengeance d’une femme coriace, ce livre est alors fait pour vous, une vraie bombe made in Christa Faust, un nom qui ne s’invente pas 😉

Money shot de Christa Faust – éd. Gallmeister – 238 pages – 17.50 euros –

Fanny

Liberté

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« -C’est pour ça que vous êtes malheureux, amou djoun?

-Suis-je malheureux? Je ne sais pas, docktaram -mon enfant. Je pense parfois à la façon dont je me sens maintenant et je me demande comment ce serait s’il n’y avait pas eu de révolution, si nous ne vivions pas sous le poids de ce terrible régime religieux. Est-ce que je sentirais autant le poids des années? Est ce que tous mes souvenirs seraient aussi amers parce qu’ils ne correspondraient en rien de ce qui existe maintenant? Ou bien le problème est-il simplement de vieillir? « 

En juin 2009, une série de manifestations de protestation se déroulent à Téhéran, en cause : la réélection d’Ahmadinejab. Raha, jeune étudiante à la parole libre et engagée, va payer le prix de cette liberté d’expression. Saïda Pakravan écrit un roman dense, à l’écriture précise, quasi journalistique, où les divers personnages tissent les liens, les détruisent aussi, et font l’histoire. L’auteure nous dresse le portrait d’une jeune femme décidée à faire valoir ses droits, à affronter un système répressif, les menaces, les insultes mais aussi le jugement de ses amis avec, pour toile de fond, un pays, l’Iran, soumis à ses propres contradictions. Un roman fort, qui interroge et ne laisse en aucun cas indifférent.

« Azadi » de Saïdeh Pakravan ( Belfond ) – 19 euros –

Acquanera

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Acquarena, Valentina D’Urbano, éditions Philippe Rey, 20 euros, parution le 05 février 2015

Teaser, teaser car il vous faudra patienter un mois avant de le trouver sur nos tables! L’histoire de ce roman se déroule à Roccachiara, petit village perdu dans les montagnes du nord de l’Italie. Elle débute avec le retour de Fortuna qui, après dix ans d’absence, revient chez elle. Nous découvrons alors l’histoire de quatre générations de femmes privées d’hommes, mises au ban de leur communauté, comme victimes d’une chasse à la sorcière moderne. Car ces femmes ont un lien ténu avec la mort, malgré elles, ce qui effraie les habitants.

J’ai débuté ce texte avec un peu de méfiance car le côté « dons », « croyances » et cie a tendance à me faire fuir. Pourtant, cette histoire féminine, sur la transmission, me tentait bien alors, je me suis lancée. Et je ne regrette pas. C’est un magnifique roman d’apprentissage, d’amitié, d’amour que je conseille à tous et qui me fait dire que, décidément, 2015 promet de belles surprises littéraires.

Emma