Nos espérances

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Pour me remettre la tête dans les chroniques, j’ai décidé de commencer par un roman pour lequel nous avons eu un coup au cœur en commun (à savoir Gaël, Emma, Natacha et ma pomme, le dernier Anna Hope: « Nos espérances ».

Lorsque j’ai refermé ce livre, j’ai murmuré « Merci ». Spontanément. Un « merci » pour m’avoir donné à lire si intensément les diverses femmes que nous sommes.

Anna Hope… déjà, si vous ne la connaissez pas, vous pouvez découvrir, en format poche, les sublimes « Le chagrin des vivants » et « La salle de bal » : des héroïnes fortes du début du XXème. Là, Hope opte pour notre XXIème siècle, toujours traduite magnifiquement par Elodie Leplat.

Hannah, Cate et Lissa, trois destins dans le Londres des années 90 puis 2000, une amitié qui porte ses bonheurs comme ses profondes failles.
Alors oui, les histoires de vies reliées, de sororité, il y en a en masse, mais c’est Anna Hope qui s’y met, et vous voilà dans un roman qui se lit d’une traite, aspirée que j’étais dans ces vies qui semblent si proches. L’auteure donne véritablement de la texture à cet ensemble, j’y ai ressenti de la densité, du grain, de la douceur, du relief, de l’amplitude.
Lire Hope, c’est aussi comme écouter une Folk song, cette douce mélancolie du temps qui passe… et ne se récupère guère.
Avec tout cela, j’ai trouvé que sa manière d’appréhender cette histoire et de nous laisser entraîner dans sa construction est une chose encore plus puissante que l’attachement à ses personnages, c’est dire.

« Nos espérances » (« Expectation » en version originale) raconte Hannah, la sérieuse Hannah qui cherche le « mieux », le « plus encore » tout en espérant parfaire le tableau avec cet enfant qu’elle veut de tout son être. Puis Lissa, enfant unique d’une mère artiste, née dans un cocon féministe, actrice qui tente de l’être au théâtre, amante bousculée surtout. Et Cate, celle qui évolue entre les deux autres comme un fleuve intranquille, voluptueuse sans se rendre compte, celle qui a vu disparaître un grand amour et cherche désormais un confort social qui, peut-être, ne lui ressemble pas.

Origines, passé, aspirations, présent, ce livre est un battement de nombreux cœurs.
« (…) Elles ont fait des erreurs mais rien de fatal. Elles ne sont plus jeunes, mais ne se sentent pas vieilles. La vie est encore malléable et pleine de potentiel. L’entrée des chemins qu’elles n’ont pas empruntés ne s’est pas encore refermée. Il leur reste du temps pour devenir celles qu’elles seront. »
L’amitié, le sexe, l’amour, la rupture, la trahison, le pardon, l’exil, de grands thèmes qui résonnent avec une étonnante facilité, une fluidité émouvante car Hope ne fait pas l’éclat tragique mais dans la discrétion étincelante des vies et des choix qui viennent à elles.

C’est sûrement le roman où Anna Hope montre la plus grande partie d’elle-même: le féminisme, l’engagement, la maternité, l’art. Ce qu’elle façonne au cœur de ses héroïnes en font une histoire qui dépasse largement l’étiquette de « roman générationnel ».

Coup au ❤️ dans l’ultra moderne solitude (oui, on ne refait pas ses classiques…) et mention « bof » pour la jaquette.

Fanny.

 

Le bal des ombres

 

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« Le bal des ombres » ou le croisement de l’art et du mystère.

Voici un livre avec une ambiance « so british », je pourrais vous en parler assise sur un sofa en liberty, pieds nus sur la moquette verte, avec une tasse d’Earl Grey à la main, voyez-vous Et c’est absolument délicieux, d’autant plus qu’ O’Connor se base sur des faits réels, des personnages qui ont marqué leur époque et leur genre.
Il y avait Ellen Terry, la Sarah Bernhardt anglaise, son acolyte, le ténébreux et versatile Henry Irving et Abraham Stocker, bien avant qu’il ne connaisse la notoriété littéraire avec son -si peu n’est-il pas- connu Comte Dracula.

Nous sommes à l’époque de la reine Victoria, Jack l’éventreur pose son ombre terrifiante dans les ruelles populaires de Londres et Mira est ce fantôme errant dans la carcasse imposante du Lyceum.
J’ai plongé dans ce dédale où se croisent jeunes éphèbes, actrices libérées ou non, mécaniciens, couturières, frou-frou des tissus, bruits des machines, voix tonitruantes, petites mains, rats et chats.
Et puis là-haut, niché sous le chapeau du Théâtre, un endroit coupé des bruits et de la rumeur de la ville où Stocker aimait se réfugier, homme solitaire à la recherche d’une inspiration qui, enfin, lui ouvrirait les portes du succès littéraire.
En attendant, ce bonhomme tout de noir vêtu, en amour de son Irlandaise, insomniaque mélancolique, tenait les comptes et tirait les ficelles, supportant le tempérament lunatique d’Irving, restant sous le charme de la pétillante Ellen Terry.

C’est cela qui porte dans ce roman: O’Connor nous rapproche au plus près de ses personnages, nous fait vivre la folie créatrice des plus grand(e)s, nous embarque avec eux. Nous devenons alors témoins d’une odyssée particulière où Wilde scandalisait, où les plus démunis de la mégapole industrielle côtoyaient la lumière des quartiers chics, où Stocker, sans le savoir, tenait déjà son Comte à bout de plume lorsqu’il observait Irving.

« Le bal des ombres », avec la très belle traduction de Carine Chichereau, est un bal d’époque, rempli d’énergie fantasque, d’esprits libres et de légendes véritables.
Un bonheur de lecture vous dis-je!

Fanny.

 

Le jeu de la musique

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Un premier roman intense en émotions qui évoque à la fois l’amitié, la perte, l’amour, le désordre intime.

Le jeu de la musique commence par une fin et vous déploie ses ailes de roman polyphonique. Vincent, Sabine, Céline, Jess, Cassandre, Raphaël et Zoé : des croisements de parcours au sein d’une jeunesse qui ne trouve pas -plus- de sens à sa vie.

Stéfanie Clermont y ajuste sa pensée, comme un journal de bord ponctué par le vie des Autres. Il y a beaucoup à ressentir dans ce roman qui se livre au lecteur avec beaucoup d’âme(s). Des souvenirs, des manques, de la mélancolie, de la violence, de la douceur, de l’amertume, l’auteure québécoise louvoie dans ces sentiments multiples et nous offre une histoire crue, tout à la fois contemporaine et intemporelle.

La question « d’où venons-nous ? que sommes-nous ? où allons-nous ? » résonne dans la solitude des grandes villes, de Montréal à San Francisco, et Clermont nous offre en réflexion, plutôt qu’en réponse (et c’est donc bien plus intéressant), ce roman polymorphe brillant.

Fanny.