Âpre cœur

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Âpre cœur, Jenny Zhang, traduction Santiago Artozki, Picquier, paru le 03/01/2019, 379 pages, 22€

Dans le New-York d’aujourd’hui, nous découvrons les tranches de vie de différentes jeunes filles. Elles sont d’origine chinoise et sont, pour la plupart, issues de milieux très populaires. Lucie, Christina ou encore Frangie nous racontent leur quotidien d’immigrées, le racisme, le combat de leurs familles pour avoir leur part de rêve américain, mais aussi les moments de joie, la fratrie et l’amour inconditionnel.

Avec une langue parfois crue, bouleversante, souvent, Jenny Zhang parvient à nous immerger totalement dans cette culture qui n’est pas la nôtre. A la frontière du recueil de nouvelles (chaque chapitre met en scène une enfant différente), ce premier roman ne peut vous laisser indifférent, tant l’émotion est vive, dès le départ. Bref, j’ai découvert une autrice dont je guetterai les futures parutions avec impatience (et j’espère que vous aussi.).

Emma

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Les tribulations d’Arthur Mineur

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Les tribulations d’Arthur Mineur, Andrew Sean Greer, traduction Gilbert Cohen-Solal, Jacqueline Chambon, paru le 02/01/2019, 252 pages, 22 €

J’ai découvert Andrew Sean Greer il y a dix ans, avec L’histoire d’un mariage. Je me rappelle avoir beaucoup aimé ce titre à l’époque. L’atmosphère, les personnages m’avaient tout de suite emportée sans que je sache trop pourquoi. C’est un peu ce que j’ai retrouvé dans cette lecture.

A l’instar du personnage de Stoner, de John Williams (https://www.librairielegrenier.com/livre/3538146-stoner-john-edward-williams-j-ai-lu ) , Arthur Mineur est un homme plutôt passif, subissant les différentes étapes de sa vie sans trop réagir, jusqu’au jour où son ancien amant se marie et lui fait parvenir l’invitation à la cérémonie. Cet événement va alors créer une sorte de déclic chez Arthur qui choisit, plutôt que de se morfondre seul chez lui, d’accepter tout un lot d’invitations à participer à différentes manifestations littéraires (il est romancier) à travers le monde. Paris, Berlin, le Sahara…nous le suivons avec délice dans ses voyages exotiques qui lui permettent également un peu d’introspection : mène-t-il la vie qu’il souhaitait? Est-il un bon auteur? A l’approche de la cinquantaine, quelles sont, désormais, ses attentes?

Arthur Mineur est un homme avec toutes ses complexités et c’est cette finesse que j’ai particulièrement appréciée. Andrew Sean Greer évite les clichés et fait preuve d’une belle maîtrise aussi bien sur le fond que sur la forme. C’est un roman bien écrit, distrayant, touchant et très drôle également. Bref, une découverte lumineuse pour ce mois de Février.

L’auteur était l’invité de la grande table au début du mois :

https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-1ere-partie/andrew-sean-greer-prix-pulitzer-2018

Si vous êtes tenté.e.s, vous pouvez vous procurer le roman sur le site de la librairie 🙂 :

https://www.librairielegrenier.com/livre/14800424-les-tribulations-d-arthur-mineur-andrew-sean-greer-editions-jacqueline-chambon

Emma

 

L’Arbre Monde

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« Nous traversons la voie lactée tous ensemble, arbres et hommes. A chaque promenade avec la nature, on reçoit bien plus que ce que l’on cherche. L’accès le plus direct à l’univers, c’est une forêt sauvage. »

… Il était une fois un livre de Richard PowersL’Arbre Monde  traduit, avec excellence, par Serge Chauvin. Huit destins, huit racines qui donnent toute la puissance à cette polyphonie magistrale.

Le châtaignier, le mûrier, l’érable, le figuier, le tilleul, le séquoia, ce sont ces arbres, qui, dans ce roman, tracent leurs histoires à leur mesure, de manière absolue et irrévocable. Nicholas, Mimi, Adam, Ray, Dorothy, Douglas, Neelay et Patricia nouent leurs destinées selon notre tempo humain, est-ce à dire de manière vive et fugace.

L’Arbre monde est un roman polymorphe qui m’a littéralement accueilli dans ses ramifications pour ne plus me lâcher. Les personnages de Richard Powers, hommes et femmes, ont posé leurs empreintes en Amérique du Nord, à différentes époques et sur différents lieux : il y a des histoires, des drames, des révélations, du suspense et de l’émerveillement. Puis vient le tronc commun à ces instants humains : la défense du dernier séquoia géant, « vu d’en dessous, ce pourrait être Yqqdrasil, l’Arbre Monde, qui a ses racines dans le monde souterrain et sa cime dans le monde céleste, l’Arbre de l’Évolution : une grande idée qui éclate en une famille de branches nouvelles, tout là-haut, au fil du temps long. ».

Ce roman puise son irrésistible force dans ces sèves humaines qui, de rage, de désespoir, d’amour, de résolution et d’obstination, vont faire basculer des vies qui n’attendaient que ce moment pour naître, enfin, au Monde. L’Arbre Monde de Powers diffuse sa fable écologique par son histoire épique, son cœur mystique et son regard humaniste. J’ajouterai que l’Arbre Monde  fait partie de ces romans qui peuvent changer une vie… grandiose donc.

L’Arbre Monde de Richard Powers, traduit par Serge Chauvin, Cherche Midi éditions, 540 p. – 22 euros –

Fanny dans les bois.

Les frères K : enfin la sortie!

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Bon, je ressors la photo de cet été, comme je ne suis pas en librairie. J’ai donc lu Les Frères K en août et j’ai été soufflée. Ensuite j’ai dû patienter pour qu’il sorte et ça y est, ça arrive : il sort demain! Voici donc, comme promis, ma chronique :

Préparant mes lectures pour la rentrée littéraire je tombe sur un nouveau titre à paraitre aux éditions Monsieur Toussaint Louverture. Pour ceux qui ne connaissent pas la maison, il s’agit, en général, d’ouvrages plutôt consistants (rarement moins de 700 pages), d’une certaine exigence (disons que je ne suis pas encore tombée sur un bouquin écrit avec les pieds.) et d’une très belle qualité d’impression (de vraies œuvres d’art). Bref, je me suis donc jetée sur Les frères K avec précipitation. Et ce roman est d’une telle richesse qu’il m’est compliqué de savoir par où commencer.

Je vais tâcher de faire simple. Le roman débute avec la famille Chance au début des années 60. Nous faisons connaissance avec un père aux rêves brisés, une mère dont le fanatisme (ah, le puritanisme américain…) règle le quotidien ainsi qu’une belle et grande fratrie (cinq enfants, tout de même, qui prendront la parole à tour de rôle.) dont l’agitation rythme la vie familiale. Et puis il y a le base-ball, passion dévorante de papa Chance (aussi appelé papa orteil mais vous comprendrez mieux avec la lecture.) à la fois source de bonheur suprême et de désespoir. Je préfère vous rassurer tout de suite, bien que ce sport soit assez présent dans le roman, vous n’avez en aucun cas besoin de vous y connaitre ou de l’apprécier. Je suis moi même totalement néophyte et cet élément ne m’a absolument pas gênée durant ma lecture. C’est un peu comme la lutte chez John Irving (auteur que je place très très haut, auquel je pourrais presque faire des cœurs avec mes mains, ce que la bienséance m’interdit, naturellement). Et d’ailleurs le parallèle ne s’arrête pas à cette thématique. J’ai retrouvé chez David James Duncan, les éléments qui me transportent chez John Irving : l’humanisme, le foisonnement, la profondeur, la nuance, l’incarnation des personnages sans oublier l’humour, bien évidemment. Vous l’avez compris c’est une très grande découverte et un immense coup de cœur pour ce roman qui, je l’espère, deviendra culte, que je suis heureuse de partager avec vous.

Emma

Helena

***Spoiler alert*** : cette photo peut constituer un indice.

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Helena, Jérémy Fel, Rivages, 733 pages, paru le 22/08/2018, 23€

Surprenant son petit ami dans les bras d’une autre, la jeune Hayley décide de partir précipitamment chez sa tante dont le voisin n’est autre que George Kingsbury, joueur de golf renommé.  Le championnat auquel elle doit participer a lieu dans trois semaines et Hayley est loin d’être prête. Puisque plus rien désormais ne la retient à Wichita, autant quitter la ville et se concentrer sur ce qui en vaut vraiment la peine : La World Junior Girls Championship.

Tommy, quant à lui, ne peut soulager sa souffrance qu’en l’infligeant aux autres. C’est près d’un abattoir désaffecté qu’il a choisi de se débarrasser de sa dixième victime et il a déjà sur les lèvres le gout de l’excitation qui suivra la mise à mort.

Norma gère seule ses trois enfants dans le fin fond du Kansas, jonglant entre les affres de l’adolescence et les commérages, menant  avec fierté son combat du moment : le concours de mini-miss que sa petite Cindy doit gagner à tout prix.

Évidemment, tout ne va pas se passer comme prévu et Jérémy Fel va vous faire passer une nuit blanche. L’écriture est incisive, les chapitres très courts, le rythme effréné : autant vous le dire tout de suite, si vous mettez le nez dedans, vous êtes fichus. Vous ne referez réellement votre apparition qu’une fois le roman terminé. Et si les 733 pages vous font peur, pas d’inquiétude, vous ne les verrez pas passer. Par contre, vous les sentirez car, que les choses soit claires : ça pique un peu.  Ceux qui ont lu Les loups à leur porte sont passés par là, ils savent donc à quoi s’attendre (en un peu plus violent, tout de même). Âmes sensibles, abstenez-vous. Les autres : foncez!!

 

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Gaël et Emma

 

 

Énorme coup de cœur!!!

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Les frères K, David James Duncan, traduction Vincent Raynaud, Monsieur Toussaint Louverture, 800 pages, 24 euros.

Énorme. Ce n’est pas très recherché comme adjectif mais c’est vraiment le terme que j’ai eu en tête en refermant Les frères K il y a quelques heures. Il va falloir vous armer de patience par contre, parce qu’il ne paraitra que le 4 octobre. Mais je ne pouvais pas ne pas partager mon enthousiasme. Et pour vous rafraichir la mémoire, promis, je vous ferai un vrai article au moment de la sortie. Bref, énorme coup de cœur!

Emma

La route sauvage

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La route sauvage, Willy Vlautin, traduit par Luc Baranger, édition Albin Michel (collection Terres d’Amérique), paru le 04/04/2018, 320 pages, 20 €.

Tiens donc, un roman qui se déroule dans les grands espaces américains? Un auteur qui porte des chemises à carreaux et joue dans un groupe de country (je n’invente rien : site de l’auteur) ?

« Ce serait pas un peu cliché, Emma? Tu veux pas lire autre chose? » (Des fois, je crois entendre Gaël tel un Jiminy Cricket, tentant de me remettre dans le droit chemin de la lecture diversifiée.

Et j’ai alors envie de répondre (oui, nous sommes toujours dans mon dialogue fictif-intérieur) :

– Mais, attends, il y a tout : un récit d’apprentissage, des chevaux, un univers rude et un gamin attachant…en plus l’auteur porte même des chemises à Carreaux! Et le cheval, dans l’histoire s’appelle Lean on Pete. PETE! C’est pas un signe, ça?!!

Emma, il faut passer à autre chose maintenant (Me dirait alors, Gaël, d’une voix blasée, mais sans trop y croire.).

Je crois que c’est mort, Gaël. C’est trop tard. D’ailleurs, tu devrais faire gaffe, Fanny est aussi contaminée. Ca se propage à une vitesse ce truc

Après avoir eu la sensation étonnante d’être dans un nanard au vue de la qualité des dialogues, je me ressaisis.

Bref, La route sauvage , c’est chouette, un vrai coup de cœur. Et le petit plus : il vient de sortir au cinéma. Je vous invite donc à le lire et à aller voir son adaptation qui est, parait-il, remarquable.

Bande annonce La route sauvage

Emma

P.S : Et pour ceux à qui le pitch dit quelque chose, ce roman était effectivement déjà paru en 2012 mais sous le titre de Cheyenne en automne, aux éditions 13ème note (épuisé aujourd’hui, cette maison n’existant plus).